vendredi 17 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2208768 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | ROYON |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 24 novembre 2022, sous le n° 2208768, M. E D, représenté par Me Royon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire
- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié " ou " travailleur temporaire ", et dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard
- à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L ; 761-1 du code de justice administrative, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence ;
- les décisions portant refus de titre de séjour, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français sont insuffisamment motivées ;
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la préfète ne justifie pas avoir préalablement saisie la commission du titre de séjour en application des articles L. 432-13 à L. 432-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée.
Par une ordonnance du 25 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 décembre 2022.
Les parties ont été informées qu'en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que le pouvoir de régularisation dont dispose le préfet doit être substitué aux dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comme base légale de l'arrêté du 26 juillet 2022 en tant qu'elles prévoient la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".
II - Par une requête enregistrée le 24 novembre 2022 sous le n° 2208770, Mme C F épousé D, représentée par Me Royon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire
- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié " ou " travailleur temporaire ", et dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard
- à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L ; 761-1 du code de justice administrative, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence ;
- les décisions portant refus de titre de séjour, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français sont insuffisamment motivées ;
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la préfète ne justifie pas avoir préalablement saisie la commission du titre de séjour en application des articles L. 432-13 à L. 432-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée.
Par une ordonnance du 25 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 décembre 2022.
M. et Mme D ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 21 octobre 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République Française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Baux a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées présentées par M. et Mme D qui concernent la situation des membres d'une même famille et présentent à juger de questions semblables, ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a ainsi lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. et Mme D, ressortissants marocains nés le 12 juillet 1984 et le 13 février 1985, ont présenté, le 21 juillet 2021, une nouvelle demande d'admission au séjour. Par deux arrêtés en date du 26 juillet 2022, dont les requérants demandent au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète de la Loire a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, s'agissant de M. D et de deux ans, s'agissant de Mme D.
3. Les arrêtés du 26 juillet 2022 ont été signés par M. G B, sous-préfet de Montbrison, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète de la Loire en date du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Loire le lendemain. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes attaqués qui manque en fait, doit être écarté.
4. D'une part, les décisions du 26 juillet 2022 par lesquels la préfète de la Loire a refusé de délivrer un titre de séjour à M. et Mme D, les a obligés à quitter le territoire français dans le délai d'un mois et a fixé le pays de destination mentionnent la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention internationale relative aux droits de l'enfant, l'accord entre le Gouvernement de la République Française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ils précisent également les circonstances relatives à la situation personnelle et familiale des requérants et notamment qu'entrés régulièrement sur le territoire national, ils ont précédemment fait l'objet d'arrêtés refusant de les admettre au séjour et les obligeant à quitter le territoire français, que si M. D dispose d'un diplôme de " plaquiste, plâtrerie, peinture ", il ne peut exercer d'activité professionnelle démuni de tout visa de long séjour, qu'il n'est pas démontré que leurs trois enfants mineurs ne pourraient poursuivre leur scolarité et les accompagner au Maroc, qu'ils ne font état d'aucun motif exceptionnel permettant de régulariser leurs situation et soulignent enfin, que les intéressés n'établissent pas être exposés à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans leur pays d'origine.
5. D'autre part, si les requérants soutiennent que les décisions leur infligeant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, s'agissant de M. D et de deux ans, s'agissant de son épouse, seraient insuffisamment motivées, ces décisions visent les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précisent par ailleurs, que les intéressés résident irrégulièrement sur le territoire français en dépit des précédentes mesures d'éloignement dont ils ont fait l'objet, la légalité des arrêtés du 19 juin 2019 ayant été confirmée par le tribunal, le 9 juin 2020, que leurs conditions d'existence sont empreintes d'une grande précarité et qu'ils ne justifient d'aucune attache sur le territoire national. Par suite, alors qu'il n'était pas nécessaire pour l'autorité administrative de faire figurer dans ses décisions tous les éléments l'ayant conduite à leur édiction et dès lors que les arrêtés contestés comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et qui ont permis aux requérants d'en discuter utilement, les arrêtés contestés satisfont ainsi aux exigences de motivation résultant du code des relations entre le public et l'administration et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du défaut de motivation des arrêtés du 26 juillet 2022 doit donc être écarté, en toutes ses branches.
S'agissant du moyen propre à la requête de M. D :
6. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. () ".
7. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 régit la délivrance de titres de séjour pour l'exercice d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un tel titre de séjour ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.
8. Il ressort de l'arrêté contesté que la préfète de la Loire a rejeté la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. D sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que ces dispositions ne sont pas applicables aux ressortissants marocains. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point. Ainsi, il y a lieu de substituer à la base légale erronée de l'article L. 435-1 du code précité celle tirée du pouvoir discrétionnaire, dont dispose le préfet, de régulariser ou non la situation d'un étranger dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir général de régularisation que lorsqu'elle examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En l'espèce, M. D fait état de son expérience professionnelle en qualité de plâtrier peintre depuis le mois d'octobre 2020 et produit un contrat à durée indéterminée pour un emploi en cette même qualité daté du 1er juillet 2021. Toutefois, et alors que la décision attaquée mentionne ces éléments, ils ne sauraient suffire à caractériser une insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français, permettant de considérer que la préfète de la Loire en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour, aurait entaché la décision en litige d'une erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant des moyens communs aux deux requêtes :
En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour :
10. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ". Aux termes de l'article L. 435-1 de ce même code : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".
