jeudi 26 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2208689 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | FRERY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 novembre 2022, M. C B, représenté par Me Fréry, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2022 par lequel la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Yémen, pays dont il a la nationalité, ou tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible comme pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de procéder sans délai à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise sans réel examen de sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et l'autorité de chose jugée s'attachant à la décision définitive rendue le 24 octobre 2019 par la Cour nationale du droit d'asile, en tant qu'elle fixe le Yémen comme pays de destination ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'illégalité en ce qu'elle considère qu'il peut être renvoyé en Tanzanie, alors qu'il n'y est pas légalement admissible.
Par un mémoire enregistré le 30 décembre 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que, si elle ne pouvait légalement désigner le Yémen comme pays de destination, compte tenu des risques auxquels le requérant y est exposé, ce dernier pourra être reconduit en Tanzanie, où il est légalement admissible ; qu'aucun des autres moyens de la requête n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 9 décembre 2022.
La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Besse, magistrat désigné ;
- les observations de Me Fréry, avocat de M. B, qui a repris ses conclusions et moyens en faisant valoir en outre que la fille aînée du requérant a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 3 janvier 2023 ;
- les observations de M. B.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant yéménite né en 1979, est entré pour la dernière fois en France en novembre 2017. Il a présenté une demande d'asile, qui a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 24 octobre 2019. Par un arrêté du 8 novembre 2022, pris après le rejet de la demande d'asile de son épouse, la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur la légalité de l'arrêté du 8 novembre 2022 :
2. En premier lieu, la circonstance que la préfète de l'Ain a estimé que le requérant pouvait être légalement éloigné vers le Yémen, en méconnaissance de la décision rendue le 24 octobre 2019 par la Cour nationale du droit d'asile ne saurait, en tout état de cause, et alors en outre que la préfète de l'Ain avait exposé les motifs pour lesquels elle estimait que M. B était admissible en Tanzanie, révéler un défaut d'examen réel préalable à la décision, distincte, faisant obligation à l'intéressé de quitter le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B résidait en France depuis cinq ans, à la date de la décision en litige, et que son épouse a fait l'objet, le même jour, d'une mesure d'éloignement. S'il fait valoir que son épouse est de nationalité distincte, cette circonstance est par elle-même sans incidence sur la légalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, laquelle ne désigne pas par elle-même le pays de renvoi. Par ailleurs, M. B expose que, par décision du 3 janvier 2023, le bénéfice de la protection subsidiaire a été reconnu à sa fille aînée, née le 26 octobre 2002. Toutefois, cette dernière est majeure et mère d'un enfant, et n'a pas nécessairement vocation à demeurer avec ses parents. Dans ces conditions, compte tenu de la durée et des conditions de séjour en France de l'intéressé, qui n'y démontre pas d'insertion particulière, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux but en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas, non plus, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
5. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".
7. Ainsi que l'admet d'ailleurs la préfète de l'Ain dans son mémoire en défense, M. B est exposé, en raison du conflit en cours au Yémen et du contexte de violences généralisées que connaît ce pays, à un risque de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Yémen, ce qu'avait d'ailleurs indiqué la Cour nationale du droit d'asile dans sa décision du 24 octobre 2019. Par suite, il y a lieu d'annuler la décision fixant le pays de destination, en tant qu'elle désigne le Yémen, pays dont le requérant a la nationalité, comme pays de destination.
8. En revanche, la décision fixe également comme pays de renvoi, tout pays dans lequel le requérant est légalement admissible, et notamment, précise la décision, la Tanzanie. Il ressort des pièces du dossier que M. B, né en 1979, est entré dans ce pays à l'âge de 5 ans, qu'il y a vécu jusqu'à son départ en Europe en 2016, que sa mère était de nationalité tanzanienne, ainsi que son épouse et que ses cinq enfants, nés entre 2002 et 2016 sont nés en Tanzanie. Au surplus, et ainsi que l'avait relevé la Cour nationale du droit d'asile pour rejeter la demande d'asile du requérant, ce dernier est entré en France muni d'un passeport tanzanien délivré en 2010, sans que ce dernier n'apporte le moindre document qui établirait le caractère falsifié, dont il se prévaut, de ce document. Ainsi, et sans qu'ait d'incidence le fait que la législation tanzanienne interdit la double nationalité, il ne ressort pas des pièces du dossier que, compte tenu des liens qu'il entretient avec la Tanzanie, M. B, qui ne produit d'ailleurs aucun élément à l'appui de ses allégations, n'y serait pas légalement admissible. Dans ces conditions, la préfète de l'Ain a pu légalement fixer comme pays de destination tout pays où M. B serait légalement admissible, en précisant que l'intéressé serait admissible en Tanzanie.
9. Il résulte de ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 novembre 2022 de la préfète de l'Ain, en tant qu'il désigne le Yémen comme pays de destination.
Sur l'injonction :
10. Le présent jugement, qui n'annule l'arrêté du 8 novembre 2022 qu'en tant qu'il désigne le Yémen comme pays de destination, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de la requête doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. B tendant à la mise à la charge de l'Etat d'une somme au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 8 novembre 2022 de la préfète de l'Ain est annulé en tant qu'il désigne le Yémen, pays dont M. B a la nationalité, comme pays de destination.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète de l'Ain.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.
Le magistrat désigné,
T. A La greffière,
C. Réveillé
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026