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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208760

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208760

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208760
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête, enregistrée le 24 novembre 2022, M. B C, représenté A Me Bescou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2022 A lequel la préfète de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros A jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de leur signataire ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il apporte la preuve qu'il vit avec une compatriote enceinte de leur premier enfant ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'un vice de procédure faute pour la préfète d'avoir recueilli l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration avant de prendre la décision contestée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours est illégale dès lors qu'elle repose sur une décision elle-même illégale ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La préfète de la Loire a présenté des pièces qui ont été enregistrées le 26 décembre 2022.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale A une décision du 23 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Reniez, première conseillère, pour statuer en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Le rapport de Mme Reniez, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien, conteste l'arrêté du 15 novembre 2022 A lequel la préfète de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. Les décisions attaquées en date du 15 novembre 2022 ont été signées A M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté de la préfète de la Loire du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le lendemain, d'une délégation pour signer de tels actes. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées manque ainsi en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, M. C soutient que la préfète de la Loire a commis une erreur de fait en retenant que s'il avait déclaré être marié religieusement avec sa compagne qui serait enceinte il n'en apportait pas la preuve. Toutefois, le requérant n'apporte pas la preuve qu'il s'est marié religieusement et que sa compagne est enceinte. Le moyen ne peut A suite qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de la Loire, qui n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé dans la décision contestée, n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant au regard des éléments portés à sa connaissance. Le moyen tiré du défaut d'examen doit dès lors être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis A un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ".

6. Lorsqu'il envisage de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger, le préfet n'est tenu, en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) que s'il dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir que l'intéressé présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une telle mesure d'éloignement.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition de M. C A les services de police le 15 novembre 2022 que ce dernier aurait fait état d'un problème de santé. En outre, le requérant ne produit aucune pièce de nature à établir que son état de santé nécessiterait un traitement à la date de la décision contestée. A suite, le moyen tiré de ce que la préfète de la Loire aurait dû saisir le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration avant de prendre la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige ne peut qu'être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue A la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. C, qui déclare être entré sur le territoire français le 1er janvier 2019, fait valoir qu'il vit avec une compatriote et que cette dernière, enceinte, est titulaire d'un certificat de résidence et a un enfant de nationalité française. Cependant, le requérant n'établit pas l'ancienneté de sa vie commune avec sa compagne en se bornant à produire une attestation non datée de cette dernière selon laquelle elle l'héberge depuis le 10 octobre 2021 et une autre, non datée, selon laquelle elle vit maritalement avec lui depuis le 23 octobre 2021 alors qu'il a déclaré lors de son audition A les services de police le 15 novembre 2022 qu'il avait déménagé quinze jours auparavant chez sa compagne et que les bulletins de paie de sa compagne et les siens ne comportent pas la même adresse. A ailleurs, il n'apporte aucune pièce démontrant que sa compagne serait enceinte et s'il fait valoir qu'il a un frère en situation régulière en France, il n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales en Algérie. Il ne démontre pas non plus que son état de santé nécessiterait qu'il demeure sur le territoire français. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et même s'il démontre travailler, la décision portant obligation de quitter le territoire en litige n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a ainsi pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la préfète de la Loire n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 15 novembre 2022 A laquelle la préfète de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

11. M. C n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à se prévaloir, A voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision fixant le délai de départ volontaire.

12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 15 novembre 2022 A laquelle la préfète de la Loire a fixé à trente jours le délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. M. C n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à se prévaloir, A voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

14. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 15 novembre 2022 A laquelle la préfète de la Loire a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées A M. C, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent A suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète de la Loire.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

La magistrate désignée,

E. Reniez

La greffière,

C. Réveillé

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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