11. D'une part, si M. D soutient que la décision en litige serait entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, la préfète de la Loire verse au débat le procès-verbal de la réunion de ladite commission en date du 15 avril 2022, faisant état de la présence de l'intéressé. Par suite, le moyen manque en fait et doit être écarté.
12. D'autre part, si Mme D soutient que présente en France depuis plus de dix ans, la préfète de la Loire était tenue de saisir ladite commission préalablement au rejet de sa demande d'admission au séjour, elle ne verse au débat s'agissant de l'année 2014 que quelques pièces et notamment une ordonnance médicale du 13 janvier 2014, une attestation de cessation de paiement de la caisse d'allocations familiale du 21 janvier 2014, un jugement du tribunal de grande instance de Saint-Etienne du 28 janvier 2014 et une carte familiale d'admission à l'aide médicale d'Etat pour la période du 4 avril 2014 au 3 avril 2015, s'agissant de l'année 2016, elle se borne à produite deux ordonnances datées des 10 mai et 9 décembre ainsi qu'un certificat médical du 10 août et enfin, ne verse au dossier, aucun élément justifiant de sa présence sur le territoire français au cours de l'année 2019. Ainsi, par ces seuls éléments, Mme D ne justifie pas de sa résidence habituelle en France depuis dix années à la date de l'arrêté qu'elle conteste et n'est dès lors pas fondée à soutenir que ledit arrêté serait entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour.
13. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Selon les termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
14. M. et Mme D font état de la durée de leur présence en France, de la scolarisation de leurs trois enfants tous trois nés sur le territoire national, de la présence régulière en France de certains membres de leurs familles et de l'insertion professionnelle de M. D. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme D, entrée en France en 2010 en qualité de conjointe d'un ressortissant français, a déjà fait l'objet de quatre décisions refusant de l'admettre au séjour et l'obligeant à quitter le territoire français, en 2012, 2014, 2016 et 2019 qu'elle n'a jamais exécutées. En outre, si M. D fait état de son arrivée sur le territoire national en 2012, il n'a jamais sollicité la régularisation de sa situation administrative avant l'année 2019 et n'a pas davantage exécuté l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre le 19 juin 2019. Par ailleurs, si les intéressés soutiennent que leurs enfants sont nés sur le territoire français et y sont scolarisés, ils ne justifient pas de ce que leur scolarisation ne pourrait se poursuivre au Maroc. Enfin, les requérants ne font état d'aucun élément permettant d'attester d'une vie privée et familiale intense et stable sur le territoire national où leurs conditions de vie sont empreintes d'une grande précarité. Ainsi, alors que les décisions en litige n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer les enfants de leurs parents, que l'ensemble des membres de la famille ont tous la même nationalité, dès lors qu'aucun des éléments versés au débat ni davantage l'âge des enfants de M. et Mme D ne font obstacle à ce que la vie familiale puisse se reconstituer dans leur pays d'origine où les requérants ont, au demeurant, vécu la majorité de leur existence, c'est sans porter atteinte au droit des intéressés à mener une vie privée et familiale normale ni davantage à l'intérêt supérieur de leurs enfants que la préfète de la Loire a décidé de ne pas les admettre au séjour. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
15. En l'absence d'illégalité des décisions portent refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination doit être écarté.
16. Enfin, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent, en l'absence de tout élément particulier invoqué tenant à ces décisions, être écartés par les mêmes motifs que ceux exposés au point 14.
En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :
17. En l'absence d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
18. Pour fixer à six mois et deux ans la durée des interdictions de retour sur le territoire français prononcées respectivement à l'encontre de M. et Mme D, la préfète de la Loire a relevé que les conditions d'existence des intéressés sont empreintes d'une grande précarité, qu'ils ne démontrent pas une insertion sociale particulière en France et qu'ils n'ont pas exécuté les précédentes mesures d'éloignement prises à leur encontre. Si les requérants font état de la scolarisation de leurs enfants sur le territoire national et des efforts d'intégration professionnelle de M. D, il ressort toutefois des pièces de ces dossiers que les intéressés se maintiennent en situation irrégulière sur le territoire français depuis 2012, alors au surplus que la légalité des arrêtés portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français édictés, en dernier lieu, à leur encontre, a été juridictionnellement confirmée. Enfin, ainsi qu'il a été précisé au point 14, les intéressés ne justifient par aucune pièce des dossiers que leur cellule familiale ne pourrait se reconstituer au Maroc, où les requérants ont vécu la majorité de leur existence, et dont l'ensemble des membres de la famille disposent de la nationalité. Par suite, en infligeant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois à M. D et de deux ans, à Mme D, la préfète de la Loire n'a pas fixé une durée disproportionnée à ces interdictions, la circonstance invoquée tirée de ce que le " risque de soustraction de fuite n'est pas caractérisé " étant à cet égard sans incidence.
19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que ces requêtes doivent être rejetées en ce comprises leurs conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2208768 et 2208770 sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Mme C F épouse D et à la préfète de la Loire.
Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Pineau, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.
La présidente-rapporteure,
A. BauxL'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
N. Pineau
La greffière,
S. Rolland
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Nos 2208768 - 2208770
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026