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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208735

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208735

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208735
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantFRERY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 novembre 2022, Mme B D épouse C, représentée par Me Fréry, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2022 par lequel la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de procéder sans délai à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise sans réel examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est fondée à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale, dès lors qu'elle sera reconduite dans un pays différent de celui de son mari, qui n'est pas ressortissant tanzanien.

Par un mémoire enregistré le 30 décembre 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme D épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 9 décembre 2022.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Besse, magistrat désigné ;

- les observations de Me Fréry, avocat de Mme C, qui a repris ses conclusions et moyens en faisant valoir en outre que la fille aînée de la requérante a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 3 janvier 2023.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D épouse C, ressortissante tanzanienne née en 1980, est entrée en France pour la dernière fois en novembre 2017. Elle a présenté une demande d'asile, qui a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 21 septembre 2022. Par un arrêté du 8 novembre 2022, la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Mme C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de l'arrêté du 8 novembre 2022 :

2. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de la décision en litige que la préfète de l'Ain n'aurait pas procédé à un réel examen de la situation de Mme C, avant de prendre la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C résidait en France depuis cinq ans , à la date de la décision en litige, et que son mari a fait l'objet, le même jour, d'une mesure d'éloignement. Si elle fait valoir que son époux est de nationalité distincte, cette circonstance est par elle-même sans incidence sur la légalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, laquelle ne désigne pas par elle-même le pays de renvoi. Par ailleurs, Mme C expose que, par décision du 3 janvier 2023, le bénéfice de la protection subsidiaire a été reconnu à sa fille aînée, née le 26 octobre 2002. Toutefois, cette dernière est majeure et mère d'un enfant, et n'a pas nécessairement vocation à demeurer avec ses parents. Dans ces conditions, compte tenu de la durée et des conditions de séjour en France de l'intéressée, qui n'y démontre pas d'insertion particulière, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux but en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas, non plus, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

5. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

6. En quatrième lieu, par une décision prise le même jour, la préfète de l'Ain a notamment fixé comme pays de renvoi en cas d'éloignement de son mari, la Tanzanie, pays où elle indique qu'il serait légalement admissible. Par jugement de ce jour, le tribunal a rejeté les conclusions de M. C dirigées contre cette décision, motif pris qu'il ne ressortait pas des pièces du dossier, compte tenu des liens très forts de M. C avec ce pays, qu'il n'y serait pas légalement admissible. Dans ces conditions, les décisions fixant le pays de destination n'emportent pas nécessairement séparation des époux. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays à destination duquel Mme C pourra être reconduite d'office serait pour ce motif entaché d'illégalité doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 8 novembre 2022 de la préfète de l'Ain est entaché d'illégalité et à en demander l'annulation.

Sur l'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requête dirigées contre l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D épouse C et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

T. A La greffière,

C. Réveillé

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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