lundi 28 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2208690 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | GILLIOEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 novembre 2022, M. B F E, alors retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry (69125 aéroport Lyon - Saint-Exupéry), demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 22 novembre 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- elles sont entachées d'incompétence ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles n'ont pas été précédées d'un examen particulier de sa situation ;
En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision d'interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an:
- elle présente un caractère disproportionné ;
- elle porte atteinte au droit à la libre circulation des ressortissants communautaires sur le territoire de l'Union Européenne garanti par l'article 20 du traité sur l'Union Européenne et l'article 45 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;
Vu les pièces, enregistrées le 25 novembre 2022, produites par le préfet du Rhône.
Vu la demande du 28 novembre 2022 par laquelle M. E demande son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme C ;
Vu la prestation de serment de Mme D, interprète en langue roumaine.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le traité sur l'Union européenne ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir, au cours de l'audience publique du 28 novembre 2022, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Gillioen, avocat, pour M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et soutient en outre qu'il abandonne le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte et que les conclusions du requérant sont dirigées uniquement contre les décisions de refus de délai de départ volontaire et d'interdiction de circuler sur le territoire français ; il soutient également que M. E a établi le centre de ses intérêts au Royaume Uni où il est en situation régulière et où il souhaite retourner et que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- les observations de M. E, requérant, assisté de Mme D, interprète ;
- les observations de M. A pour le préfet du Rhône, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens de la requête ne sont pas fondés et soutient en outre que le requérant n'établit pas, par les pièces qu'il produit, être en situation régulière au Royaume Uni et ne justifie d'aucune vie privée et familiale en France où il a été écroué du 25 mai au 22 novembre 2022 à la suite d'un mandat d'arrêt européen émis le 18 avril 2017.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 22 novembre 2022, le préfet du Rhône a fait obligation de quitter le territoire français à M. E, ressortissant roumain né le 23 juin 1987, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an. M. E demande au tribunal d'annuler les décisions du 22 novembre 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
3. En premier lieu, les décisions attaquées, qui n'avaient pas à mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle du requérant, comportent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle sont fondées et sont ainsi suffisamment motivées au regard des exigences qu'imposent les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration susvisé. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, dès lors, être écarté comme manquant en fait.
4. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant son édiction. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. E, qui était écroué depuis le 26 mai 2022, a été condamné par le tribunal correctionnel de Lyon le 9 novembre 2022 à une peine d'emprisonnement de douze mois dont six avec sursis pour des faits de " détention en bande organisée d'équipement, instrument, programme informatique ou donnée conçu ou adapté pour la contrefaçon d'instrument de paiement (monnaie scripturale) " et " escroquerie réalisée en bande organisée ". Eu égard à la gravité de ces faits et alors même que l'intéressé n'a fait l'objet que d'une seule condamnation pénale en France, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant qu'il y avait urgence à l'éloigner du territoire français et en refusant ainsi de lui accorder un délai de départ volontaire.
7. En second lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne sont pas applicables aux citoyens de l'Union Européenne.
En ce qui concerne l'interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an :
8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine.". Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". Aux termes de l'article L. 251-6 du même code : " Le sixième alinéa de l'article L. 251-1 et les articles L. 251-3, L. 251-7 et L. 261-1 sont applicables à l'interdiction de circulation sur le territoire français. ". Il ressort des termes de la décision litigieuse que l'obligation faite à M. E de quitter le territoire français a été édictée sur le fondement du 2°) de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. M. E soutient qu'il souhaite retourner au Royaume-Uni où il réside régulièrement et travaille depuis 2018, qu'il n'a aucune attache en France où il n'a pas l'intention de s'établir et qu'il a fait l'objet d'un mandat d'arrêt européen à la suite duquel il a été remis aux autorités françaises le 25 mai 2022 puis écroué. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la décision attaquée d'interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an ne méconnaît pas les dispositions précitées et ne présente pas un caractère disproportionné.
10. En second lieu, pour les motifs énoncés au point 6, alors que le droit à la libre circulation des ressortissants européens peut connaître des restrictions notamment lorsque le comportement de l'intéressé représente une menace suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 20 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ni celles de l'article 45 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
11. Il résulte de tout de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2208690 de M. E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B F E et au préfet du Rhône.
Lu en audience publique le 28 novembre 2022.
La magistrate déléguée,
Mme Deniel,
première conseillèreLa greffière,
F. Gaillard
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026