vendredi 17 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2208676 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 novembre 2022, Mme D G épouse B, représentée par Me Sabatier, demande au tribunal :
1°) avant dire droit de faire communiquer par le préfet du Rhône le rapport rendu par le médecin de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur lequel se serait fondé l'avis du collège de médecins de l'OFII ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;
3°) d'enjoindre au préfet du Rhône, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard,
- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ",
- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de son signataire ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance de l'article R. 313-23, R. 425-11, R. 425-12, et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il appartiendra au préfet du Rhône de justifier :
de l'existence du rapport médical et de l'avis du collège de médecins de l'OFII,
de ce que l'avis a été rendu par un collège de médecins préalablement habilités par le directeur de l'OFII,
de ce que le médecin qui a établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins;
- elle méconnait les dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L.611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :
- elles sont illégales par exception d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-8 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2022 le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Mme G B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 décembre 2022.
La clôture d'instruction a été fixée au 26 décembre 2022 par ordonnance du 24 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, née le 5 décembre 1977, de nationalité albanaise, déclare être entrée en France le 12 septembre 2016. Sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 26 janvier 2017 que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 18 mai suivant. En suivant, l'intéressée a fait l'objet d'un premier arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français en date du 27 juin 2017 dont la légalité sera confirmée par le tribunal, le 14 novembre 2017 puis par la cour administrative d'appel de Lyon, le 7 mai 2018. Le 9 août 2017, Mme B a cependant sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Dans le silence de l'administration, une décision implicite de rejet naîtra et sera annulée par un jugement du tribunal, du 6 juillet 2020 enjoignant aux services préfectoraux de procéder au réexamen de cette demande. Le 9 mars 2021, le préfet du Rhône a de nouveau refusé d'admettre la requérante au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un jugement du 9 juillet 2021, le tribunal a annulé cet arrêté et enjoint à l'autorité administrative de procéder au réexamen de la situation et de la demande de l'intéressée. En suivant, par un dernier arrêté du 27 octobre 2022, dont Mme B demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C F, directrice des migrations et de l'intégration, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Rhône en date du 8 juin 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône, le lendemain. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour
3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (). / Si le collège des médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée ". Selon les termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre le titre de séjour " portant la mention vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé (). Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. En cas de défaut de présentation de l'étranger lorsqu'il a été convoqué par le médecin de l'office ou de production des examens complémentaires demandés dans les conditions prévues au premier alinéa, il en informe également le préfet. Dans ce cas, le récépissé de demande de première délivrance d'un titre de séjour prévu à l'article R. 432-12 n'est pas délivré. Lorsque l'étranger dépose une demande de renouvellement de titre de séjour, le récépissé est délivré dès réception, par le service médical de l'office, du certificat médical mentionné au premier alinéa ". Aux termes de l'article R. 425-13 dudit code : " Le collège de médecins à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ". Selon les termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport () ". Aux termes de l'article 6 du même arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté () Cet avis mentionne les éléments de procédure (). ". Enfin, aux termes de l'article 4 de l'arrêté susvisé du 5 janvier 2017 : " Les conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge médicale, mentionnées au 11° de l'article L.313-11 du CESEDA, sont appréciées sur la base des trois critères suivants : degré de gravité (mise en cause du pronostic vital de l'intéressé ou détérioration d'une de ses fonctions importantes), probabilité et délai présumé de survenance de ces conséquences. / Cette condition des conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge doit être regardée comme remplie chaque fois que l'état de santé de l'étranger concerné présente, en l'absence de la prise en charge médicale que son état de santé requiert, une probabilité élevée à un horizon temporel qui ne saurait être trop éloigné de mise en jeu du pronostic vital, d'une atteinte à son intégrité physique ou d'une altération significative d'une fonction importante. / Lorsque les conséquences d'une exceptionnelle gravité ne sont susceptibles de ne survenir qu'à moyen terme avec une probabilité élevée (pathologies chroniques évolutives), l'exceptionnelle gravité est appréciée en examinant les conséquences sur l'état de santé de l'intéressé de l'interruption du traitement dont il bénéficie actuellement en France (rupture de la continuité des soins). Cette appréciation est effectuée en tenant compte des soins dont la personne peut bénéficier dans son pays d'origine ".
