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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208656

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208656

vendredi 17 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208656
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2022, M. B L alias B C, représenté par la SELARL Bescou et Sabatier Avocats Associés (Me Bescou), demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2022 par lequel le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard :

- à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ;

- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de sa signataire ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ait été émis dans des conditions régulières préalablement à son édiction ;

- elle est entachée d'erreurs de fait et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ; en effet :

• le préfet du Rhône n'a aucunement fait mention des courriels qu'il a adressés aux services de l'OFII les 8 et 13 juillet 2022 afin que lui soit délivré un exemplaire vierge du certificat médical qui lui avait été demandé ;

• l'autorité préfectorale s'est fondée sur la clôture de l'instruction de son dossier par les services de l'OFII alors qu'ils ne lui ont pas communiqué le certificat médical nécessaire à cette instruction en dépit des démarches qu'il a effectuées ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6, 7) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, dès lors que son état de santé nécessité une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne pourra effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre du pouvoir général de régularisation dont dispose l'autorité préfectorale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :

- elles sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 23 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 décembre 2022.

Un mémoire en défense présenté par le préfet du Rhône a été enregistré le 23 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2020-1734 du 16 décembre 2020 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle le préfet du Rhône n'était ni présent, ni représenté.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. H ;

- et les observations de M. L alias C.

Considérant ce qui suit :

1. M. L alias C, ressortissant algérien né le 2 août 1986, déclare être entré pour la première fois en France au cours de l'année 2010, où il est connu des services préfectoraux, des services de la police nationale et des services judiciaires sous les identités de M. B C, né le 2 août 1986, au Maroc, de M. A F, né le 10 mars 1990, en Algérie, de M. E G, né le 2 août 1986, au Maroc, de M. J K, né le 2 septembre 1985, en Libye, de M. K O, né le 2 septembre 1988, en Tunisie, de M. N K, né le 2 août 1986, au Maroc, et de M. M, né le 2 juillet 1989, en Algérie. L'intéressé a notamment fait l'objet de quatre mesures d'éloignement respectivement prononcées par les préfets des Bouches-du-Rhône, des Alpes-Maritimes et du Doubs les 16 avril et 2 juin 2011, le 21 février 2012, et le 7 mars 2016, puis, le 8 juillet 2021, d'un arrêté par lequel le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois et l'a assigné à résidence. Par un jugement du 15 juillet 2021, le tribunal a annulé ces décisions du 8 juillet 2021 et a notamment enjoint au préfet du Rhône de procéder au réexamen de la situation de M. L alias C dans un délai de deux mois. Le 13 septembre suivant, l'intéressé a sollicité des services de la préfecture du Rhône la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6, 7) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 24 octobre 2022, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS).

2. Par un arrêté du 8 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du 9 juin suivant, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet du Rhône a donné délégation de signature à Mme D I, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer d'une manière permanente les actes administratifs établis par sa direction, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ".

4. D'autre part, si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, il n'a toutefois pas entendu écarter, sauf stipulations incompatibles expresses, l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour. Figurent au nombre de ces dispositions celles de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prises pour l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du même code, dont la rédaction est analogue à celle des stipulations précitées de l'article 6, 7) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et aux termes desquelles : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Par ailleurs, selon les termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () / () Le demandeur dispose d'un délai d'un mois à compter de l'enregistrement de sa demande en préfecture pour transmettre à l'office français de l'immigration et de l'intégration le certificat médical mentionné au premier alinéa. ". Et aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / () L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. () ".

5. Enfin, aux termes de l'article 3 du décret du 16 décembre 2020 portant partie réglementaire du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les références à des dispositions abrogées par le présent décret sont remplacées par les références aux dispositions correspondantes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction annexée au présent décret. ". Selon les termes de l'article 1er de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, également applicable aux ressortissants algériens pour la mise en œuvre des stipulations précitées de l'accord franco-algérien : " L'étranger qui dépose une demande de délivrance ou de renouvellement d'un document de séjour pour raison de santé est tenu () de faire établir un certificat médical relatif à son état de santé par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier. / A cet effet, le préfet du lieu où l'étranger a sa résidence habituelle lui remet un dossier comprenant une notice explicative l'informant de la procédure à suivre et un certificat médical vierge, dont le modèle type figure à l'annexe A du présent arrêté. ". L'article 2 du même arrêté prévoit que : " Le certificat médical, dûment renseigné et accompagné de tous les documents utiles, est transmis sans délai, par le demandeur, par tout moyen permettant d'assurer la confidentialité de son contenu, au service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont l'adresse a été préalablement communiquée au demandeur. ". L'article 3 de cet arrêté énonce que : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical, conformément au modèle figurant à l'annexe B du présent arrêté. ". Et aux termes de l'article 6 du même arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier () émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté () ".

