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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208738

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208738

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208738
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantBOUHALASSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement le 24 novembre 2022 et le 30 octobre 2023, M. B A C, représenté par Me Bouhalassa, demande au tribunal :

1°) l'annulation de la décision du 4 novembre 2022 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a rejeté sa demande de délivrance d'une carte professionnelle en qualité d'agent de sécurité privée ;

2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer cette carte professionnelle dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat du Conseil national des activités privées de sécurité la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision en litige est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier dès lors que le Conseil national des activités privées de sécurité a rejeté automatiquement sa demande en se bornant à constater l'existence d'une ordonnance pénale ;

- elle est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2023, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A C ne sont pas fondés.

M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 55 % par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 29 septembre 2023.

La clôture d'instruction a été fixée au 22 novembre 2023 par une ordonnance du 2 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- la loi relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delahaye, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public ;

Considérant ce qui suit :

1. Par la décision attaquée du 4 novembre 2022, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a rejeté la demande de M. B A C tendant à la délivrance d'une carte professionnelle en qualité d'agent de sécurité privée.

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ; () ". Aux termes de l'article L. 612-20 du même code : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : ()2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; ".

3. Pour rejeter la demande de M. A C tendant à la délivrance d'une carte professionnelle en qualité d'agent de sécurité privée sur le fondement des dispositions précitées du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé a été mis en cause le 2 janvier 2021 pour des faits de conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique à Roanne, que ces faits ont donné lieu à une condamnation de 4 mois d'emprisonnement avec sursis et une suspension de permis de conduire pendant six mois, à une obligation d'exercer une activité professionnelle et à une obligation de soins, que les éléments reprochés à l'intéressé portent sur des faits graves et récents, révélant un comportement transgressif, contraire à l'honneur et à la probité, alors qu'ils constituent une obligation déontologique fondamentale, applicable aux professionnels de la sécurité privée, dont est attendu qu'ils adoptent dans l'exercice de leurs fonctions, comme en dehors de celui-ci, un comportement exemplaire, ce qui implique notamment d'observer un strict respect de l'ensemble des lois et règlement, que ces agissements sont également de nature à porter atteinte à la sécurité publique, des personnes et à la sécurité des biens alors qu'elles constituent les principales missions dévolues aux agents privés de sécurité et que, par suite, les agissements de l'intéressé sont incompatibles avec l'exercice des fonctions d'agent de sécurité privée.

4. En premier lieu, contrairement à ce que fait valoir le requérant, il ressort des termes de la décision en litige précédemment rappelée que celle-ci comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent, et est par suite suffisamment motivée. En outre, il ne ressort ni des termes de cette décision, ni des pièces du dossier, que le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité n'aurait pas procédé à un examen particulier de la demande de l'intéressé préalablement à son édiction, ni qu'il aurait automatiquement rejeté sa demande au regard de sa condamnation pénale et qu'il se serait cru en conséquence en situation de compétence liée.

5. En second lieu, M. A C fait valoir que son comportement a toujours été irréprochable et que s'il a été contrôlé avec un taux d'alcool supérieur à la limite autorisée, ces faits n'ont donné lieu qu'à une simple ordonnance pénale sans mention au bulletin n°2 de son casier judiciaire. Toutefois, il est constant que les faits commis par l'intéressé de conduite d'un véhicule en état d'alcoolique, au taux particulièrement élevé de 1,38 milligramme par litre d'air expiré, supérieur à la limite fixée à 0,40 mg par l'article L. 234-1 du code de la route, étaient encore récents à la date de la décision attaquée, et qu'ils sont graves dès lors qu'ils révèlent un comportement de nature à porter atteinte à la sécurité publique, des personnes et à la sécurité des biens, d'autant qu'ils ont été commis à une période où l'intéressé était titulaire d'une carte professionnelle d'agent de sécurité privée et, à ce titre, soumis à des exigences déontologiques particulières prévues aux articles R. 631-1 et suivants du code de la sécurité intérieure. Le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a en conséquence pu, sans commettre d'erreur d'appréciation ni faire une inexacte application des dispositions précitées du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, estimer que ces faits révélaient, à la date de la décision attaquée, un comportement incompatible avec la profession envisagée d'agent de sécurité privée.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation M. A C doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller ;

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

Le rapporteur,

L. DelahayeLe président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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