4. Il ressort des pièces transmises par le préfet du Rhône qu'un rapport médical a été établi, le 22 août 2022 à la suite de la demande de titre de séjour présentée par Mme B et a été transmis, le même jour, au collège de médecins de l'OFII. Conformément aux dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un avis a été émis, le 19 septembre 2022 soit préalablement à l'édiction de la décision attaquée, par un collège de médecins de l'OFII composé de trois médecins, le médecin rapporteur n'en faisant pas partie et a été versé au débat par le préfet du Rhône, ledit avis ayant considéré que si l'état de santé de Mme B nécessitait une prise en charge médicale, son défaut ne devrait pas entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le nom de chacun de ces médecins figure sur la liste annexée à la décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure pourra être écarté en toutes ses branches.
5. La partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.
6. Pour refuser de délivrer à Mme B le titre de séjour sollicité, le préfet s'appropriant l'avis précité du collège de médecins de l'OFII a considéré que si son état de nécessitait une prise en charge médicale, son défaut ne devrait pas entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Pour contester cette analyse, la requérante fait état, d'une part, des pathologies dont elle souffre, en l'espèce des migraines hyper résistantes, un syndrome de fatigue chronique, un état de stress post-traumatique, un syndrome anxio-dépressif sévère caractérisé par un trouble du sommeil majeur, un ralentissement psychomoteur invalidant ainsi qu'une maladie rénale chronique, d'autre part, de ce que le traitement nécessaire à cette dernière affection serait indisponible en Albanie et enfin, de ce qu'un retour dans son pays d'origine aggraverait son état de santé, l'origine de ses pathologies étant en lien avec des violences subies en Albanie. Si à l'appui de ses allégations, l'intéressée verse au dossier des certificats médicaux, datés des 17 juillet 2020, 23 et 31 mars 2021 mais également des 20 avril, 13 juin et, 29 juillet 2022, qui font effectivement état d'un syndrome anxio-dépressif très sévère, d'une grande vulnérabilité psychique nécessitant un soutien psychothérapeutique intensif et un traitement psychotrope, aucun de ces documents ne fait état, d'une part, de l'impossibilité d'une prise en charge de l'insuffisance rénale de Mme B en cas de retour en Albanie et d'autre part, de ce que le défaut de prise de ses différentes pathologies pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité au sens et pour l'application des dispositions susmentionnées de l'arrêté susvisé du 5 janvier 2017, dès lors qu'aucun de ces certificats ne mentionne une probabilité élevée à un horizon temporel qui ne saurait être trop éloigné de mise en jeu du pronostic vital, une atteinte à l'intégrité physique de la requérante ou une altération significative d'une fonction importante ni davantage que des conséquences d'une exceptionnelle gravité seraient susceptibles de survenir à moyen terme avec une probabilité élevée. Par suite, en l'absence de document médical de nature à remettre en cause le sens de l'avis rendu le 19 septembre 2022 par le collège de médecins de l'OFII, le préfet du Rhône ne saurait être regardé comme ayant méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant d'admettre au séjour.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
8. Mme B fait état d'une part, de ce que sa vie privée et familiale est désormais installée sur le territoire français dès lors qu'elle y réside habituellement depuis 2016, auprès de son époux et de leurs enfants, tous trois scolarisés, l'ainé arrivé en France avant l'âge de treize ans ayant sollicité le bénéfice d'un titre de séjour, et d'autre part, de ce que son état de santé doit être pris en charge sur le territoire national. Toutefois, il est constant qu'entrée en France à l'âge de 38 ans, l'intéressée pourra poursuivre sa vie privée et familiale dans son pays d'origine, son époux, qui fait également l'objet d'un arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français en date du 9 mars 2021 et leurs trois enfants nés en 2005, 2009 et 2018, pouvant l'y accompagner, l'ensemble des membres de la famille bénéficiant de la nationalité albanaise. Ainsi dès lors qu'il a été précisé au point 6 que son état de santé n'impose pas la présence sur le territoire français de la requérante, qu'il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que ses trois enfants ne pourraient poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine et que l'intérêt primordial de ces enfants est de demeurer auprès de leurs deux parents, la circonstance tirée de ce que l'ainé, âgé de 17 ans pourrait se voir délivrer un titre de séjour étant à cet égard sans influence, dans ces circonstances, et alors qu'il n'est pas davantage contesté que sa mère, ses neuf frères et sœurs demeurent en Albanie, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ainsi méconnu les stipulations susmentionnées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni davantage qu'elle aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants et ainsi méconnu les stipulations susmentionnées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
9. En outre, en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de la requérante doit également être écarté par les motifs qui viennent d'être exposés.