6. Pour refuser à M. L alias C la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, le préfet du Rhône s'est fondé sur les circonstances tirées, d'une part, de ce que les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) l'avaient informé, le 27 septembre 2022, qu'aucun certificat médical recevable ne leur avaient été transmis, ces derniers n'ayant été destinataires que de la page administrative du certificat médical remis au requérant par les services préfectoraux le 3 mai 2022 en dépit de trois relances dont deux par courriers des 28 juin et 22 août 2022, et, d'autre part, de ce que l'intéressé ne faisait état d'aucune circonstance particulière de nature à démontrer qu'il aurait été empêché de réaliser les démarches qui lui incombaient pour permettre l'instruction de sa demande de titre de séjour pour raison de santé, tant à la suite de la remise du dossier comprenant une notice explicative l'informant de la procédure à suivre et un certificat médical vierge qu'à l'occasion du renouvellement de son autorisation provisoire de séjour ou des trois relances qui lui avaient été adressées par les services de l'OFII.

7. En l'espèce, M. L alias C soutient que la décision contestée serait entachée " d'erreurs de fait ", dès lors que le préfet du Rhône n'a aucunement fait mention des courriels qu'il a adressés aux services de l'OFII les 8 et 13 juillet 2022 afin que lui soit délivré un exemplaire vierge du certificat médical qui lui avait été demandé. Toutefois, la seule circonstance que l'autorité préfectorale n'ait pas mentionné ces courriels n'est pas, par elle-même, de nature à démontrer qu'elle aurait entaché sa décision d'erreurs de fait. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. Ensuite, le requérant soutient que la décision attaquée serait entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle, dès lors que l'autorité préfectorale s'est fondée sur la clôture de l'instruction de son dossier par les services de l'OFII alors qu'ils ne lui avaient pas communiqué le certificat médical nécessaire à cette instruction en dépit des démarches qu'il a effectuées. Toutefois, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle. En effet, il est constant que M. L alias C s'est vu remettre par les services de la préfecture du Rhône, le 3 mai 2022, un dossier comprenant une notice explicative l'informant de la procédure à suivre dans le cadre de sa demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade ainsi qu'un certificat médical vierge, conformément aux dispositions précitées de l'article 1er de l'arrêté du 27 décembre 2016, et il n'établit ni même n'allègue que ce dossier aurait été incomplet au regard du modèle type figurant à l'annexe A du même arrêté. Alors qu'il appartenait au requérant de transmettre ces éléments au service médical de l'OFII conformément aux dispositions précitées de l'article 2 de cet arrêté, il ressort également des pièces du dossier que par un courrier du 30 juin 2022 ce service l'a informé que le dossier qu'il leur avait transmis était incomplet faute de comporter un certificat médical recevable et " les pages 2 et 3 " du dossier médical. Ainsi, si M. L alias C justifie avoir adressé aux services de l'OFII, les 8 et 13 juillet 2022, des courriels pour solliciter l'envoi d'un nouveau dossier médical par courriel ou par voie postale, et si par ailleurs, l'intéressé soutient sans le démontrer avoir transmis à l'appui de l'un de ces courriels un certificat médical rédigé le 6 juillet 2022, en des termes généraux et peu circonstanciés par un médecin psychiatre faisant état de " troubles de la compréhension " " du fait de sa pathologie ", ces éléments tardifs ne sont pas de nature à démontrer que le préfet du Rhône aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle préalablement à son édiction, alors que le requérant ne conteste pas avoir été destinataire des deux relances qui lui ont été adressés par les services de l'OFII, dont l'une par un courrier du 22 août 2022 et l'autre par téléphone. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

9. Enfin, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que faute d'avoir transmis sans délai aux services de l'OFII son dossier médical complet, l'instruction de la demande de M. L alias C a été clôturée par cet établissement public, ainsi qu'en atteste le courrier du 7 octobre 2022 qu'il verse au dossier. Cette procédure n'ayant pas été accomplie, aucun rapport médical n'a été établi par un médecin de l'OFII et le collège de médecin du service médical de cet établissement public n'a pas davantage émis d'avis, de sorte que le préfet du Rhône s'est trouvé dans l'impossibilité d'apprécier la situation du requérant au regard des stipulations de l'article 6, 7) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par suite, les moyens tirés du vice de procédure et de la méconnaissance de ces stipulations sont inopérants et doivent être écartés.

10. En deuxième lieu, M. L alias C n'ayant sollicité que la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade et le préfet du Rhône ne s'étant pas prononcé sur son droit au séjour au regard de sa vie privée et familiale, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.

11. En troisième lieu, si M. L alias C se prévaut de son état de santé, en soutenant qu'il souffre de schizophrénie et en produisant notamment des ordonnances pour la prescription d'un traitement médicamenteux composé d'antipsychotiques et d'anxiolytiques ainsi que des certificats médicaux attestant de son suivi par des médecins psychiatres sur le territoire français, ces éléments ne sauraient être regardés comme des " circonstances exceptionnelles ou humanitaires " de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour, alors au surplus que l'intéressé ne démontre pas, par les pièces qu'il verse au dossier, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourra effectivement y bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre de son pouvoir général de régularisation doit être écarté.

