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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208819

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208819

vendredi 17 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208819
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 novembre 2022, M. C A, représenté par la SCP Robin-Vernet (Me Vernet), demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 mai 2022 par lequel le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône :

- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ait été émis dans des conditions régulières préalablement à son édiction ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne pourra bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la prise en charge médicale dont il bénéficie actuellement sur le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire.

La requête a été communiquée au préfet du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1734 du 16 décembre 2020 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle le préfet du Rhône n'était ni présent, ni représenté.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- et les observations de Me Lulé, substituant Me Vernet, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 10 octobre 1990, déclare être entré en France le 13 octobre 2018. L'intéressé a déposé, le 19 octobre suivant, une demande d'asile qui a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 23 octobre 2019, que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 28 mai 2020. Après avoir demandé le réexamen de sa demande de protection internationale qui sera rejeté pour irrecevabilité tant par l'OFPRA, le 6 novembre 2020, que par la CNDA, le 4 février 2021, M. A a sollicité des services de la préfecture du Rhône, le 7 juillet 2021, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 5 mai 2022, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. / La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Selon les termes de l'article 3 du décret du 16 décembre 2020 portant partie réglementaire du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les références à des dispositions abrogées par le présent décret sont remplacées par les références aux dispositions correspondantes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction annexée au présent décret. ". Et aux termes l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge médicale, mentionnées au 11° de l'article L. 313-11 du CESEDA, sont appréciées sur la base des trois critères suivants : degré de gravité (mise en cause du pronostic vital de l'intéressé ou détérioration d'une de ses fonctions importantes), probabilité et délai présumé de survenance de ces conséquences. / Cette condition des conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge doit être regardée comme remplie chaque fois que l'état de santé de l'étranger concerné présente, en l'absence de la prise en charge médicale que son état de santé requiert, une probabilité élevée à un horizon temporel qui ne saurait être trop éloigné de mise en jeu du pronostic vital, d'une atteinte à son intégrité physique ou d'une altération significative d'une fonction importante. / Lorsque les conséquences d'une exceptionnelle gravité ne sont susceptibles de ne survenir qu'à moyen terme avec une probabilité élevée (pathologies chroniques évolutives), l'exceptionnelle gravité est appréciée en examinant les conséquences sur l'état de santé de l'intéressé de l'interruption du traitement dont il bénéficie actuellement en France (rupture de la continuité des soins). Cette appréciation est effectuée en tenant compte des soins dont la personne peut bénéficier dans son pays d'origine. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Et selon les termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est délivrée par le préfet au vu d'un avis émis par un collège de trois médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), après transmission à ce collège d'un rapport médical établi par un médecin de l'OFII ne siégeant pas au sein dudit collège. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont l'étranger est originaire et que si ce dernier y a effectivement accès. Toutefois, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

5. En l'espèce, il ressort des pièces produites en défense qu'au cours de l'instruction de la demande de titre de séjour présentée par M. A en qualité d'étranger malade, le collège de médecins du service médical de l'OFII, composé de trois médecins, a rendu un avis le 15 octobre 2021 au vu d'un rapport médical rédigé par un autre médecin, le 5 octobre 2021, qui lui a été transmis le même jour. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'un vice de procédure doit être écarté en toutes ses branches.

