vendredi 17 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2208675 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 novembre 2022, M. E C, représenté par Me Bescou, demande au tribunal :
1°) de solliciter avant-dire-droit la communication du rapport médical établi par le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 octobre 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;
3°) d'enjoindre au préfet du Rhône :
- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale ",
- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard,
- de procéder, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à l'effacement du signalement à fin de non-admission Schengen résultant de l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
M. C soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
1°) s'agissant de la décision portant refus de séjour :
elle est entachée de vices de procédure dès lors qu'en méconnaissance des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13, aucun rapport médical n'a été établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ni davantage d'avis par le collège de médecins de l'OFII ; en tout état de cause, il n'est pas non plus démontré que l'avis médical en cause aurait effectivement été rendu par un collège de trois médecins, dument et préalablement habilités par le directeur dudit Office et au sein duquel n'est pas intervenu le médecin ayant rédigé le rapport médical en cause ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur de droit dès lors qu'il est protégé contre l'éloignement en qualité d'étranger malade ;
3°) s'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
4°) s'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
5°) s'agissant de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation tant dans son principe que dans sa durée.
Par une ordonnance du 24 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 décembre 2022.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. B.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les conclusions de M. Arnould, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1996, déclare être entré en France en mai 2016 pour y solliciter l'asile. Placé sous procédure Dublin, M. C a fait l'objet d'un arrêté de réadmission vers l'Italie le 6 février 2017 mais l'intéressé a fait obstacle à son exécution en ne se présentant pas en préfecture. Sa demande d'asile, examinée en France, a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 17 septembre 2018, et par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 20 novembre 2020. Le 14 juin 2021, M. C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté en date du 28 octobre 2022, le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. M. C demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par la décision susvisée du 27 janvier 2023, il n'y a plus lieu de statuer sur la demande tendant à l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Les décisions attaquées, en date du 28 octobre 2022, ont été signées par Mme A D, directrice des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté du préfet du Rhône du 8 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 9 juin 2022, accessible tant au juge qu'aux parties. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte, qui manque en fait, doit ainsi être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté susvisé du 27 décembre 2016 : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical, conformément au modèle figurant à l'annexe B du présent arrêté ". Aux termes de l'article 5 de cet arrêté : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport () ". Enfin, aux termes de l'article 4 de l'arrêté susvisé du 5 janvier 2017 : " Les conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge médicale, mentionnées au 11° de l'article L. 313-11 du CESEDA, sont appréciées sur la base des trois critères suivants : degré de gravité (mise en cause du pronostic vital de l'intéressé ou détérioration d'une de ses fonctions importantes), probabilité et délai présumé de survenance de ces conséquences. / Cette condition des conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge doit être regardée comme remplie chaque fois que l'état de santé de l'étranger concerné présente, en l'absence de la prise en charge médicale que son état de santé requiert, une probabilité élevée à un horizon temporel qui ne saurait être trop éloigné de mise en jeu du pronostic vital, d'une atteinte à son intégrité physique ou d'une altération significative d'une fonction importante. ".
5. D'une part, il ressort des pièces produites en défense, notamment du bordereau de transmission de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), qu'un rapport médical a été établi 28 septembre 2021 à la suite de la demande de titre de séjour présentée par M. C, rapport transmis le lendemain au collège de médecins du service médical de l'OFII le 5 février 2021. Conformément aux dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un avis a été émis le 15 octobre 2021 s'agissant l'état de santé de M. C par ledit collège, préalablement à l'édiction de la décision attaquée, le médecin ayant établi le rapport médical n'ayant pas participé à la délibération de ce collège, composé de trois autres médecins. Enfin, l'identité de chacun de ces médecins figure sur la liste annexée à la décision du 17 janvier 2017 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'OFII telle que modifiée par à la décision du 10 août 2021 du directeur général de l'Office portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'OFII, accessible tant au juge qu'aux parties sur le site Internet de l'OFII. Il s'ensuit que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté en toutes ses branches.
6. D'autre part, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.
7. En l'espèce, pour refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade à M. C, le préfet du Rhône s'est approprié le sens de l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII, le 15 octobre 2021, estimant que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale, un éventuel défaut de soins ne devrait pas entrainer de conséquence d'une exceptionnelle gravité pour M. C qui peut en outre voyager sans risque vers son pays d'origine. Le requérant conteste cette analyse en faisant état de ce qu'il a subi une intervention chirurgicale le 29 juillet 2021, consistant en une ostéosynthèse de la rotule droite, et qu'une infection nosocomiale contractée consécutivement à cette opération a nécessité une reprise chirurgicale et une antibiothérapie lourde. Le requérant soutient qu'à la date de l'avis du collège de médecins de l'OFII, il se trouvait toujours sous antibiotiques et qu'en l'absence de ce traitement, une septicémie était à craindre, risque caractérisant des conséquences d'une exceptionnelle gravité contrairement à ce que l'avis précité a retenu. Toutefois, s'il ressort des documents médicaux versés à l'instance que M. C a été opéré le 29 juillet 2021 et que le 20 janvier 2022, une ponction du genou, positive au staphylocoque aureus, a conduit à une reprise chirurgicale, le 28 janvier 2022, avec lavage intra articulaire puis prescriptions d'une antibiothérapie, le compte rendu établi par un médecin de l'hôpital Edouard Herriot, le 20 juin 2022, relève néanmoins que l'évolution de l'état de santé de M. C a été favorable. Il ressort de ce document que le traitement par antibiotiques a pris fin dès la mi-mars et que les examens pratiqués n'ont pas révélé d'anomalies particulières ou de signe de lyse osseuse, le médecin concluant à une bonne évolution clinique post infection, à l'absence de signe de sepsis chronique et prescrivant uniquement des examens de suivi biologique et une consultation à échéance de six mois. Ainsi, il ressort des pièces médicales versées à l'instance, lesquelles sont exemptes de toute notion de gravité, qu'à la date de la décision attaquée, le requérant ne reçoit plus de traitements médicamenteux et qu'il doit bénéficier d'un simple suivi. Or, l'éventuelle absence de réalisation de séances de kinésithérapie dont le requérant fait état ne peut relever, compte tenu de leur caractère paramédical, de conséquence d'une exceptionnelle gravité au sens des dispositions précitées, à supposer que l'intéressé ne puisse effectivement en bénéficier dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet du Rhône n'a pas méconnu les dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de délivrer à M. C un titre de séjour en qualité d'étranger malade et, compte tenu de l'absence de conséquences graves que pourrait avoir un éventuel défaut de soins, il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de M. C.
