vendredi 17 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2208774 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | ROYON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 novembre 2022, Mme B A, représentée par Me Royon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;
2°) enjoindre à la préfète de la Loire :
- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiante " à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la même date et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la même date et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de son signataire ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que la préfète de la Loire ne s'est pas prononcée sur sa demande de titre de séjour en qualité d'étudiante ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 25 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 décembre 2022.
Une mesure supplémentaire d'instruction a été diligentée le 3 janvier 2023, en application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, afin que la préfète de la Loire verse au dossier le formulaire de la demande de titre de séjour déposée par Mme A le 30 novembre 2021.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 202Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes, ni représentées.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante albanaise née le 12 décembre 2002, est entrée régulièrement en France le 13 février 2016, accompagnée de ses parents et de ses deux sœurs. Le 30 novembre 2021, l'intéressée a sollicité des services de la préfecture de la Loire la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 27 juin 2022, dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En dépit de la mesure supplémentaire d'instruction qui lui a été adressée le 3 janvier 2023, et dont elle a accusé réception le jour-même, la préfète de la Loire, qui s'est prononcée sur le droit au séjour de Mme A au regard des dispositions des articles L. 421-1, L. 421-3, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas versé au débat le formulaire de la demande de titre de séjour présentée par l'intéressée. Ainsi, la requérante, qui se prévaut d'une part, de son entrée sur le territoire français alors qu'elle était mineure et d'autre part, de ses études, est fondée à soutenir qu'elle a sollicité des services préfectoraux de la Loire, le 30 novembre 2021, la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant ", sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du pouvoir de régularisation dont dispose l'autorité préfectorale, ainsi qu'au regard des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 422-1 du même code qui permettent à l'autorité administrative d'accorder une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an, sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition de détention d'un visa de long séjour prévue à l'article L. 412-1 de ce code, en cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures.
3. Pour contester les décisions du 27 juin 2022 par lesquelles la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français, Mme A se prévaut notamment du sérieux de son parcours scolaire depuis son entrée en France ainsi que de la poursuite de ses études supérieures sur le territoire national devant lui permettre de valider son diplôme et d'obtenir un emploi ou une alternance. En l'espèce, il est constant que la requérante a été scolarisée dès son entrée régulière sur le territoire français, le 13 février 2016, à l'âge de treize ans et deux mois, d'abord en classe de cinquième puis de quatrième au sein du collège L'Astrée de Boën-sur-Lignon pour les années scolaires 2015-2016 à 2016-2017, puis en classe de troisième au sein du collège Puits de la Loire de Saint-Étienne pour l'année scolaire 2017-2018 et, enfin, après l'obtention de son diplôme national du brevet en série générale avec la mention " Très bien " le 10 juillet 2018, de la seconde à la terminale générale au sein du lycée Honoré d'Urfé de Saint-Étienne entre les années scolaires 2018-2019 et 2020-2021, où elle a obtenu, le 24 septembre 2021, son diplôme du baccalauréat général, dans les spécialités " Langues, littératures et cultures étrangères et régionales (Anglais) " et " Mathématiques ", avec la mention " Très bien ". Il est également constant que l'intéressée a fait preuve, durant la totalité de sa scolarité dans le second degré et en dépit de sa situation de précarité, de sérieux et d'investissement, ainsi qu'en attestent, outre les mentions précitées, l'ensemble de ses relevés de notes entre les années 2016 et 2021, dont la majorité comporte les " Félicitations " des conseils de classe, l'obtention d'une bourse au mérite et les différents témoignages élogieux de chefs d'établissements et d'enseignants rédigés entre les années 2017 et 2018, lesquels font état de ses qualités, de ses mérites, de son parcours scolaire remarquable ainsi que de ses progrès en langue française. À cet égard, la préfète de la Loire a d'ailleurs relevé, tant dans les décisions attaquées que dans son mémoire en défense, les " études brillantes " de Mme A sur le territoire national, reconnaissant notamment son " parcours exemplaire " qui " dénote un grand sérieux et une forte implication de l'intéressée dans son cursus ", ainsi que son " très bon niveau de français ", alors qu'il ressort de ses bulletins scolaires initiaux qu'elle ne maitrisait pas cette langue. Il est enfin constant que la requérante s'est inscrite en brevet de technicien supérieur (BTS) spécialité " Étude et réalisation d'agencement " au sein du lycée d'enseignement général et technologique Jean-Monnet de Saint-Étienne pour les années 2021 à 2023, " où elle excelle également ", ainsi que l'a relevé l'autorité préfectorale sur la base de son bulletin du 1er semestre de l'année 2021-2022 mentionnant, un " Excellent semestre " et les " Félicitations " du conseil de classe, et qu'elle souhaite intégrer une école d'architecte après l'obtention de ce BTS à l'issue de la session d'épreuves du mois de juin 2023 à laquelle elle s'est inscrite. Cette cohérence du parcours scolaire et estudiantin de Mme A est en outre étayée par le témoignage rédigé le 5 mars 2018 par une professeure de lettres modernes affectée au sein du collège Puits de la Loire de Saint-Étienne qui atteste avoir suivi, à l'époque, l'élaboration du rapport de stage " remarquable " de l'intéressée sur l'école de design de Saint-Étienne et relève l'évidence de la motivation de la requérante pour le design et l'architecture. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, l'administration faisant d'ailleurs valoir en défense que la requérante pourrait prétendre à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", compte tenu tant de la durée de sa présence en France que du sérieux et de la cohérence de son parcours scolaire et de ses études supérieures, Mme A est fondée à soutenir qu'en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, la privant ainsi de la possibilité d'obtenir son BTS qu'elle a débuté au cours de l'année scolaire 2021-2022, la préfète de la Loire, a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ses décisions sur sa situation personnelle, la circonstance tirée de ce que ses parents et sa sœur ainée se maintiendraient irrégulièrement sur le territoire national en dépit de mesures d'éloignement prononcées à leur encontre, pour certaines confirmées par les juridictions compétentes, étant à cet égard sans incidence.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation des décisions du 27 juin 2022 par lesquelles la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision du même jour par laquelle elle a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, et après examen des autres moyens de la requête, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Loire, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la même date. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.
Sur les conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :
6. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Royon, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de ce dernier le versement à Me Royon de la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 27 juin 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la même date.
Article 3 : L'État versera à Me Royon la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Royon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Royon et au préfet de la Loire.
Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Pineau, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.
Le rapporteur,
C. C
La présidente,
A. Baux
La greffière,
S. Rolland
La République mande et ordonne au préfet de la Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026