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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208643

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208643

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208643
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL RACINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 novembre 2022 et 9 octobre 2023, M. A B, représenté par la SELARL Cabinet Racine, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2022 par lequel le maire de la commune d'Echenevex a refusé de lui délivrer un permis de construire modificatif en vue de la mise à jour d'éléments non conformes au permis de construire initial ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune d'Echenevex de lui délivrer le permis de construire modificatif sollicité, dans le délai de dix jours sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Echenevex une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de permis de construire modificatif est entaché d'une erreur de droit, les dispositions de l'article A1 du PLUiH n'étant pas en vigueur lors de la délivrance du permis de construire initial ; au demeurant, le permis de construire modificatif, qui réduit l'emprise au sol du projet initial, ne porte pas une atteinte supplémentaire à l'interdiction de construire des habitations dans la zone Ap ;

- le refus de permis de construire modificatif est entaché d'une erreur de droit, les dispositions de l'article UG 3 du PLUiH n'étant pas en vigueur lors de la délivrance du permis de construire initial ;

- le refus de permis de construire modificatif est entaché d'une erreur de droit, les dispositions de l'article UG 7 du PLUiH n'étant pas en vigueur lors de la délivrance du permis de construire initial ; au demeurant, le permis de construire modificatif n'a pas pour effet d'aggraver la non-conformité du projet aux dispositions du PLUiH car ne créant pas de logement supplémentaire.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 septembre et 23 octobre 2023, la commune d'Echenevex, représentée par la SELARLU Jean-Marc Petit Avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- en tout état de cause, elle aurait pris la même décision en se fondant sur la circonstance que l'ampleur des modifications du projet impliquait une nouvelle demande de permis de construire ;

- au surplus, le motif tiré de la caducité du permis de construire initial, du fait de l'interruption des travaux pendant un délai supérieur à une année, peut être substitué aux motifs de la décision attaquée.

Par ordonnance du 27 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 décembre 2023.

Par lettre du 20 novembre 2024, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de soulever d'office le moyen tiré de la méconnaissance du champ d'application du PLUiH en ce que les articles UG3 et UG7 du PLUiH du Pays de Gex sont appliqués à tort par la commune sur des logements situés en zone Ap.

Un mémoire, présenté pour la commune d'Echenevex, représentée par Me Petit Jean-Marc, a été enregistré le 21 novembre 2024 et communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

- les conclusions de M. Gilbertas, rapporteur public,

- les observations de Me Richard, pour M. B, et celles de Me Louis, suppléant Me Petit (SELARLU Jean-Marc Petit avocat), pour la commune d'Echenevex.

Une note en délibéré, présentée pour la commune d'Echenevex, a été enregistrée le 27 novembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a obtenu le 10 octobre 2014 un permis de construire en vue de la réalisation de travaux sur une maison existante et de la construction d'un bâtiment comprenant trois appartements sur un terrain situé 133 chemin du Réservoir sur le territoire de la commune d'Echenevex. Le 12 juillet 2022, il a déposé une demande de permis de construire modificatif en vue de la mise à jour d'éléments du projet non conformes au permis de construire initial. Par un arrêté du 20 septembre 2022, le maire de cette commune lui en a refusé le bénéfice. M. A B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la légalité d'un permis de construire modificatif s'apprécie en fonction des considérations de droit existantes à la date de son édiction. Toutefois, les droits que le pétitionnaire tient d'un permis de construire initial devenu définitif font obstacle à ce que lui soient opposées, pour lui refuser un permis de construire modificatif, des dispositions d'urbanisme auxquelles ce permis modificatif ne porte aucune atteinte supplémentaire.

