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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208797

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208797

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208797
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées les 25 et 28 novembre 2022, M. B E, représenté par Me Bescou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2022 par lequel le préfet du Rhône l'a assigné à résidence pendant une durée de 45 jours ;

3°) d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin d'effacer son signalement dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois suivant notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet du Rhône de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen, dans un délai d'un mois suivant notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

-elle est signée par un auteur incompétent ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

-elle est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'un défaut de base légale dès lors que son entrée en France était régulière ;

-elle méconnaît le droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

-il est illégal du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle il est fondé ;

-il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

-il est entaché d'une erreur de droit dès lors que la préfète s'est à tort sentie en situation de compétence liée pour l'application de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-il est entaché de deux erreurs de fait tenant à ce qu'il a justifié de son domicile et qu'il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour antérieurement à la décision en litige ;

-il est entaché d'erreur d'appréciation dès lors qu'il n'existe aucun risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français en litige ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

-elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire sur lesquels elle est fondé ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

-elle est entachée de deux erreurs de fait dès lors qu'il est entré en France sous couvert de son passeport biométrique albanais et qu'il justifie avoir sollicité un rendez-vous en préfecture pour y déposer une demande de titre de séjour ;

-elle méconnaît le droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

-elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

Sur l'assignation à résidence :

-elle est signée par une auteure incompétente ;

-elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Le préfet du Rhône a produit des pièces le 25 novembre 2022.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 novembre 2022, la préfète du Bas-Rhin a conclu au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- les arrêtés attaqués ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application de l'Accord de Schengen du 14 juin 1985 entre les gouvernements des Etats de l'Union économique Benelux, de la République fédérale d'Allemagne et de la République française relatif à la suppression graduelle des contrôles aux frontières communes, signée à Schengen le 19 juin 1990 ;

- le règlement (UE) 2018/1806 du Parlement européen et du Conseil du 14 novembre 2018 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des Etats membres et la liste de ceux dont les ressortissants sont exemptés de cette obligation ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme A.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- les observations de Me Bescou, avocat de M. E, qui a conclu aux mêmes fins que dans ses écritures et par les mêmes moyens, à l'exception du moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français auquel il déclare avoir renoncé ;

-les observations de M. E qui a indiqué qu'il n'a pas travaillé depuis son brevet d'études professionnelles obtenu en 2020, que sa mère est en attente d'un rendez-vous en préfecture pour déposer une demande de titre de séjour et que sa sœur s'est vue opposer un refus de guichet en essayant de déposer sa demande.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, ressortissant albanais né le 21 décembre 2001, déclare être entré en France le 26 juillet 2017. Lors d'un bref séjour en Allemagne, il a été contrôlé par les autorités allemandes qui l'ont remis aux autorités de police du Bas-Rhin le 23 novembre 2022. Par un arrêté du jour même, la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant un an. Par un arrêté du même jour, le préfet du Rhône l'a assigné à résidence dans l'attente de son éloignement. M. E demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

En ce qui concerne la base légale de l'obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ". En l'espèce, la préfète du Bas-Rhin a fondé l'obligation de quitter le territoire français opposée au requérant sur les 1° et 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de l'entrée en France de M. E :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ;

3° Des documents nécessaires à l'exercice d'une activité professionnelle s'il se propose d'en exercer une ". Le paragraphe 1 de l'article 20 de cette convention prévoit que les étrangers non soumis à l'obligation de visa peuvent circuler librement sur les territoires des Etats parties pendant une durée maximale de trois mois au cours d'une période de six mois à compter de la date de première entrée, pour autant qu'ils remplissent les conditions d'entrée visées à l'article 5, paragraphe 1, points a), c), d) et e). Le c) du paragraphe 1 de l'article 5 précise que, pour un séjour n'excédant pas trois mois, l'entrée sur le territoire des parties contractantes peut être accordée à l'étranger justifiant de l'objet et des conditions du séjour envisagé et disposant des moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans le pays de provenance ou le transit vers un Etat tiers dans lequel son admission est garantie, ou étant en mesure d'acquérir légalement ces moyens.

