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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208723

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208723

vendredi 17 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208723
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantNEMIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 novembre 2022, M. G D, représenté par Me Nemir, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2022 par lequel le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de procéder au réexamen de sa nouvelle demande de titre de séjour portant la mention " étranger malade " et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé ou une autorisation provisoire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de sa signataire ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 7 bis, a) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, dès lors qu'il n'est pas divorcé de son épouse bien qu'ils soient séparés ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6, 7) du même accord, dès lors qu'il remplit l'ensemble des conditions pour obtenir la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6, 7) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, dès lors qu'il remplit l'ensemble des conditions pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour en qualité d'étranger malade ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 24 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 décembre 2022.

Le préfet du Rhône a produit, le 27 janvier 2023, des pièces qui n'ont pas été communiquées à M. D.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes, ni représentées.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 13 août 1981, est entré sur le territoire français le 11 octobre 2017 muni d'un visa de court séjour valide du 10 octobre 2017 au 10 janvier 2018. Après avoir épousé une ressortissante française à Givors le 8 février 2018, l'intéressé a sollicité des services de la préfecture du Rhône, le 19 février suivant, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6, 2) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et a bénéficié d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " valable du 19 février 2018 au 18 février 2019. Le 21 mai 2019, M. D a sollicité des services de la préfecture du Rhône le " renouvellement " de son titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 7 bis, a) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 21 juin 2022, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

2. Par un arrêté du 8 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du 9 juin suivant, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet du Rhône a donné délégation de signature à Mme F E, attachée principale, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme A C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer la totalité des actes établis par la direction dont elle dépend, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit :/ () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux. ". Et aux termes de l'article 7 bis du même accord : " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a) () : / a) au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article () ".

4. Pour refuser à M. D la délivrance d'un certificat de résidence d'une durée de dix ans sur le fondement des stipulations précitées de l'article 7 bis, a) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le préfet du Rhône s'est fondé sur la circonstance que le requérant ne justifiait plus d'une communauté de vie effective avec son épouse, leur séparation ayant été confirmée tant par le service de lutte contre les fraudes de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM), saisi en application des dispositions de l'article L. 611-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, le 4 juin 2020, que par l'enquête diligentée par les services de la gendarmerie nationale au cours de laquelle l'épouse du requérant a déclaré, le 9 juin 2020, avoir divorcé, depuis le mois de mars 2019 et ne plus vivre avec lui depuis cette période. Si M. D reconnaît être séparé de sa conjointe mais fait état de ce que son épouse l'aurait " quitté () sans aucune explication " et de ce que leur divorce " n'est toujours pas prononcé () contrairement à la fausse déclaration de (son) épouse devant les gendarmes ", cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision contestée, l'intéressé ne contestant pas utilement le motif tiré de l'absence de communauté de vie effective avec son épouse à la date de son édiction. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 7 bis, a) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 est infondé et doit être écarté.

5. En second lieu, M. D n'ayant sollicité que la délivrance d'un certificat de résidence de dix ans sur le fondement des stipulations du a) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et le préfet du Rhône ne s'étant pas prononcé sur son droit au séjour au regard de son état de santé ou de sa vie privée et familiale, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 6, 7) du même accord et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont inopérants et ne peuvent, par suite, qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ".

7. D'autre part, selon les termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

8. Indépendamment de l'énumération donnée par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une telle mesure à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi ou une convention internationale bilatérale prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français.

9. En l'espèce, M. D soutient qu'il remplit l'ensemble des conditions pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour en qualité d'étranger malade et qu'il ne peut ainsi légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement compte tenu de son état de santé. Toutefois, si le requérant produits plusieurs certificats et compte rendu d'examens médicaux révélant qu'il est atteint d'une pathologie responsable d'un handicap moteur des membres inférieurs, ainsi que sa carte mobilité inclusion (CMI), valide du 28 août 2019 au 31 juillet 2029, et ses attestations de paiement de la caisse d'allocations familiales (CAF) pour le versement de l'allocation aux adultes handicapées (AAH), aucune des pièces du dossier ne démontre qu'un défaut de prise en charge médicale aurait pour l'intéressé des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni qu'il ne pourra effectivement bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en cas de retour dans son pays d'origine eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques de son système de santé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 6, 7) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et des dispositions de l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

10. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

11. M. D soutient qu'il a transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français, dès lors qu'il y réside depuis cinq ans, qu'il y est parfaitement intégré, qu'il y est entouré des membres de sa famille qui l'aident dans les actes de la vie quotidienne compte tenu de son handicap et qu'il ne représente aucune menace pour l'ordre public. Toutefois, le requérant, séparé de son épouse et sans enfant à charge, ne justifie pas de l'ancienneté, de la stabilité et de l'intensité des liens privés et familiaux dont il se prévaut sur le territoire national en se bornant à produire son avis d'impôt sur le revenu pour l'année 2020, ses attestations de paiement de la CAF pour l'année 2021 et les mois de janvier à juin 2022, un avis d'échéance habitation pour le mois d'avril 2022, son diplôme d'études en langue française (DELF) niveau A2 obtenu le 19 septembre 2022 ainsi que des documents relatifs à son état de santé et à son handicap, alors au demeurant qu'il n'apporte pas le moindre commencement de preuve sur la nature des liens qu'il entretiendrait avec les membres de sa famille présents en France. Par ailleurs, l'intéressé n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toute attache en Algérie, pays où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-six ans et où résident, selon les termes non contestés de la décision attaquée, ses parents, ses trois sœurs ainsi que ses trois frères. Dès lors, et outre le fait qu'il ne démontre ni qu'un défaut de prise en charge médicale aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni qu'il ne pourra effectivement y bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques de son système de santé, M. D ne peut être regardé, en l'état des pièces du dossier, comme étant en situation d'isolement dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, le préfet du Rhône n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G D et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.

Le rapporteur,

C. B

La présidente,

A. Baux

La greffière,

S. Rolland

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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