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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208632

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208632

vendredi 17 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208632
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantCADOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Cadoux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2022 par lequel le préfet du Rhône lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir :

- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ;

- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la même date ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté contesté dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence de sa signataire ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée au préfet du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes, ni représentées.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante ivoirienne née le 18 janvier 1995, est entrée en France le 30 août 2017 munie de son passeport revêtu d'un visa de long séjour, valant titre de séjour, portant la mention " étudiant ", valide du 22 octobre 2018 au 21 octobre 2020. Le 27 octobre 2020, l'intéressée a sollicité le renouvellement de son titre de séjour auprès des services de la préfecture du Rhône. Par un arrêté du 3 juin 2022, dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.

En ce qui concerne l'arrêté contesté dans son ensemble :

2. En premier lieu, par un arrêté du 5 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du 8 avril suivant, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet du Rhône a donné délégation de signature à Mme F E, attachée principale, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme A D, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer la totalité des actes établis par la direction dont elle dépend, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B. Contrairement à ce soutient la requérante, l'autorité préfectorale a tenu compte des éléments relatifs à son état de santé, en mentionnant les rapports d'examens médicaux qu'elle avait fournis pour justifier de ses échecs successifs entre les années 2017 et 2020, et en retenant qu'il ne ressortait pas des termes de ces documents que son état de santé était incompatible avec la poursuite de ses études. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. / Ces dispositions ne font pas obstacle à la possibilité d'effectuer dans l'autre État d'autres types d'études ou de stages de formation dans les conditions prévues par la législation applicable. ".

5. Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant par un ressortissant ivoirien, de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études, en en appréciant la réalité, le sérieux et la progression.

6. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de Mme B, le préfet du Rhône a considéré que l'intéressée ne justifiait d'aucune progression dans ses études, n'ayant validé aucune année d'études supérieures depuis son entrée en France au mois d'août 2017, ni d'aucun projet d'études clairement défini, en relevant, d'une part, qu'inscrite initialement en deuxième année de licence de droit à l'Université Lumière Lyon 2 à compter de l'année universitaire 2017-2018, et malgré un redoublement au cours de l'année universitaire 2018-2019, la requérante n'avait pas validé cette deuxième année de licence, d'autre part, qu'elle s'était réorientée à deux reprises, au cours des années universitaires 2019-2020 et 2020-2021, dans deux cursus de niveaux inférieurs, d'abord en première année de licence " Sciences et Vie de la Terre et de l'Univers " à l'université de Strasbourg, sans valider aucun de ses deux semestres d'études, puis en formation de niveau 3 " Accompagnant éducatif et social " auprès d'un institut de formation sanitaire et sociale avant d'en être exclue le 23 juillet 2021, et, enfin, qu'elle s'était réorientée pour la troisième fois au cours de l'année universitaire 2021-2022 en s'inscrivant en première année de licence " Langues étrangères appliquées " (LEA), dans la spécialité " anglais / portugais ", et en présentant, le 10 novembre 2021, un courrier d'acceptation en vue de la poursuite, en parallèle de cette licence, d'une formation de " Responsable d'établissement touristique " en apprentissage d'une durée de vingt-quatre mois, sans toutefois fournir une inscription. Si, pour contester l'appréciation portée par l'autorité préfectorale sur le sérieux et la progression dans ses études, Mme B soutient que ses troubles chroniques du transit, ses complications articulaires ainsi que ses troubles psychiques faisaient obstacle à la poursuite de ses études, et verse au dossier des résultats d'examens et certificats médicaux rédigés entre les années 2019 et 2021, dont l'un, daté du 9 avril 2021, mentionne que son état de santé " semble justifier de devoir sortir de cours régulièrement pendant la journée ", des ordonnances visant à faire pratiquer des séances de kinésithérapie ou des massages ainsi que quelques notes d'honoraires relatives à des consultations en thérapie cognitive et comportementale et en hypnothérapie, aucun de ces éléments, ni davantage la circonstance qu'elle se soit vue reconnaître la qualité de travailleuse handicapée le 28 février 2022, ne sauraient suffire à justifier l'absence de progression et de sérieux dans ses études supérieures, l'intéressée ayant notamment été exclue de la formation qu'elle suivait au cours de l'année universitaire 2020-2021 pour défaut de présentation sur son lieu de stage à l'hôpital Nord-Ouest de Villefranche-sur-Saône. En outre, la requérante ne saurait sérieusement soutenir que sa réorientation entre les années universitaires 2018-2019 et 2019-2020, justifiée par son " droit de choisir librement sa voie professionnelle ", puis entre les années universitaires 2019-2020 et 2020-2021, pour se " rapprocher " de " certains membres de sa famille " résidant à Lyon, résulterait de " raisons indépendantes " de sa volonté. Ainsi, dès lors que Mme B, qui n'établit pas que son état de santé était incompatible avec la poursuite de ses études ni davantage que des évènements extérieurs l'auraient empêchée de les poursuivre, était inscrite pour la cinquième fois, au titre de l'année universitaire 2021-2022, au sein d'une formation de niveau inférieur ou équivalent à celle qu'elle suivait à son arrivée sur le territoire français au cours de l'année 2017, le préfet du Rhône n'a pas fait une inexacte application des stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 2019 en lui refusant le renouvellement de son titre de séjour au motif qu'elle ne justifiait ni du sérieux ni de la progression de ses études supérieures.

7. En second lieu, Mme B n'ayant sollicité que le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiante et le préfet du Rhône ne s'étant pas prononcé sur son droit au séjour à un autre titre, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

9. En second lieu, Mme B soutient que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, dès lors qu'elle entraine une " rupture brutale de son contrat d'apprentissage ainsi que de sa formation professionnelle et universitaire " et qu'elle la " prive définitivement de l'obtention de ses diplômes professionnels ", pour lesquels elle travaille " assidûment malgré les difficultés relatives à son état de santé et à sa situation de handicap ", portant ainsi une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Toutefois, la requérante, célibataire et sans charge de famille en France où elle n'a été autorisée à séjourner que temporairement dans le cadre de ses études et ne justifie d'aucune attache particulière suffisamment ancienne, stable et intense, n'établit pas qu'elle serait dans l'impossibilité de poursuivre ses études supérieures dans son pays d'origine où elle a vécu l'essentiel de son existence et où résident, selon les termes non contestés de la décision attaquée, sa mère ainsi que son frère. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle de l'intéressée doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.

Le rapporteur,

C. C

La présidente,

A. Baux

La greffière,

S. Rolland

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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