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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208671

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208671

vendredi 17 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208671
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Vray, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir :

- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant également à travailler dans un délai de huit jours à compter de la même date et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la même date et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète de la Loire qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle la préfète de la Loire n'était ni présente, ni représentée.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de Me Vray, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante guinéenne née le 10 janvier 2001, déclare être entrée en France le 25 avril 2017 et a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " valable du 12 mars 2020 au 11 mars 2021. L'intéressée a sollicité des services de la préfecture de la Loire, le 16 juin 2021, le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 22 juillet 2022, dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les textes dont il fait application, en particulier les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et expose les circonstances de faits propres à la situation personnelle et familiale de Mme B, dont les éléments sur lesquels la préfète de la Loire s'est fondée pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixer le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office. Par ailleurs, à supposer même que cet arrêté soit entaché " d'erreurs matérielles ", cette circonstance est sans incidence sur sa motivation, laquelle s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus. Enfin, si la requérante se prévaut de ce que la préfète de la Loire n'a pas fait état de sa formation professionnelle dans le domaine de la boulangerie entre les années 2017 et 2019, cette circonstance est également sans incidence sur la motivation de l'arrêté attaqué, l'autorité préfectorale n'étant en tout état de cause pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressée. Par suite, l'arrêté contesté, qui comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et permettent ainsi à Mme B d'en contester utilement le bien-fondé, est suffisamment motivé au regard des dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que la préfète de la Loire n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de Mme B. À cet égard, si la requérante soutient que l'arrêté contesté serait entaché " d'erreurs matérielles ", dès lors qu'elle aurait déposé sa demande de renouvellement de son titre de séjour le 16 juin 2021, et non le 4 décembre 2021, et que les services de la préfecture de la Loire lui aurait adressé un courrier de demande de pièces complémentaires le 17 novembre 2021, et non le 16 juin 2021, lequel ne constituait nullement une mise en demeure, ces erreurs de plume, pour regrettables qu'elles soient, ne sont pas de nature à démontrer un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle, alors au demeurant que l'intéressée ne démontre pas avoir transmis, en réponse à la demande précitée du 17 novembre 2021 et avant la date d'édiction de cet arrêté, les pièces demandées. De même, si la requérante reproche à l'autorité préfectorale d'avoir qualifié de " récente " sa présence sur le territoire français " alors qu'elle est arrivée en France à l'âge de (seize) ans et (y) réside () depuis (cinq) ans ", cette divergence d'analyse sur l'ancienneté de ses liens privés et familiaux sur le territoire national n'est pas davantage de nature à établir le défaut d'examen invoqué. Enfin, si Mme B fait état de ce que la préfète de la Loire n'aurait pas pris en compte l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle " pouvant lui permettre d'être regardée comme attestant des motifs exceptionnels pouvant donner lieu à son admission exceptionnelle au séjour ", en tout état de cause, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'autorité préfectorale ait été saisie d'une telle demande, l'arrêté attaqué mentionnant uniquement la demande de la requérante tendant au renouvellement de son titre de séjour portant la mention " salarié " et la préfète de la Loire ayant procédé à l'examen de sa demande sur le fondement des dispositions des articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit est infondé et doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. Lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Tel n'est pas le cas de la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. Le législateur n'a ainsi pas entendu imposer à l'administration d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article ni, le cas échéant, de consulter d'office la commission du titre de séjour quand l'intéressé est susceptible de justifier d'une présence habituelle en France depuis plus de dix ans. Il en résulte qu'un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français alors qu'il n'avait pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de cet article et que l'autorité compétente n'a pas procédé à un examen d'un éventuel droit au séjour à ce titre.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B, titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " valable du 12 mars 2020 au 11 mars 2021, qu'elle n'établit ni même n'allègue avoir obtenu sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, a été convoquée par les services de la préfecture de la Loire, le 8 mars 2021, à un rendez-vous en préfecture le 16 juin suivant en vue de déposer un " dossier de renouvellement de titre de séjour ". Le récépissé de demande de carte de séjour produit par la requérante, délivré le 13 mai 2022, fait seulement état de ce qu'elle " a demandé le renouvellement de son titre de séjour dont la validité expir(ait) " le 11 mars 2021. Par ailleurs, il ressort des termes de l'arrêté contesté que la préfète de la Loire, qui s'est uniquement estimée saisie d'une demande tendant au " renouvellement (d'un) titre de séjour de " salarié " ", a examiné si l'intéressée pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, dès lors que Mme B ne démontre pas avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du même code et que l'autorité préfectorale ne s'est pas prononcée sur son droit au séjour au regard de ces mêmes dispositions, la requérante ne peut utilement soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard desdites dispositions. Le moyen est inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

8. Mme B soutient qu'elle a transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français, dès lors qu'elle y réside depuis cinq années, qu'elle y a appris le métier de boulangère " qu'elle exerce avec passion " et qu'elle justifie de son intégration par l'obtention d'un contrat à durée indéterminée en qualité d'aide-boulangère. Toutefois, la requérante, célibataire et sans enfants en France, est entrée sur le territoire national à la date déclarée du 25 avril 2017, et si elle a été autorisée à y séjourner régulièrement entre le 12 mars 2020 et le 11 mars 2021 dans le cadre de son activité professionnelle, elle n'y justifie pas de l'ancienneté, de l'intensité et de la stabilité de ses liens privés et familiaux en produisant notamment son contrat d'apprentissage conclu entre le centre de formation des apprentis (CFA) interprofessionnel de la Loire " Les Mouliniers " et la société par actions simplifiée (SAS) Karthage, ses bulletins de paie en qualité d'apprentie au sein de cette entreprise entre novembre 2017 et novembre 2019, la convention d'occupation temporaire qu'elle a conclu avec l'agence solidarité logement (ASL) le 19 mars 2020 pour un logement situé à Saint-Etienne, le bilan final de son accompagnement entre le 5 octobre 2020 et le 4 octobre 2021 par la mission locale Saint-Étienne et couronne stéphanoise dans le cadre du dispositif " Garantie jeunes " faisant notamment état de l'accomplissement de deux stages du 11 au 29 janvier 2021 et du 24 mai au 11 juin 2021, son contrat de travail à durée indéterminée (CDI) en qualité de boulangère qualifiée conclut avec la SAS La Citadelle et ses bulletins de paie à compter du mois de juin 2021, ainsi que la confirmation de dépôt d'une demande d'autorisation de travail par son employeur le 23 février 2022. Par ailleurs, Mme B n'établit ni même n'allègue être dépourvue de toute attache dans son pays d'origine, où elle a vécu l'essentiel de son existence, ni qu'elle ne pourra y poursuivre son activité professionnelle. Dans ces circonstances, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour, et en dépit de ses efforts d'insertion professionnelle, la préfète de la Loire n'a pas portée une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.

Le rapporteur,

C. C

La présidente,

A. Baux

La greffière,

S. Rolland

La République mande et ordonne au préfet de la Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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