4. Il résulte de ces dispositions et du règlement (UE) 2018/1806 du Parlement européen et du Conseil du 14 novembre 2018 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des Etats membres et la liste de ceux dont les ressortissants sont exemptés de cette obligation, que si les ressortissants albanais détenant, comme c'est le cas de M. E, un passeport biométrique en cours de validité, sont dispensés de visa pour les séjours n'excédant pas quatre-vingt-dix jours sur toute une période de cent-quatre-vingts jours au sein de l'espace Schengen, ils doivent remplir les conditions rappelées ci-dessus. En l'espèce, M. E déclare être entré en France le 26 juillet 2017 à l'âge de 15 ans, muni de son passeport biométrique albanais alors en cours de validité dont une copie est versée à l'instance. Toutefois, il n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il remplissait, lors de son entrée en France, les conditions précitées tenant à son hébergement, à la garantie de son rapatriement et à la prise en charge de ses dépenses de santé. Dans ces conditions, le préfet pouvait à bon droit qualifier d'irrégulière son entrée en France du 26 juillet 2017. M. E se prévaut par ailleurs de la circonstance qu'il a été récemment interpellé en Allemagne sans disposer de titre de séjour si bien que les autorités allemandes l'ont remis, le 23 novembre 2022, aux autorités françaises afin qu'elles prennent en charge son éloignement. Contrairement à ce qu'il soutient, une telle décision de remise, prise précisément au motif de son séjour irrégulier dans l'espace Schengen, ne constitue nullement une entrée régulière en France. Par suite, M. E se trouvait dans la situation, prévue au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans laquelle la préfète du Bas-Rhin pouvait prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français.

S'agissant du maintien de M. E en situation irrégulière en France :

5. Il ressort des pièces du dossier que M. E, devenu majeur le 21 décembre 2019, avait rendez-vous, le 18 décembre 2020 en préfecture du Rhône, pour déposer une demande de titre de séjour. Si M. E soutient que ce rendez-vous aurait été annulé à l'initiative de la préfecture, il n'apporte aucune pièce au soutien de ses allégations. Par la suite, il a sollicité, le 16 novembre 2021, un nouveau rendez-vous en préfecture afin de déposer une demande de titre de séjour " étudiant ". Il ressort toutefois des échanges de courriel avec le service instructeur de la préfecture produits à l'instance que sa demande de rendez-vous a été classée sans suite au motif que M. E n'était inscrit dans aucune formation pour l'année 2021-2022 et n'était ainsi pas en mesure de présenter un dossier complet de demande de titre de séjour " étudiant ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait ensuite déposé une demande de titre de séjour sur un autre fondement. Ainsi, alors que ses démarches tendant au dépôt d'une demande de titre de séjour étaient restées inabouties, M. E s'est maintenu en France jusqu'à l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français en litige. Ainsi, à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans la situation, prévue au 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans laquelle la préfète du Bas-Rhin pouvait édicter à son encontre une obligation de quitter le territoire français.

6. Il résulte de ce qui précède que la préfète du Bas-Rhin pouvait à bon droit fonder la décision contestée portant obligation de quitter le territoire français sur les dispositions du 1° et du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du défaut de base légale doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de droit dont la préfète aurait entaché son arrêté en qualifiant d'irrégulière l'entrée en France de M. E doivent être écartés.

8. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte les éléments de fait et de droit qui en constituent le fondement. La préfète n'était pas tenue de relever les circonstances qu'il a fait l'objet d'une décision de remise de la part des autorités allemandes ni qu'il a entrepris des démarches inabouties pour obtenir un rendez-vous en préfecture dès lors que ces circonstances n'étaient pas de nature à influer sur le sens de sa décision. Il suit de là que le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation personnelle du requérant dont la préfète aurait entaché son arrêté doit être écarté.