6. Ensuite, pour refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade à M. A, le préfet du Rhône s'est approprié le sens de l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII qui a estimé que l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner pour lui de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le requérant entend contester cette analyse en soutenant, d'une part, qu'il est atteint d'une " sinusite chronique " dont le défaut de prise en charge pourrait entrainer de " graves complications, avec un risque d'extension aux os, aux yeux, aux méninges, au cerveau voire à l'ensemble du corps ", et, d'autre part, qu'il ne pourra effectivement bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Toutefois, si M. A produit, d'une part, une ordonnance datée du 5 mai 2022 pour la délivrance d'un traitement composé de quatre médicaments prescrits pendant douze mois et une capture d'écran d'une page du site internet " Vidal " relative aux symptômes et aux complications de la sinusite, à l'appui de ses allégations tirées de ce qu'il bénéficie d'un suivi auprès d'un médecin spécialiste en oto-rhino-laryngologie (ORL) et de ce qu'il aurait été " contraint de consulter en urgence en raison de troubles de la vision survenus soudainement " au mois de novembre 2022, et, d'autre part, un lien internet renvoyant vers la liste des médicaments essentiels en République de Guinée publiée en 2012 ainsi qu'un rapport de l'organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR) en date du 12 octobre 2018, relatif au traitement du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) et du syndrome d'immunodéficience acquise (SIDA) en Guinée, ces éléments ne sont pas de nature à infirmer l'analyse du collège de médecins de l'OFII sur la circonstance que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner pour lui de conséquences d'une exceptionnelle gravité, dès lors qu'ils ne démontrent, ni que son état de santé présente, en l'absence de la prise en charge médicale requise, une probabilité élevée, à un horizon temporel qui ne saurait être trop éloigné, de mise en jeu de son pronostic vital, d'une atteinte à son intégrité physique ou d'une altération significative d'une fonction importante, ni une probabilité élevée, à moyen terme, de conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas d'interruption du traitement dont il bénéficie actuellement en France compte tenu des soins dont il pourrait bénéficier dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant à M. A la délivrance d'un titre de séjour sur leur fondement. Par les mêmes motifs, et en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de ce que la décision contestée procéderait " à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation " doit être écarté.

7. En deuxième lieu, M. A n'ayant sollicité que la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade et le préfet du Rhône ne s'étant pas prononcé sur son droit au séjour au regard de sa vie privée et familiale, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.

8. En dernier lieu, si le requérant soutient que son état de santé nécessite une prise en charge médicale spécialisée et un traitement médicamenteux auxquels il ne pourrait avoir accès dans son pays d'origine, de sorte qu'il ne pourra y poursuivre une vie privée et familiale " alors même qu'il ne conteste pas conserver des attaches familiales " en Guinée, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle de M. A doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

11. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que si l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale, l'intéressé ne démontre pas que le défaut de cette prise en charge pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Rhône s'est approprié le sens de l'avis rendu par le collège de médecins du service médical de l'OFII qui a estimé qu'au vu des éléments du dossier du requérant et à la date de cet avis, son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers la Guinée, ce que l'intéressé ne conteste pas. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Par les mêmes motifs, et en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de ce que la décision contestée résulterait " à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation " doit être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

13. Si M. A soutient que son état de santé est " précaire " et qu'il doit " pouvoir se maintenir sur le territoire français afin de bénéficier des soins qui lui sont indispensables ", il résulte de ce qui a été dit au point 6 que l'intéressé ne démontre pas que le défaut d'une prise en charge médicale pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par ailleurs, le requérant, qui demeure célibataire et sans charge de famille en France, est entré récemment sur le territoire national et n'y justifie pas de liens privés et familiaux suffisamment anciens, intenses et stables. Enfin, l'intéressé n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toute attache en Guinée, où il a vécu l'essentiel de son existence et où résident, selon les termes non contestés de la décision contestée, ses parents ainsi que ses deux enfants mineurs. Dès lors, et outre le fait que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, M. A ne peut être regardé, en l'état des pièces du dossier, comme étant en situation d'isolement dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour, le préfet du Rhône n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant en l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Par les mêmes motifs, et en l'absence d'argumentaire spécifique, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " doit également être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

16. Si M. A soutient que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa prise en charge médicale, en cours sur le territoire national, il ne fait état d'aucun élément permettant de justifier que le préfet du Rhône aurait méconnu les dispositions précitées, alors au demeurant que l'autorité préfectorale lui a accordé un délai de départ volontaire supérieur à trente-jours et qu'il résulte de ce qui a été dit au point 6 que le requérant ne démontre pas que le défaut de prise en charge médicale devrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen ainsi articulé doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

17. En l'absence d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du délai de départ volontaire, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 27 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.

Le rapporteur,

C. B

La présidente,

A. Baux

La greffière,

S. Rolland

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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