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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208783

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208783

vendredi 17 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208783
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 novembre 2022, M. E D, représenté par la SELARL Bescou et Sabatier Avocats Associés (Me Bescou), doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'ordonner, avant-dire droit, la production du rapport médical au vu duquel le collège de médecins du service médical l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rendu son avis ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2022 par lequel le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard :

- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ;

- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de sa signataire ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis du collège de médecins du service médical de l'OFII ait été émis dans des conditions régulières préalablement à son édiction ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne pourra bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre du pouvoir général de régularisation dont dispose l'autorité préfectorale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :

- elles sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée au préfet du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 25 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 décembre 2022.

Une pièce complémentaire a été produite par M. D le 20 janvier 2023.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, au taux de 55%, par une décision du 3 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes, ni représentées.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant guinéen né le 16 mai 1989, déclare être en France le 13 août 2017. Il a déposé, le 16 octobre suivant, une demande d'asile et a fait l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités espagnoles le 27 novembre 2017. Assigné à résidence par un arrêté du 12 décembre suivant, l'intéressé déclare s'être maintenu sur le territoire français et a sollicité des services de la préfecture du Rhône, le 16 janvier 2020, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Après avoir bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 24 avril 2020 au 23 avril 2021, M. D en a sollicité le " renouvellement ", le 8 juillet 2021. Par un arrêté du 14 novembre 2022, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS).

2. Par un arrêté du 8 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du 9 juin suivant, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet du Rhône a donné délégation de signature à Mme A C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer d'une manière permanente les actes administratifs établis par sa direction, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. / La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Selon les termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Et aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est délivrée par le préfet au vu d'un avis émis par un collège de trois médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), après transmission à ce collège d'un rapport médical établi par un médecin de l'OFII ne siégeant pas au sein dudit collège. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont l'étranger est originaire et que si ce dernier y a effectivement accès. Toutefois, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

5. En l'espèce, il ressort des pièces produites en défense qu'au cours de l'instruction de la demande de titre de séjour de M. D en qualité d'étranger malade, le collège de médecins de l'OFII, composé de trois médecins, a rendu un avis le 22 décembre 2021 au vu d'un rapport médical rédigé par un autre médecin, le 5 novembre 2021, qui lui a été transmis le 7 novembre suivant. En outre, ces quatre médecins ont été régulièrement désignés par la décision du directeur général de l'OFII en date du 1er octobre 2021, modifiant celle du 17 janvier 2017 portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, accessible tant au juge qu'aux parties sur le site internet de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'un vice de procédure doit être écarté en toutes ses branches.