8. En second lieu, dès lors que M. C n'a sollicité son admission au séjour qu'en qualité d'étranger malade et que le préfet du Rhône, qui n'y était pas tenu, ne s'est pas prononcé sur son droit au séjour à un autre titre que celui sollicité, le requérant ne saurait utilement se prévaloir des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision portant refus de séjour. Le moyen soulevé est dès lors inopérant et sera donc écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. "
11. Ainsi qu'il a été exposé au point 7, si l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale, un éventuel défaut de soins ne devrait pas être de nature à entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le préfet du Rhône n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui faisant obligation de quitter le territoire français. Enfin, le requérant ne peut se prévaloir de la délivrance d'un titre de séjour de plein droit en qualité d'étranger malade qui ferait obstacle à son éloignement.
12. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
13. M. C fait état de la durée de sa présence en France où il réside depuis six ans et de ce que cette durée révèlerait nécessairement le déplacement de ses attaches privées sur le territoire national. Toutefois, le requérant demeure célibataire et sans charge de famille en France où il ne fait état d'aucune attache particulière en se bornant à se prévaloir de sa seule durée de séjour alors qu'il a passé l'essentiel de son existence en Guinée où aucun obstacle ne s'oppose à ce qu'il y poursuive sa vie privée et familiale puisque son état de santé ne nécessite pas son maintien sur le territoire français et que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par les décisions mentionnées au point 1. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France au regard des buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
14. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.
15. En second lieu, si M. C invoque le suivi de soins qu'il ne pourrait interrompre dans le court délai qui lui est imparti pour quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ a, en principe, pour seul objet de permettre à l'intéressé d'organiser son départ et non d'accorder un droit provisoire au séjour. En outre, M. C ne justifie pas de ce qu'il aurait sollicité l'obtention d'un délai de départ volontaire plus long et il ne ressort d'aucune pièce médicale versé au dossier que son état de santé nécessiterait l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur au délai de droit commun lui ayant été accordé. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Rhône a pu accorder à M. C un délai de départ volontaire de trente jours.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
16. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de leur illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.
17. En second lieu, si M. C soutient qu'il serait soumis à un risque de traitement contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison de sa qualité d'étranger malade, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que l'intéressé ne remplit pas les conditions de délivrance d'un tel titre de séjour et dès lors qu'un éventuel défaut de prise en charge ne devrait pas être de nature à entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, c'est sans méconnaître les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que le préfet du Rhône a pu fixer au pays dont M. C a la nationalité ou tout pays où il établit être légalement admissible, le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.
En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois :
18. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de leur illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
19. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Enfin aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
20. En l'espèce, pour prononcer à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français et en fixer la durée à deux ans, le préfet du Rhône a relevé que l'intéressé ne justifie pas d'une vie privée et familiale ancienne, intense et stable en France, qu'il n'est pas dénué de liens personnels et familiaux en Guinée et qu'il ne s'est pas conformé à la mesure d'éloignement prise à son encontre le 6 février 2017. Le requérant soutient que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation tant s'agissant du principe de l'interdiction de retour sur le territoire français que de sa durée en soulignant qu'il réside en France depuis six ans, qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et que la mesure de réadmission prise à son encontre, laquelle a été abrogée lorsque sa demande d'asile a été enregistrée en France, consistait à l'envoyer vers un autre Etat membre et non à l'extérieur de l'Union européenne et que cette mesure, qui n'a jamais été mise à exécution, ne saurait justifier la décision attaquée, ni dans son principe ni dans sa durée. Toutefois, il est constant que le requérant a fait l'objet d'une décision de transfert à destination de l'Italie, responsable de sa demande d'asile, qu'il n'a pas exécutée et quand bien même la demande d'asile ait été ensuite examinée en France et que cette décision de transfert n'ait pas été mise à exécution, M. C a néanmoins fait l'objet d'une mesure d'éloignement au sens des dispositions précitées que le préfet du Rhône a pu valablement prendre en compte pour décider du prononcé de la décision attaquée et en déterminer le quantum. Si le requérant souligne ne pas être une menace pour l'ordre public, il ne ressort pas de la lecture de la décision contestée que le préfet aurait retenu l'existence d'une telle menace. Enfin, la durée de séjour dont se prévaut M. C ne démontre pas l'existence de liens d'une nature particulière en France où l'intéressé demeure célibataire, sans charge de famille et où il ne fait état d'aucune attache précise nouée au cours de son séjour. Dans ces conditions, le préfet du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions des article L. 612-8 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français et en fixant la durée de cette interdiction à six mois, la durée maximale pouvant aller dans les circonstances de l'espèce jusqu'à vingt-quatre mois.
21. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner avant dire droit la production du rapport médical, que cette requête doit être rejetée, en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de M. C tendant à l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Pineau, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.
Le rapporteur,
N. B
La présidente,
A. Baux
La greffière,
S. Rolland
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026