3. M. B soutient que, pour lui refuser la délivrance d'un permis de construire modificatif, le maire d'Echenevex ne pouvait lui opposer les nouvelles dispositions du PLUiH, non applicables lors de la délivrance de son permis de construire initial, et qu'au demeurant son projet amendé, qui réduit l'emprise au sol du projet initial, ne porte pas une atteinte supplémentaire à l'interdiction de construire des habitations dans la zone Ap. Il ressort des pièces du dossier que lors de la délivrance du permis de construire initial le 10 octobre 2014, la parcelle cadastrée section AA n°4 sur laquelle se situe le projet était intégralement classée en zone UP par le plan local d'urbanisme intercommunal valant programme local de l'habitat (PLUiH) du Pays de Gex. Le nouveau PLUiH, approuvé le 27 février 2020, a par la suite classé une partie de cette parcelle en zone agricole protégée. Il est constant que, pour refuser la demande de permis de construire modificatif en litige, le maire de la commune d'Echenevex s'est fondé sur les dispositions du nouveau PLUiH qui interdisent dans cette zone les constructions nouvelles à usage d'habitation. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire modificatif, qui prévoit une emprise au sol de 186,35 m2 contre 364,82 m2 dans la demande de permis de construire initiale, notamment du fait de la suppression d'une aile du bâtiment, n'a pas pour effet de porter une atteinte supplémentaire à celle résultant du permis de construire initial. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier, contrairement à ce qui est soutenu par la commune en défense, que la suppression d'une des ailes du projet apporterait au projet initial un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Dans ces conditions, le moyen doit être accueilli.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article UG 3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal valant programme local de l'habitat (PLUiH) du Pays de Gex tel que modifié par la délibération du 27 février 2020 : " Les constructions neuves, opérations d'ensemble, lotissements ou réhabilitations de quatre logements ou plus doivent intégrer une part minimum de 25 % de logements sociaux (nombre de logements arrondi à l'entier supérieur) représentant au minimum 25 % de la surface de plancher du projet ". Selon l'article UG 7 du même règlement : " Norme de stationnement automobile - Hors zone d'influence (rayon de 400m) d'un arrêt de TCSP - pour habitation logement : / T1 et T2 : 2 places par logements / T3 et + : 2,5 places par logement / Visiteurs : 20% du nombre de places réalisées pour les logements. Ces places seront situées en surface et accessibles depuis la voie publique. "

5. Il est constant que pour refuser le permis de construire modificatif demandé par M. B, le maire de la commune d'Echenevex a fait application du plan local d'urbanisme tel que modifié le 27 février 2020, au motif que le projet n'était pas conforme aux articles UG3 et UG7 précités. Toutefois, et ainsi que les parties en ont été informées par le tribunal par un courrier du 19 novembre 2024, la commune ne pouvait, sans méconnaître le champ d'application du PLUiH, opposer à un projet prévoyant la construction de logements qui se trouvent classés, depuis la révision du PLUiH le 27 février 2020, en zone agricole protégée (Ap), des dispositions ayant pour objet de réglementer la zone UG. Dans ces conditions, les motifs de la décision de refus attaquée, tirés de la méconnaissance par la demande de permis de construire modificatif des dispositions de l'article UG3 du PLUiH du Pays de Gex, sont entachés d'erreur de droit et, par suite, illégaux.

6. En troisième lieu, la commune d'Echenevex soutient que le maire aurait pris la même décision en se fondant sur la circonstance que l'ampleur des modifications du projet impliquait une nouvelle demande de permis de construire. Toutefois, et alors qu'une requalification ne saurait par elle-même impliquer qu'un refus soit opposé à cette demande, une telle requalification n'est pas subordonnée à une remise en cause de la conception générale du projet, mais à un bouleversement de sa nature même, ce qui n'est pas le cas en l'espèce. La première demande de substitution de motif de la commune ne peut ainsi être accueillie.

7. En dernier lieu, la commune d'Echenevex soutient que le maire de la commune aurait pris la même décision en se fondant sur le motif tiré de que le pétitionnaire n'ayant pas effectué de travaux pendant une période supérieure à un an, son permis de construire initial se trouvait frappé de caducité. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le permis de construire initial délivré le 10 octobre 2014 à M. B a été prorogé d'une durée d'un an par un arrêté du 10 décembre 2018, et que l'intéressé justifie par de nombreuses pièces de la réalisation de travaux pendant les années 2019, 2020, 2021 et 2022. La seconde substitution de motif sollicitée ne peut ainsi être accueillie.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que le maire de d'Echenevex délivre à M. B le permis de construire modificatif qu'il sollicite. Il y a lieu de lui ordonner d'y procéder, dans le délai de trois mois suivant la notification du présent jugement, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction de l'astreinte qui est demandée.

Sur les frais du litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le requérant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser la somme que demande la commune d'Echenevex sur leur fondement. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune d'Echenevex une somme de 1 400 euros sur le fondement des mêmes dispositions.

DÉCIDE:

Article 1er : L'arrêté du 20 septembre 2022 portant refus de permis de construire modificatif du maire d'Echenevex est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire d'Echenevex, dans le délai de trois mois suivant la notification du présent jugement, de délivrer à M. B le permis de construire modificatif qu'il sollicite.

Article 3 : La commune d'Echenevex versera à M. B une somme de 1 400 (mille quatre-cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune d'Echenevex sur le fondement de l'article L. 761-1 sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune d'Echenevex.

Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

Le rapporteur,

F-X. Richard-Rendolet

Le président,

H. Drouet

La greffière,

C. Chareyre

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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