6. Ensuite, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. D. À cet égard, si le requérant soutient que l'autorité préfectorale aurait dû " motiver davantage sa décision pour justifier ce en quoi l'évolution de son état de santé impliquait (qu'il) ne remplisse plus les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ", il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle se serait fondée sur l'évolution de l'état de santé de l'intéressé, le préfet du Rhône ayant considéré qu'il nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Par ailleurs, la circonstance que le préfet du Rhône n'ait pas mentionné l'activité salariée exercée par M. D n'est pas davantage de nature à démontrer qu'il n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle, l'autorité préfectorale n'étant en tout état de cause pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la vie privée de l'intéressé, de surcroît dans le cadre de l'examen d'une demande de titre de séjour présentée en qualité d'étranger malade. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. Enfin, pour refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade à M. D, le préfet du Rhône s'est approprié le sens de l'avis rendu le 22 décembre 2021 par le collège de médecins de l'OFII qui a estimé que son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Le requérant entend contester cette analyse en soutenant qu'il est atteint d'un handicap visuel sévère d'origine neurologique, qu'il est régulièrement suivi au sein du service de neuro-ophtalmologie de l'hôpital Pierre Wertheimer de Lyon, qu'il a précédemment obtenu un titre de séjour en qualité d'étranger malade et qu'il ne pourra effectivement bénéficier d'une prise en charge adaptée à sa pathologie en cas de retour en Guinée où les dispositifs de santé n'ont pas connu d'évolution depuis l'année 2021. Il ressort en effet des pièces du dossier que M. D présente un " handicap visuel sévère d'origine neurologique, sans cause identifiée " et qu'il a bénéficié, du 24 avril 2020 au 23 avril 2021, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à la suite d'un précédent avis émis le 24 avril 2020 par le collège de médecins de l'OFII estimant que son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, et que les soins nécessités par cet état de santé devaient en l'état être poursuivis pendant une durée de six mois. Toutefois, si le requérant verse au dossier une ordonnance du 23 novembre 2022 pour la prescription de cinq médicaments, un courrier du même jour pour la confirmation d'un rendez-vous au sein du service de neuro-ophtalmologie de l'hôpital Pierre Wertheimer de Lyon le 23 mars 2023, ainsi qu'un certificat médical rédigé le 6 décembre 2022 par un médecin généraliste dans des termes généraux et peu circonstanciés faisant notamment état de ce que " la continuité (de ses) soins ne peut être garantie dans son pays d'origine, du fait de ruptures de stocks " aucun de ces éléments n'est de nature à infirmer la nouvelle analyse du collège de médecins de l'OFII sur sa possibilité de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, alors au demeurant que l'intéressé ne précise pas la nature des médicaments et " dispositifs de santé " dont il ne pourrait y bénéficier. Par ailleurs, si M. D soutient qu'il bénéficie de l'obligation d'emploi des travailleurs handicapés du 16 décembre 2020 au 30 novembre 2023, en produisant une attestation de la présidente de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) datée du 23 décembre 2020 ainsi qu'une attestation rédigée le 21 novembre 2022 par une assistante de service social du centre d'accueil et d'orientation (CAO) - Association Le Mas faisant état d'un accompagnement depuis le mois de décembre 2018, ces éléments ne sont pas davantage de nature à démontrer qu'il ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour sur leur fondement.

8. En dernier lieu, si M. D se prévaut de son état de santé et de son handicap, en produisant les éléments évoqués au point précédent, ainsi que de son activité salariée, en versant au dossier les éléments relatifs à son emploi en qualité d'interprète sous contrat à durée déterminée du 17 août au 14 octobre 2020 et le 26 janvier 2021 au sein de la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) " Sedo's Languages ", puis en qualité de cantonnier au sein de la société " Handishare Interim " de juillet à septembre 2022, ces éléments ne sauraient être regardés comme des " circonstances exceptionnelles ou humanitaires " de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre de son pouvoir général de régularisation doit être écarté. Par les mêmes motifs, et en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle du requérant doit également être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

11. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que M. D ne démontre pas qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont il est originaire, il ne pourrait effectivement y bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Rhône s'est approprié le sens de l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII le 22 décembre 2021 estimant qu'au vu des éléments du dossier de l'intéressé et à la date de cet avis, son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers la Guinée, ce que le requérant ne conteste pas. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit au regard des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. En dernier lieu, en vertu des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

13. M. D soutient qu'il a transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français, dès lors qu'il y réside depuis cinq années, qu'il y est suivi sur le plan médical et social et qu'il y est parfaitement intégré compte tenu de sa maîtrise de la langue française et de ce qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, le requérant, célibataire et sans charge de famille en France, n'y justifie pas de liens privés et familiaux suffisamment anciens, intenses et stables, ses avis d'imposition pour les années 2019 à 2021 et son attestation d'élection de domicile au sein du CAO - Association Le Mas du 30 novembre 2021 au 30 novembre 2022, outre les éléments précédemment mentionnés aux points 7 et 8, s'avérant insuffisants à cet égard. Par ailleurs, l'intéressé n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toute attache en Guinée, pays où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-huit ans. Dès lors, et outre le fait qu'il pourra effectivement y bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé, M. D ne peut être regardé, en l'état des pièces du dossier, comme étant en situation d'isolement dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, compte tenu de la durée et des conditions de séjour de l'intéressé, le préfet du Rhône n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Par les mêmes motifs, et en l'absence d'argumentaire spécifique, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " doit également être écarté.

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :

14. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, les moyens tirés de ce que les décisions contestées devraient être annulées par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner avant-dire droit la production du rapport médical du 5 novembre 2021 au vu duquel le collège de médecins du service médical de l'OFII a rendu son avis le 22 décembre suivant, que la requête de M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.

Le rapporteur,

C. B

La présidente,

A. Baux

La greffière,

S. Rolland

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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