vendredi 17 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2208777 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | LEFEVRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 novembre et 22 décembre 2022, M. C A B, représenté par Me Lefevre, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2022 par lequel le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône :
- de lui délivrer un certificat de résidence dans un délai de deux mois compter de la notification du jugement à intervenir ;
- en cas d'annulation de la seule décision portant obligation de quitter le territoire français, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la même date, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'incompétence de son auteur, dès lors qu'elle n'a pas été signée par le préfet du Rhône ;
- elle entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ait été émis préalablement à son édiction ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6, 7) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne pourra effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6, 5) du même accord et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :
- elles sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision obligation de quitter le territoire français ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.
M. A B été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle le préfet du Rhône n'était ni présent, ni représenté.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E ;
- et les observations de Me Lulé, substituant Me Lefevre, représentant M. A B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 27 février 1944, est entré pour la première fois en France le 30 avril 1969 et y a bénéficié de titres de séjour entre le 15 juillet 1969 et le 31 janvier 1985. Après avoir sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations de l'article 7 ter de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, l'intéressé a fait l'objet, le 2 juin 2009, d'un arrêté par lequel le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal daté du 13 décembre 2011. M. A B déclare être entré pour la dernière fois sur le territoire national le 30 novembre 2012, muni de son passeport revêtu d'un visa de court séjour valide du 12 novembre 2012 au 10 mai 2013. L'intéressé s'est maintenu en France à l'expiration de son visa et a sollicité des services de la préfecture de l'Aisne la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations de l'article 7 ter de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, puis, le 21 avril 2016, la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du même article et de l'article 6, 7) du même accord. Par deux arrêtés des 30 avril 2015 et 26 septembre 2017, dont la légalité a été confirmée tant par un jugement du tribunal administratif d'Amiens, le 2 février 2018, que par un arrêt de la cour administrative d'appel de Douai, du 21 mars 2019, le préfet de l'Aisne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office. Enfin, le 11 juin 2021, M. A B a sollicité des services de la préfecture du Rhône, la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations de l'article 6, 7) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 8 août 2022, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la seule circonstance que la décision contestée n'ait pas été signée par le préfet du Rhône n'est pas, par elle-même, de nature à démontrer qu'elle serait entachée d'incompétence. Au demeurant, par un arrêté du 8 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du 9 juin suivant, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet du Rhône a donné délégation de signature à Mme D F, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer d'une manière permanente les actes administratifs établis par sa direction, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ".
4. D'autre part, si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, il n'a toutefois pas entendu écarter, sauf stipulations incompatibles expresses, l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour. Figurent au nombre de ces dispositions celles de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prises pour l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du même code, dont la rédaction est analogue à celle des stipulations précitées de l'article 6, 7) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et aux termes desquelles : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".
5. Il résulte de la combinaison des textes précités que le certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " prévue par l'article 6, 7) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 est délivré par le préfet au vu d'un avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont l'étranger est originaire et que si ce dernier y a effectivement accès. Toutefois, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.
6. En l'espèce, le préfet du Rhône a versé au débat l'avis rendu le 30 septembre 2021 par le collège de médecins du service médical de l'OFII dans le cadre de l'instruction de la demande de titre de séjour présentée par M. A B en qualité d'étranger malade. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'un vice de procédure en l'absence de justification de la réalité de l'avis émis par ce collège de médecins sur la situation du requérant doit être écarté.
7. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade à M. A B, le préfet du Rhône s'est approprié le sens de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII qui a estimé que l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Pour contester cette analyse, le requérant soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il ne pourra pas effectivement bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée à son état de santé, lequel s'est aggravé, dès lors, d'une part, que cinq des dix médicaments composant son traitement ne sont pas disponibles en Algérie, d'autre part, qu'il nécessite, compte tenu de son âge avancé, un suivi pluridisciplinaire, notamment sur le plan cardiaque, hépatique et rénal, et, enfin, que sa situation financière ne lui permettra pas d'accéder aux soins indispensables à ses pathologies. Toutefois, s'il ressort des nombreuses pièces médicales produites par M. A B qu'il est porteur d'une " cardiopathie mixte ", traitée par un " stent " implanté au cours de l'année 2014, qu'il souffre d'une dyspnée d'effort de stade deux, ancienne et chronique, ainsi que de douleurs thoraciques sans " explication coronarienne ", qu'il est atteint de gonarthrose bilatérale et qu'il a connu des antécédents de maladies hépatiques et rénales, aucun des éléments versés au dossier n'est de nature à infirmer l'analyse du collège de médecins de l'OFII sur la possibilité de bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état dans le pays dont il est originaire. En effet, s'il ressort des pièces du dossier que le traitement actuellement prescrit au requérant est composé de dix médicaments et si M. A B soutient, sans être contredit, en se prévalant des recherches qu'il a effectuées sur le site internet " Pharm'Net ", référentiel algérien du médicament mentionné sur le site internet de l'OFII, que cinq de ces médicaments ne sont pas commercialisés en Algérie, il n'établit pas, en tout état de cause, qu'il ne pourrait bénéficier effectivement de molécules équivalentes et indispensables au traitement de ses pathologies, alors au demeurant que les deux certificats médicaux établis par son médecin généraliste les 