vendredi 17 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2208653 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SENE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2022, M. E A, représenté par Me Sene, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2022 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de réexaminer sa situation en lui délivrant, dans l'attente et dès notification du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
M. A soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation ;
1°) s'agissant de la décision portant refus de séjour :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 4 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
2°) s'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
- elles sont illégales par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 19 décembre 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 23 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Sénégal, relative à la circulation et au séjour des personnes, faite à Dakar le 1er août 1995, ensemble l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires (ensemble trois annexes et une déclaration), signé à Dakar le 23 septembre 2006, et l'avenant à cet accord (ensemble deux annexes), signé à Dakar le 25 février 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Sene, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant sénégalais né le 15 janvier 1991, déclare être entré en France en janvier 2019. Le 8 août 2022, l'intéressé a sollicité, auprès des services de la préfecture de l'Ain, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par un arrêté en date du 20 octobre 2022, la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, les décisions attaquées, en date du 20 octobre 2022, ont été signées par Mme D C, directrice de la citoyenneté et de l'intégration de la préfecture de l'Ain, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté de la préfète du 31 janvier 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Ain du 1er février 2022. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige, qui manque en fait, doit être écarté.
3. En second lieu, les décisions attaquées visent les textes dont elles font application, notamment les stipulations utiles de la convention franco-sénégalaise susvisée, les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précisent les éléments qui ont conduit la préfète de l'Ain à refuser d'admettre M. A au séjour, à l'obliger à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité ou tout pays où il établit être légalement admissible. S'il est loisible au requérant de contester l'appréciation portée par la préfète de l'Ain, lorsque cette dernière a indiqué qu'il ne démontrait pas une expérience significative dans le domaine pour lequel il disposait d'une promesse d'embauche, cette divergence d'analyse ne saurait établir l'insuffisance de motivation invoquée dès lors que la décision portant refus de séjour comporte les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement, permettant ainsi à M. A de discuter utilement les motifs de refus lui ayant été opposés. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit ainsi être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
4. Aux termes, d'une part, du paragraphe 42 de l'article 4 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, dans sa rédaction issue du point 31 de l'article 3 de l'avenant signé le 25 février 2008 : " Un ressortissant sénégalais en situation irrégulière en France peut bénéficier, en application de la législation française, d'une admission exceptionnelle au séjour se traduisant par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant : - soit la mention "salarié" s'il exerce l'un des métiers mentionnés dans la liste figurant en annexe IV de l'Accord et dispose d'une proposition de contrat de travail ; / - soit la mention "vie privée et familiale" s'il justifie de motifs humanitaires ou exceptionnels. ". Aux termes, d'autre part, de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. "
5. Les stipulations précitées de l'accord du 23 septembre 2006, dans sa rédaction issue de l'avenant signé le 25 février 2008, renvoyant à la législation française en matière d'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants sénégalais en situation irrégulière, rendent applicables à ces ressortissants, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, l'autorité administrative, saisie d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour par un ressortissant sénégalais en situation irrégulière, est conduite, par l'effet de l'accord du 23 septembre 2006 modifié, à faire application des dispositions de l'article L. 435-1 de ce code. Enfin, si l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'applique aux ressortissants sénégalais en situation irrégulière sur le territoire français sollicitant leur admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié, cette application ne résulte que de l'effet des stipulations précitées du paragraphe 42 de l'article 4 de l'accord franco-sénégalais qui renvoient explicitement à la législation française en matière d'admission exceptionnelle au séjour et de manière combinée avec ces stipulations qui apportent un complément aux dispositions de l'article L. 435-1 cité ci-dessus.
6. D'une part, pour refuser la délivrance du titre de séjour portant la mention " salarié " à M. A sur le fondement des stipulations précitées, la préfète de l'Ain a relevé que le contrat de travail dont il était titulaire depuis le 8 février 2021, en qualité de boulanger, ne portait pas sur un emploi figurant dans la liste de l'annexe IV de l'accord franco-sénégalais et qu'au surplus M. A n'était titulaire d'aucune autorisation de travail. Le requérant soutient tout d'abord que la préfète aurait commis une erreur de droit en lui opposant l'absence d'autorisation de travail, ce motif ne figurant pas au nombre de ceux pouvant fonder la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement des stipulations précitées de la convention franco-sénégalaise susvisée. Toutefois, ainsi qu'il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué, l'absence d'autorisation de travail constitue un motif surabondant de la décision de refus de séjour laquelle est fondée sur le fait que le métier de boulanger ne figure pas sur la liste de l'annexe IV dudit accord et ce motif fonde valablement la décision en litige.
7. D'autre part, le requérant soutient que la préfète aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation en relevant que le métier de boulanger n'était pas sur le liste des métiers figurant à l'annexe IV de la convention franco-sénégalaise susvisée puisque le formulaire Cerfa de sa demande d'autorisation de travail comporterait la mention " emploi polyvalent de restauration ", emploi figurant à l'annexe précitée, et non l'emploi de boulanger. Toutefois, le requérant ne produit pas le formulaire Cerfa précité et il ressort du contrat de travail de M. A, conclu le 8 février 2021, que celui-ci porte sur un emploi de boulanger, les bulletins de salaire afférents mentionnant également l'emploi de boulanger. Par suite, la préfète de l'Ain n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation quant à la situation de M. A en relevant qu'il était titulaire d'un contrat de travail en qualité de boulanger lorsqu'elle a examiné sa demande d'admission au séjour.
8. Ensuite, M. A souligne que la préfète de l'Ain n'était pas liée par la liste des métiers prévus par l'accord franco-sénégalais et qu'un titre de séjour aurait pu lui être délivré dans la mesure où l'emploi de boulanger porte sur un secteur rencontrant des difficultés de recrutement. Toutefois, ainsi que le fait valoir la préfète en défense, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'employeur du requérant aurait fait part de difficultés de recrutement précises et circonstanciées, M. A se bornant à produire des articles de presse en ligne généraux sur des difficultés de recrutement dans le secteur de la boulangerie/pâtisserie. Par ailleurs, la préfète ne s'est pas estimée à tort liée par le fait que l'emploi de boulanger ne figurait pas à l'annexe IV de la convention franco-sénégalaise puisqu'il ressort de l'arrêté en litige que la préfète a également examiné si le requérant justifiait d'un diplôme, d'une qualification professionnelle ou d'une expérience particulière et si les documents qu'il avait produits étaient de nature à caractériser des circonstances particulières susceptibles de constituer un motif exceptionnel. A cet égard, le requérant soutient que la préfète aurait commis une erreur manifeste d'appréciation puisque le motif exceptionnel n'est pas exigé pour l'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié pour les ressortissants sénégalais en situation irrégulière. Toutefois, ainsi qu'il a été rappelé au point 5, saisie d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour par un ressortissant sénégalais en situation irrégulière, l'autorité administrative doit appliquer à la fois les stipulations de l'article 4 de l'accord franco-sénégalais, ce qu'a fait la préfète en estimant si l'emploi du requérant figurant à l'annexe IV de l'accord bilatéral, et les dispositions relatives à l'admission exceptionnelle au séjour prévue par l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce à quoi a procédé à la préfète en examinant les diplômes, la qualification et l'expérience professionnelles de M. A et en estimant que les éléments produits ne permettaient pas de caractériser un motif exceptionnel devant conduire à ce qu'à titre exceptionnel, M. A bénéficie de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ".
9. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation, tels qu'articulés, doivent être écartés.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
10. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, doit être écarté.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que cette requête doit être rejetée, en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Pineau, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.
Le rapporteur,
N. B
La présidente,
A. Baux
La greffière,
S. Rolland
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026