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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208654

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208654

vendredi 17 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208654
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantCADOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 novembre 2022, Mme C F, représentée par Me Cadoux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de son signataire ;

- il est entaché d'un vice de procédure faute pour le préfet de produire l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions combinées des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1, de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2022.

Par une ordonnance en date du 23 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, née le 4 avril 1991, de nationalité serbe, déclare être entrée en France, le 1er octobre 2018. L'intéressée a sollicité le 8 juin 2021 son admission au séjour en raison de l'état de santé de son enfant née le 3 novembre 2019, à Lyon. Par un arrêté en date du 30 juin 2022, dont Mme F demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office.

2. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par Mme E, directrice adjointe des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Rhône en date du 8 juin 2022, régulièrement publié le lendemain, au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte qui manque en fait doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (). / Si le collège des médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée ". Aux termes de l'article L. 425-10 de ce code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre le titre de séjour " portant la mention vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ".

4. Le préfet du Rhône a versé au débat l'avis rendu le 15 octobre 2021 par le collège de médecins de l'OFII qui a considéré que l'état de santé de l'enfant B F nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qui pourrait être pris en charge dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige serait entaché d'un vice de procédure en l'absence de production dudit avis ne pourra qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

5. La partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

6. S'il est constant que la jeune B F, née le 3 novembre 2019, est atteinte d'un rétinoblastome de l'œil droit et présente une mutation du gène Rb1 l'exposant à un risque de tumeur au niveau de l'œil gauche nécessitant un suivi médical régulier et si Mme F, sa mère, fait état de ce que l'état de santé de son enfant nécessite une prise en charge médicale adaptée dont le défaut entrainerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'en cas de retour en Serbie, elle ne pourra effectivement bénéficier ni d'un traitement adapté ni d'un suivi spécialisé, elle se borne à verser au débat un certificat médical établi par un ophtalmologue, le 9 novembre 2022, indiquant que sa fille nécessite un suivi médical et des éléments généraux relatifs au système de santé serbe. Toutefois, ces seuls éléments ne permettant pas de justifier de ce que sa fille ne pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé, en Serbie, et ne remettant dès lors pas utilement en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII rendu le 15 octobre 2021, c'est sans faire une inexacte application des dispositions susmentionnées des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet du Rhône a rejeté la demande d'admission au séjour de Mme F.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

8. Si Mme F fait état de ce qu'elle demeure sur le territoire national depuis le 1er octobre 2018, elle ne fait montre, à la date de la décision attaquée, d'aucune insertion sociale ou professionnelle ni d'aucune vie privée et familiale intense, ancienne et stable, ne justifiant pas de ce que des membres de sa famille résideraient régulièrement sur le territoire national. Par suite, dès lors que l'intéressée n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où résident selon ses propres déclarations ses parents, que son conjoint, de nationalité serbe, fait également l'objet d'une mesure d'éloignement depuis le 1er juillet 2020, il y a lieu de considérer qu'elle ne justifie pas avoir déplacé le centre de sa vie privée et familiale sur le territoire français. Par suite, Mme F n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En l'absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques de la mesure d'éloignement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté par les motifs que ceux énoncés au point 8.

11. En second lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

12. Si Mme F soutient que sa fille, née en France le 3 novembre 2019, ne pourra bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé, dans son pays d'origine, ainsi qu'il a été précisé aux points précédents, elle ne le démontre pas. Par suite, dès lors que l'intérêt supérieur d'un enfant est de vivre aux côtés de ses parents et que la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer la jeune B de sa mère, celle-ci n'est pas fondée à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet du Rhône aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

13. Enfin, en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet du Rhône quant à l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle et familiale de Mme F pourra être écarté par les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés aux points 8 et 10.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions de cette requête doivent être rejetées en ce comprises ses conclusions aux fins à fin d'annulation, d'injonction et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Guegen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.

La présidente,

A. AL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

N. Pineau

La greffière,

S. Rolland

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2208654

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