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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208688

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208688

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208688
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantFIRMIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 novembre 2022, M. B D, représenté par Me Firmin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant plus de quatre mois par le préfet du Rhône sur la demande de titre de séjour qu'il a présentée le 21 octobre 2020 ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", ou mention " salarié ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en réparation des préjudices qu'il a subis du fait de cette décision ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros toutes charges comprises, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour ce conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- le préfet du Rhône ne lui a pas communiqué les motifs de la décision en litige alors qu'il lui en avait fait la demande ;

- en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Rhône a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision en litige méconnaît les dispositions de l'article L 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée, le 19 décembre 2022, à la préfète du Rhône qui a informé le tribunal, le 13 septembre 2024, de ce que, par une décision du 15 avril 2024, elle a délivré à M. A, un titre de séjour valable du 7 février 2024 au 6 février 2025.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 21 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de Mme Dèche a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité guinéenne, né le 1er mars 2001 est entré en France le 28 mars 2017. En novembre 2019, il a présenté une demande de titre de séjour, sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du 7° de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur. Il demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Rhône sur cette demande de titre de séjour et de condamner l'Etat à l'indemniser des préjudices subis du fait de l'illégalité de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte :

2. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de la requête, le 15 avril 2024, la préfète du Rhône a décidé de délivrer au requérant un titre de séjour valable du 7 février 2024 au 6 février 2025. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle la préfète du Rhône a implicitement refusé de délivrer un titre de séjour au requérant, ensemble ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ont perdu leur objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Aux termes l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable au litige : " A titre exceptionnel et sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire prévue aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 portant la mention " salarié " ou la mention " travailleur temporaire " peut être délivrée, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, à l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le respect de la condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigé. ".

4. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance de la métropole de Lyon en vertu d'une ordonnance du juge des tutelles du 22 décembre 2017, alors qu'il était âgé de seize ans. Il a ensuite été scolarisé en lycée professionnel et a poursuivi une formation en vue de la préparation d'un certificat d'aptitude professionnelle de menuiserie durant les années scolaires 2018/2019 et 2019/2020, diplôme qu'il a obtenu, le 30 juin 2020. Il ressort en outre des pièces du dossier et notamment des rapports éducatifs de sa structure d'accueil, que le requérant fait preuve d'une bonne intégration, tandis qu'il soutient sans être contredit, le préfet n'ayant pas produit de mémoire en défense, ne plus avoir de contacts avec sa famille demeurée en Guinée. Il s'ensuit que M. A justifiait, du suivi réel et sérieux d'une formation professionnelle depuis au moins six mois, ainsi que d'une intégration satisfaisante en France, tout en n'ayant plus de liens avec sa famille d'origine. Dès lors, M. A est fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

6. Le refus illégal de délivrer un titre de séjour à M. A constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été muni d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler à titre accessoire, dont il ne conteste pas qu'il a été ultérieurement renouvelé. Dans ces circonstances, et compte tenu notamment des difficultés non contestées en défense, que le requérant a connu pour trouver à se loger, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence entraînés par une telle décision en fixant le montant de l'indemnité qui lui est due à 500 euros.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander une somme de 500 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 26 août 2022 et de la capitalisation des intérêts à compter du 26 août 2023.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, le versement d'une somme de 1 200 euros, à Me Firmin, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 février 1991, sous réserve que Me Firmin renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte de la requête.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 500 (cinq cents) euros, avec intérêts au taux légal à compter du 26 août 2022. Les intérêts échus le 26 août 2023 seront capitalisés à cette date pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 3 : L'Etat versera à Me Firmin, une somme de 1 200 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 février 1991, sous réserve que Me Firmin, renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Firmin et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dèche, présidente,

Mme Viallet, conseillère,

Mme Pouyet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La présidente rapporteure,

P. Dèche

L'assesseure la plus ancienne,

M.L. Viallet

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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