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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208769

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208769

vendredi 17 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208769
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 24 novembre, 1er et 21 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Vray, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire,

- sans délai, de procéder à l'effacement de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen ;

- dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

- et, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen réel de sa situation ;

- à défaut de production de l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), la préfète de la Loire ne justifie pas de la régularité de la procédure en méconnaissance des dispositions des articles R. 425-13 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que non seulement son état de santé mais également celui de son enfant mineur devaient être pris en compte ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par une ordonnance du 25 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 décembre 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 11 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R.425-11, R.425-12 et R.611-1 et R.611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Baux, présidente,

- et les observations de Me Vray, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant géorgien né le 8 mai 1987, est entré régulièrement en France, le 21 octobre 2021, accompagné de son épouse et de ses deux enfants mineurs. Sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 30 juin 2022 que par la Cour nationale du droit d'asile, le 21 octobre suivant. Le 22 février 2022, l'intéressé a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 27 juillet 2022 dont le requérant demande l'annulation, la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

2. En premier lieu, l'arrêté vise les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels il se fonde et notamment les articles L. 425-9 et L. 611-1 ainsi que les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Il précise par ailleurs le contenu de l'avis du collège des médecins de l'OFII et rappelle les éléments de fait qui constituent la situation de l'intéressé notamment ceux relatifs à son état de santé. Ainsi, l'arrêté en litige comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du défaut de motivation qui manque en fait doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, la circonstance que la préfète n'ait pas mentionné, dans son arrêté, la demande de titre de séjour déposée par l'épouse du requérant en raison de l'état de santé de leur fils ne saurait caractériser un défaut d'examen particulier de la situation du requérant, dès lors que la préfète de la Loire a par ailleurs fait état, outre des éléments relatifs à la situation personnelle de M. A, de la présence en France, à ses côtés, de ses enfants nés en 2012 et 2015 et de son épouse bénéficiaire d'une attestation de demandeur d'asile valide jusqu'au 25 octobre 2022. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen sérieux de la demande et de la situation de M. A ne peut qu'être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Selon les termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".

5. En troisième lieu, la préfète de la Loire a versé au débat l'avis rendu le 21 juin 2022 par le collège de médecins de l'OFII qui a considéré que l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qui pourrait être pris en charge dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige serait entaché d'un vice de procédure en l'absence de production dudit avis ne pourra qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que M. A aurait solliciter la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, alors que la préfète de la Loire n'a pas examiné la possibilité de l'admettre au séjour sur ce fondement, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant et doit être écarté.

7. En cinquième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

8. En l'espèce, alors que la préfète de la Loire s'est appropriée l'avis précité du collège de médecins selon lequel, eu égard à l'offre de soin et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, le requérant pourrait effectivement y bénéficier d'un traitement approprié, M. A se borne à verser au débat un compte-rendu médical et un compte-rendu radiographique établis respectivement les 9 mai et le 31 janvier 2022 qui font état de sa pathologie mais ne se prononcent pas sur l'indisponibilité alléguée de son traitement en Géorgie . Par suite, en l'absence de tout élément probant, le requérant ne contredit pas utilement l'avis du collège de médecins de l'OFII et notamment le positionnement dudit collège sur la possibilité d'accéder effectivement à un traitement approprié et à un suivi de sa pathologie en Géorgie. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ". Selon les termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

10. M. A fait état de ce qu'il a contesté la décision de rejet de l'OFPRA, en date du 30 juin 2022 et est en attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, de ce que ses deux enfants sont scolarisés sur le territoire national, souligne que tant son état de santé que celui de son enfant, né en 2015, nécessitent des soins en France et enfin, que son épouse et lui-même ont fait montre d'importants efforts d'intégration sociale. Toutefois, M. A est entré récemment en France, accompagné de son épouse et de ses deux enfants, alors qu'il était âgé de 34 ans. Contrairement à ce qu'il allègue, il ressort des pièces du dossier que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par la CNDA, par un arrêt rendu le 21 octobre 2022 qui lui a été notifié le 2 novembre suivant. Ainsi, à la date de l'arrêté attaqué, l'intéressé résidait en France depuis moins d'un an et ne démontrait aucune insertion sociale ou professionnelle sur le territoire national ni davantage l'existence d'une vie privée et familiale intense, ancienne et stable sur le territoire français. Si enfin, le requérant soutient que l'état de santé de son enfant né en 2015 nécessite des soins, il ne verse au débat aucun élément permettant de justifier que le défaut de prise en charge de son état de santé entraînerait pour son enfant des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni davantage qu'il ne pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié en Géorgie. Par suite, dès lors que l'intéressé ne démontre pas que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer en Géorgie, pays dont l'ensemble des membres de la cellule familiale a la nationalité et dans lequel ils ont vécu l'essentiel de leur existence, où demeurent ses parents et son frère et où il n'établit pas que ses enfants ne pourraient poursuivre leur scolarité, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. En outre, alors que la décision en litige n'a ni pour objet ni pour effet de séparer les enfants mineurs de leur père, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Loire aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants. Ainsi, les moyens tirés de la méconnaissance et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais du litige.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de la Loire.

Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Guegen, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.

La présidente,

A. BauxL'assesseur le plus ancien au tableau,

N. Pineau

La greffière,

S. Rolland

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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