12. En dernier lieu, M. L alias C soutient que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, dès lors qu'il réside habituellement sur le territoire français depuis plus de dix années, qu'il y exerce une activité professionnelle à travers laquelle il a pu s'insérer dans la société française et qu'il y fait l'objet d'un suivi médical depuis plusieurs années. Toutefois, il ressort des termes non contestés de la décision attaquée que le requérant est connu des services préfectoraux, des services de la police nationale et des services judiciaires sous sept identités différentes, qu'il a fait l'objet les 16 avril et 2 juin 2011, le 21 février 2012, et le 7 mars 2016, de quatre mesures d'éloignement qu'il n'établit ni même n'allègue avoir exécutées, et qu'il a été condamné à neuf reprises, entre les années 2011 et 2019, à des peines allant de deux mois à un an d'emprisonnement, dont l'une était d'ailleurs assortie d'une interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de trois ans, pour des faits de " vol en réunion ", " vol en récidive ", " soustraction à l'exécution d'une mesure de reconduite ", " pénétration non autorisée sur le territoire national après une interdiction judiciaire du territoire ", " détention de produits stupéfiants ", " rébellion et évasion par violence " et " dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui et recel de bien provenant d'un vol " commis au cours des mêmes années. Par ailleurs, et alors que ces éléments démontrent une absence d'insertion dans la société française ainsi qu'un comportement constitutif d'une menace à l'ordre public, M. L alias C, célibataire et sans enfant à charge en France, n'y justifie ni de l'ancienneté, ni de la stabilité, ni de l'intensité de ses liens privés et familiaux, ses bulletins de paie pour les mois d'août et septembre 2022, en qualité de préparateur de commandes au sein de la société par actions simplifiée (SAS) RAS - 030, et son dossier daté du 2 novembre 2022 en vue d'un mariage avec une ressortissante française à la mairie de Neuville-sur-Saône étant insuffisants à cet égard. Enfin, le requérant n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toute attache en Algérie, pays où il a vécu l'essentiel de son existence et où résident, selon les termes non contestés de la décision attaquée, " ses parents et l'intégralité de sa famille ". Dès lors, et outre le fait qu'il ne démontre pas qu'il ne pourra effectivement y bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques de son système de santé, M. L alias C ne peut être regardé, en l'état des pièces du dossier, comme étant en situation d'isolement dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur sa situation personnelle en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

14. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

15. Il résulte de ce qui a été dit au point 11 que M. L alias C ne démontre pas, par les pièces qu'il produit, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourra y bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit au regard des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :

16. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, les moyens tirés de ce que les décisions contestées devraient être annulées par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois :

17. En premier lieu, selon les termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

18. Pour prononcer à l'encontre de M. L alias C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois sur le fondement des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Rhône a retenu, d'une part, que l'intéressé avait fait l'objet de quatre mesures d'éloignement sous différentes identités, d'autre part, qu'il ne justifiait pas d'une vie privée et familiale ancienne, stable et intense en France alors qu'il y est entré irrégulièrement en provenance de l'Italie après le 1er juin 2021 et qu'il y était précédemment entré irrégulièrement en provenance de la Suisse entre le 16 juin et le 20 août 2015, et enfin, que son comportement, contraire à l'ordre public, a conduit à sa condamnation à des peines d'emprisonnement par plusieurs tribunaux judiciaires. Or, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé ne justifie pas de l'ancienneté, de la stabilité et de l'intensité de ses liens privés et familiaux sur le territoire national, où son comportement révèle une très mauvaise insertion dans la société française, et si l'intéressé fait état de ce qu'il ne s'est pas soustrait à la dernière mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 8 juillet 2021, dès lors qu'elle a été annulée par un jugement du tribunal le 15 juillet suivant, en tout état de cause, il n'établit ni même n'allègue avoir exécuté les quatre autres mesures d'éloignement prononcées à son encontre les 16 avril et 2 juin 2011, le 21 février 2012, et le 7 mars 2016. Par ailleurs, si M. L alias C soutient qu'il " ne caractérise plus une menace actuelle pour l'ordre public ", les derniers faits délictueux qui lui sont reprochés ne datent que de l'année 2019, au cours de laquelle il est constant que l'intéressé a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Nice, en date du 5 juin 2019, pour des faits de " vol en récidive " commis le 4 avril 2019, lesquels présentent un certain degré de gravité dès lors qu'il ressort des termes non contestés de la décision attaquée que l'intéressé avait déjà été condamné à six reprises pour les mêmes faits entre 2011 et 2018. Dans ces conditions, le préfet du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois, soit la durée maximale prévue par ces dispositions.

19. En second lieu, en l'absence d'argumentation particulière, en tenant compte des conséquences spécifiques de l'interdiction de retour contestée, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté par les mêmes motifs que ceux précédemment exposés au point 12.

20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. L alias C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. L alias C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B L alias B C et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.

Le rapporteur,

C. H

La présidente,

A. Baux

La greffière,

S. Rolland

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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