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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208833

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208833

mardi 19 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208833
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantCHINOUF SOPHIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Chinouf, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et à titre subsidiaire de procéder dans le même délai au réexamen de sa situation ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 10 000 euros assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation en réparation des préjudices qu'il a subis ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros par application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision implicite contestée n'est pas motivée, malgré la demande de communication des motifs qu'il a formulée ;

- il remplit les conditions de délivrance d'une carte de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus opposé à sa demande porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité de la décision implicite de délivrance de la carte de séjour sollicitée est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- les préjudices qu'il a subis de ce fait pourront être réparés par l'octroi d'une indemnité de 10 000 euros.

Par courrier enregistré le 20 septembre 2023, la préfète du Rhône a produit une pièce justifiant de la délivrance à M. B d'un titre de séjour.

La clôture de l'instruction est intervenue le 21 décembre 2023.

Les parties ont été informées le 6 février 2024, par application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation du refus implicite de délivrance d'une carte de séjour.

M. B a présenté des observations en réponse au courrier transmis par application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative par un mémoire enregistré le 12 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Allais a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant albanais né le 5 mai 2003, est entré en France en septembre 2018, alors qu'il était âgé de 15 ans, et a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité. Il a alors sollicité, le 1er juillet 2021, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour étrangers et du droit d'asile. Une décision implicite de rejet est intervenue, et M. B demande au tribunal, d'une part, l'annulation de cette décision implicite de rejet, et, d'autre part, la condamnation de l'Etat à lui verser une indemnisation en réparation des préjudices qu'il a subis du fait de l'illégalité de cette décision.

Sur le non-lieu à statuer :

2. Il ressort des pièces du dossier que, le 6 décembre 2022, la préfète du Rhône a fait droit à la demande de carte de séjour qui avait été présentée par M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de cette demande de carte de séjour, de même que les conclusions accessoires à fin d'injonction de délivrance de ce titre, sont devenues sans objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".

4. Il résulte de l'instruction que M. B, confié à l'aide sociale à l'enfance alors qu'il était âgé de quinze ans, a sollicité lorsqu'il a atteint dix-huit ans une carte de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressé, inscrit en classe de troisième à compter de janvier 2019 au lycée René Cassin à Corbas, a ensuite été scolarisé au lycée professionnel René Cassin à Tarare, en filière " maintenance des équipements industriel ". Il a suivi son année de terminale en alternance, ayant conclu un contrat d'apprentissage avec la société Kuhene+Nagel, puis a obtenu, avec la mention assez bien, le diplôme du baccalauréat professionnel en juillet 2022. Postérieurement à l'obtention de ce diplôme, M. B a été inscrit en formation de brevet de technicien supérieur dans le domaine de la maintenance des systèmes de production, en alternance, ayant conclu un nouveau contrat d'apprentissage avec la même société que celle précédemment citée. Il en résulte que le caractère réel et sérieux du suivi de la formation poursuivie par M. B est établi, et qu'il remplissait, par conséquent, l'ensemble des conditions de délivrance d'une carte de résident sur le fondement des dispositions précitées.

5. Si le refus implicite de délivrance de la carte de séjour sollicitée était, ainsi que cela résulte de ce qui a été dit au point précédent, illégal et, comme tel, de nature à engager la responsabilité de l'Etat, il ne résulte pour autant pas de l'instruction que M. B a subi des préjudices de ce fait dès lors qu'il a été mis en possession de récépissés de demande de titre de séjour de manière continue jusqu'au 6 décembre 2022, date de délivrance du titre, à l'exception d'une courte période comprise entre le 17 et le 24 novembre 2022. Ses conclusions indemnitaires ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros à M. B, par application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer une carte de séjour et sur celles, accessoires, à fin d'injonction.

Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 5 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Allais, première conseillère,

Mme de Lacoste Lareymondie, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2024.

La rapporteure,

A. Allais

Le président,

T. Besse

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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