9. En dernier lieu, M. E se prévaut d'attaches personnelles et familiales en France. Il ressort des pièces du dossier qu'il a été scolarisé en France à partir de la classe de troisième et qu'il a obtenu en juin 2020 un brevet d'études professionnelles de modeleur maquettiste. Il déclare toutefois n'avoir suivi aucune formation complémentaire ni exercé aucune activité professionnelle depuis 2020. Si sa mère et sa sœur résident en France avec lui, il indique lui-même à l'audience qu'elles sont en situation irrégulière. Célibataire et sans charge de famille, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de sa vie et où réside encore son père. Par suite, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français en litige méconnaîtrait son droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la préfète n'a pas non plus commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.

Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, invoquée à l'encontre de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, doit être écartée.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

12. Il ressort des pièces du dossier que le requérant dispose d'une carte d'identité albanaise en cours de validité à la date de la décision attaquée et d'un justificatif de domicile correspondant à l'adresse à laquelle il habite depuis 2017 et qui est corroborée par plusieurs pièces du dossier. Dans ces conditions, la préfète ne pouvait fonder sa décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire sur l'absence de garanties de représentation du requérant au sens du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est également fondée sur le 1° et le 2° du même article, correspondant à la situation de l'étranger entré irrégulièrement sur le territoire français et qui s'y est maintenu en situation irrégulière. Or il ressort des pièces du dossier que la préfète aurait pris la même décision en se fondant sur ces deux seuls motifs. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de droit dont serait entachée la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire doivent être écartés.

13. En dernier lieu, aucun élément de la décision en litige ne révèle un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle du requérant ni ne révèle que la préfète se serait crue en situation de compétence liée dans l'application de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, invoquée à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écartée.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

16. Il ressort des pièces du dossier que M. E n'a jamais fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et ne représente pas une menace pour l'ordre public. Entré irrégulièrement en 2017, il a été scolarisé jusqu'en 2020, année d'obtention de son brevet d'études professionnelles de modeleur maquettiste, et n'a pas poursuivi de formation ni exercé d'activité professionnelle par la suite. Ses demandes de rendez-vous en préfecture n'ont pas abouti au dépôt d'une demande de titre de séjour. Sa mère et sa sœur se trouvent également en situation irrégulière en France. Célibataire et sans charge de famille, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de sa vie et où réside encore son père. Compte tenu de ces éléments, la préfète, qui pouvait prononcer une interdiction de retour sur le territoire français allant jusqu'à trois ans, n'a commis ni erreur de droit ni erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à l'encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, durée qui ne présente pas en l'espèce de caractère disproportionné

17. En troisième lieu, comme il a été dit ci-dessus, la préfète n'a pas commis d'erreur de fait en considérant que le requérant est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu irrégulièrement. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est pas non plus entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

18. En dernier lieu, pour les motifs exposés au point 10 du jugement, l'interdiction de retour sur le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée, compte tenu des buts en vue desquels elle a été prise, au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de destination :

19. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, invoquée à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écartée.

Sur l'assignation à résidence :

20. D'une part, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, invoquée à l'encontre de la décision d'assignation à résidence, doit être écartée.

21. D'autre part, l'arrêté d'assignation à résidence en litige est signé par Mme D C, attachée et adjointe à la cheffe de bureau de l'éloignement. En application combinée des articles 1er et 11 de l'arrêté du préfet du Rhône du 16 septembre 2022, régulièrement publié le 20 septembre suivant, elle disposait d'une délégation de signature, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme F, attachée, chef du bureau de l'éloignement, elle-même compétente pour signer l'acte en litige par application de l'article 2 du même arrêté. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'acte doit être écarté.

22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. E à fin d'annulation des arrêtés en litige doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et à fin d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à la préfète du Bas-Rhin et au préfet du Rhône.

Copie en sera adressée à Me Bescou.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

La magistrate désignée,

C. A La greffière,

F. GAILLARD

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin et au préfet du Rhône en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

Un greffier,

2208797

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