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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208670

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208670

vendredi 17 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208670
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 novembre 2022, M. A D, représenté par Me Vray, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire :

dans un 1er temps :

- de procéder sans délai à l'effacement de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen ;

- de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

dans un 2nd temps, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir:

- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler,

- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure en l'absence de production de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- l'arrêté en litige méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2022.

Par une ordonnance en date du 23 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Vray, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, né le 24 novembre 1964, de nationalité albanaise, déclare être entré en France le 3 octobre 2017, accompagné de son épouse. Sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 19 février 2018, que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 18 juillet suivant. Le 28 août 2018, l'intéressé a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, en qualité d'étranger malade. Par un arrêté en date du 25 octobre 2019, la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Si cet arrêté a été confirmé par un jugement du tribunal rendu le 18 juin 2020, par un arrêt du 6 mai 2021, la cour administrative d'appel de Lyon annulant ledit jugement, a prononcé l'annulation de l'arrêté en cause et enjoint à l'autorité administrative de procéder au réexamen de la demande de M. D. En suivant, par un arrêté du 16 juin 2022, la préfète de la Loire a de nouveau refusé de délivrer un titre de séjour au requérant, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office. M. D demande au tribunal de prononcer l'annulation de ces décisions.

2. L'arrêté contesté vise les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il se fonde et notamment les articles L. 425-9 et L. 611-1 3°, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, il précise le contenu de l'avis du collège des médecins de l'OFII et rappelle les éléments de fait qui constituent la situation de l'intéressé. Si le requérant fait état que de ce que l'arrêté en litige ne ferait pas mention de la présence sur le territoire national de ses enfants, l'une de ses filles résidant régulièrement en France auprès de son époux bénéficiaire d'une carte de résident prenant soin de lui et de son épouse, ceci ne saurait constituer une insuffisance de motivation, la préfète de la Loire n'étant pas tenue de mentionner de façon exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la vie privée et familiale en France de l'intéressé. Ainsi, en l'espèce, l'arrêté du 16 juin 2022 comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et qui ont ainsi permis à M. D d'en discuter utilement. Enfin, il ne ressort ni de la lecture de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que la préfète de la Loire n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. D. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation qui manque en fait et de l'erreur de droit en l'absence d'examen sérieux de la situation du requérant peuvent donc être écartés.

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (). / Si le collège des médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée ".

4. La préfète a versé au débat l'avis rendu le 18 novembre 2021 par le collège de médecins de l'OFII, qui a considéré que l'état de santé de M. D nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il pourrait être pris en charge dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de titre de séjour serait entachée d'un vice de procédure en l'absence de production dudit avis doit être écarté.

5. La partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

6. Pour refuser de délivrer à M. D le titre de séjour sollicité, la préfète de la Loire s'est appropriée l'avis précité du collège de médecins de l'OFII selon lequel si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont il est originaire, il pourra effectivement y bénéficier d'un traitement approprié. Si en l'espèce, M. D fait état de ce qu'eu égard à son état de santé et aux pathologies dont souffre son épouse, le couple est entièrement dépendant de leur fille qui réside, ainsi que son conjoint, régulièrement sur le territoire national, il ne justifie pas par les pièces qu'il verse au débat, essentiellement relatifs à l'état de santé de son épouse, que son état de santé ne pourrait être prise en charge en Albanie. Au surplus, il ressort des pièces produites en défense, que le fils de l'intéressé fait également l'objet d'une mesure d'éloignement en date du 29 septembre 2020, et confirmée par un jugement du tribunal du 17 mai 2021 et qu'ainsi M. et Mme D ne se trouveraient pas isolés en cas de retour dans leur pays d'origine. Par suite, en l'absence d'élément de nature à remettre utilement en cause l'analyse du collège de médecins de l'OFII s'agissant de la prise en charge effective de l'état de santé de M. D en Albanie, c'est sans faire une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la préfète de la Loire a pu refuser de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

8. M. D fait état de ce que son épouse et lui-même dépendraient entièrement de la présence de leurs enfants et notamment de leur fille, qui réside régulièrement en France, dès lors notamment qu'eu égard à ses propres difficultés de santé, il ne peut plus se charger de son épouse qui souffre de symptômes psychiatriques aigus associés à un trouble de type autistique. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que son épouse ainsi que leur fils font l'objet d'une mesure d'éloignement, d'autre part, que M. D n'est entré en France que récemment, accompagnée de son épouse, alors qu'il était âgé de 53 ans, et enfin, qu'il ne démontre aucune insertion sociale ou professionnelle sur le territoire national, ni davantage de vie privée et familiale intense, ancienne et stable qui ne pourrait se reconstituer en Albanie où il a vécu jusqu'en 2017. Par ailleurs, dès lors qu'ainsi qu'il a été dit au point 6, l'intéressé pourra effectivement bénéficier d'une prise en charge de son état de santé, dans son pays d'origine, c'est sans porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels l'arrêté contesté a été pris que la préfète de la Loire a pu rejeter la demande d'admission au séjour de M. D. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. En l'absence de toute argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté par les mêmes motifs.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de la requête doivent être rejetées en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la préfète de la Loire.

Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller.

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.

La présidente-rapporteure,

A. BL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

N. Pineau

La greffière,

S. Rolland

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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