10 décembre 2019 et 10 février 2021 font état de la disponibilité de ce traitement dans son pays d'origine. À cet égard, si le requérant fait état de ce que son traitement, composé de dix substances, impliquerait " nécessairement des risques () (d') interactions médicamenteuses si l'une d'entre elles (devait) être substituée ", il n'apporte aucune justification médicale à l'appui de ses allégations. De même, l'intéressé ne démontre pas davantage qu'il ne pourrait effectivement bénéficier d'un suivi pluridisciplinaire en Algérie, alors que les deux certificats médicaux précités font également état de la possibilité de bénéficier d'un suivi médical dans son pays d'origine. Par ailleurs, si M. A B se prévaut de sa situation financière, en produisant notamment une attestation délivrée le 19 octobre 2017 par le directeur de l'agence locale de la caisse nationale des retraites (CNR) en Algérie et aux termes de laquelle il ne perçoit aucune pension de retraite auprès de cet organisme, il n'apporte aucune précision sur le coût financier de ses soins et l'existence d'un éventuel reste à charge, alors que le préfet du Rhône fait valoir en défense, d'une part, qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ne pourrait bénéficier du système algérien de protection sociale pour les personnes dépourvues de ressources, et d'autre part, qu'il ne démontre pas l'impossibilité d'être pris en charge financièrement par son épouse et ses trois enfants majeurs résidant dans son pays d'origine. Enfin, s'il ressort effectivement des pièces du dossier que le requérant a subi, le 12 juillet 2022, une intervention chirurgicale en raison d'une hernie inguinale bilatérale ayant nécessité une cure par voie coelioscopique et la pose de prothèses, aucune des pièces médicales versées au dossier n'évoque une aggravation de son état de santé, l'existence de contre-indications médicales au voyage ou une impossibilité de se déplacer à la date de la décision contestée, le certificat médical rédigé le 13 juillet 2022 faisant seulement état de ce que l'opération avait été " réalisée dans de bonnes conditions " avec des " suites immédiates () simples ", l'intéressé ayant pu " regagner son domicile le lendemain ", et de ce qu'il pouvait " survenir dans les jours qui viennent quelques douleurs et/ou un hématome au niveau du site opératoire ". Dans ces conditions, le préfet du Rhône n'a pas fait une inexacte application des stipulations précitées de l'article 6, 7) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 en refusant à M. A B la délivrance d'un titre de séjour sur leur fondement.
8. En troisième lieu, M. A B n'ayant sollicité que la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations de l'article 6, 7) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et le préfet du Rhône ne s'étant pas prononcé sur son droit au séjour à un autre titre, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 6, 5) du même accord et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont inopérants et ne peuvent, par suite, qu'être écartés.
9. En dernier lieu, M. A B soutient que la décision contestée serait entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation ", compte tenu, d'une part, de son âge avancé et de ses importants problèmes de santé, et, d'autre part, de ce qu'il a transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français où il réside de façon continue depuis le 30 novembre 2012 et où il avait précédemment résidé et travaillé durant seize ans. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que le requérant ne démontre pas qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourra effectivement y bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé, ni, au demeurant, que cet état de santé, ne peut lui permettre d'y voyager sans risque. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé avait été admis à séjourner sur le territoire national de 1969 à 1985, dans le cadre de son activité professionnelle, les éléments dont il se prévaut, essentiellement composés de documents médicaux et d'avis d'imposition mentionnant la perception d'une pension de retraite, ne sont pas de nature à démontrer l'ancienneté, l'intensité et la stabilité des liens privés et familiaux dont il se prévaut antérieurement ou postérieurement à sa dernière entrée en France le 30 novembre 2012, alors au demeurant qu'il s'y maintient irrégulièrement depuis l'expiration de son visa de court séjour en dépit de deux mesures d'éloignement prononcées à son encontre les 30 avril 2015 et 26 septembre 2016, qu'il n'établit ni même n'allègue avoir exécutées, et dont la légalité a été confirmée par les juridictions administratives compétentes. Par suite, le préfet du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. A B en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
12. M. A B soutient qu'il a transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, dès lors qu'il y réside de façon continue depuis le 30 novembre 2012, qu'il y a travaillé et résidé auparavant durant seize années, et qu'il n'y est pas dépourvu d'attaches familiales compte tenu de la présence de son neveu et de sa nièce. Toutefois, si le requérant verse au dossier, outre les pièces précédemment évoquées aux points 7 et 9, la carte nationale d'identité française de son neveu et de l'épouse de ce dernier, ainsi que les titres de séjour de sa nièce et du fils de cette dernière, ces éléments ne sont pas de nature à démontrer l'ancienneté, l'intensité et la stabilité des liens privés et familiaux dont il se prévaut antérieurement ou postérieurement à sa dernière entrée en France le 30 novembre 2012, alors au demeurant qu'il s'y maintient irrégulièrement depuis l'expiration de son visa de court séjour en dépit de deux mesures d'éloignement prononcées à son encontre les 30 avril 2015 et 26 septembre 2016, qu'il n'établit ni même n'allègue avoir exécutées, et dont la légalité a été confirmée par les juridictions administratives compétentes. Par ailleurs M. A B n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toute attache en Algérie, pays où il a vécu l'essentiel de son existence et où résident, selon ses propres déclarations, son épouse et leurs trois enfants majeurs. Dès lors, outre le fait qu'il pourra y bénéficier d'une prise en charge médicale ainsi que cela a précédemment été exposé au point 7, le requérant ne peut être regardé, en l'état des pièces du dossier, comme étant en situation d'isolement dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, compte tenu de la durée et des conditions de séjour de M. A B, le préfet du Rhône n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Par les mêmes motifs, et en l'absence d'argumentation particulière, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé doit également être écarté.
En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :
13. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, les moyens tirés de ce que les décisions contestées devraient être annulées par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doivent être écartés.
14. En second lieu, si M. A B soutient que les décisions contestées seraient " en outre " entachées d'une " erreur manifeste d'appréciation ", ses moyens ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et doivent, par suite, être écartés.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Pineau, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.
Le rapporteur,
C. E
La présidente,
A. Baux
La greffière,
S. Rolland
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026