10. La demande d'admission au séjour en litige n'ayant pas été sollicitée sur le fondement de l'article L. 435-1 précité, le préfet du Rhône n'était pas tenu d'examiner d'office si Mme B pouvait prétendre à un tel titre. Le moyen tiré de ce que les conditions prévues par l'article L. 435-1 serait remplies est inopérant.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
11. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté
12. Aux termes de l'article L. 611-3 du CESEDA : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : (). / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité () ". Si Mme B soutient que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaitrait ces dispositions, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que ce moyen doit être écarté.
13. En l'absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés par les motifs énoncés au point 8.
14. Aux termes de l'article 16 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Nul enfant ne fera l'objet d'immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes illégales à son honneur et sa réputation. L'enfant a le droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes ". En l'absence d'argumentation spécifique, le moyen ainsi articulé doit également être écarté par les mêmes motifs que ceux exposés au point 8. Ce moyen peut ainsi, en tout état de cause, être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
15. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écarté
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
16. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
17. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon les termes de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de quitter le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l'édiction de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
18. Il ressort de la décision attaquée que pour fixer à six mois la durée d'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet du Rhône a relevé que Mme B avait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le 27 juin 2017 qu'elle n'avait pas exécutée et qu'elle était dépourvue d'attaches anciennes et stables en France. Si la requérante fait état de ce qu'elle réside sur le territoire français depuis six ans, il est constant qu'elle a fait l'objet d'un rejet définitif de sa demande d'asile, le 18 mai 2017, d'une décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dont la légalité a été confirmée tant par le tribunal que par la cour administrative d'appel de Lyon et qu'enfin, elle n'a séjourné régulièrement sur le territoire national que durant le temps de réexamen de sa dernière demande de titre de séjour. Ainsi, dès lors qu'il n'est pas contesté que la requérante n'a jamais bénéficié d'une carte de séjour temporaire, qu'elle s'est maintenue sur le territoire français en dépit du rejet de sa demande d'asile et du rejet juridictionnellement confirmé d'un arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, qu'elle ne justifie pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 38 ans, où résident sa mère et ses neuf frères et sœurs, son époux faisant également l'objet d'une mesure d'éloignement, alors même que Mme B ne représenterait pas une menace pour l'ordre public, le préfet du Rhône a pu, sans méconnaître les dispositions précitées des articles L. 612-7 et L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, laquelle ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, de caractère disproportionné.
19. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en l'absence de tout élément particulier invoqué tenant à cette décision, être écarté par les mêmes motifs que ceux développés au point 8.
20. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin, avant dire droit, de faire communiquer par le préfet du Rhône le rapport rendu par le médecin de l'OFII sur lequel se serait fondé l'avis du collège de médecins de l'OFII, que les conclusions de cette requête doivent être rejetées en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D G épouse B et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Pineau, premier conseiller
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.
La présidente-rapporteure,
A. A L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
N. Pineau
Le greffier,
S. Rolland
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026