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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208843

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208843

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208843
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantMUSCILLO

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 28 novembre 2022 sous le n° 2208843, et des mémoires enregistrés le 30 novembre 2022 et le 7 décembre 2022, M. D, représenté par Me Muscillo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 8 novembre 2022 par lesquelles le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé un pays de renvoi ;

3°) subsidiairement, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile statuant sur le recours formé à l'encontre de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français a été prise en violation du droit d'être entendu ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision accordant un délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement ;

- il en va de même de la décision désignant le pays de renvoi ;

- cette décision, qui n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation, méconnaît également l'article 3 de la convention européenne précitée ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 janvier 2023, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.

Par une décision du 13 janvier 2023 du bureau d'aide juridictionnelle, M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

II. Par une requête enregistrée le 28 novembre 2022 sous le n° 2208844, et des mémoires enregistrés le 30 novembre 2022 et le 7 décembre 2022, Mme B A, représentée par Me Muscillo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 8 novembre 2022 par lesquelles le préfet du Rhône l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé un pays de renvoi ;

3°) subsidiairement, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile statuant sur le recours formé à l'encontre de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme A soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français a été prise en violation du droit d'être entendu ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision accordant un délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement ;

- il en va de même de la décision désignant le pays de renvoi ;

- cette décision, qui n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation, méconnaît également l'article 3 de la convention européenne précitée ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 janvier 2023, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.

Par une décision du 13 janvier 2023 du bureau d'aide juridictionnelle, Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 20 janvier 2023, Mme de Lacoste Lareymondie, magistrate désignée, a présenté ses rapports et entendu les observations de Me Muscillo, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que les requêtes, par les mêmes moyens.

Le préfet du Rhône n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A, de nationalité albanaise, sont entrés en France le 30 avril 2022 pour y demander l'asile, accompagnés de leur fils mineur. Leur demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ayant statué en procédure accélérée, le 16 août 2022. Par les décisions en litige, le préfet du Rhône les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné un pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

3. En premier lieu, les décisions en litige comportent l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour ordonner l'éloignement des requérants. Elles sont, dès lors, suffisamment motivées, quand bien même elles ne feraient pas état de leur fils mineur ou de l'état de santé de Mme A.

4. En deuxième lieu, lorsqu'il oblige un étranger à quitter le territoire français sur le fondement de ces dispositions, le préfet doit appliquer les principes généraux du droit de l'Union européenne, dont celui du droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle défavorable ne soit prise à son encontre.

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme A est atteinte par la maladie de Parkinson, pour laquelle elle bénéficie d'un suivi médical spécialisé à Lyon et d'un traitement ayant permis une stabilisation des manifestations neurologiques de la maladie. Il ressort également des pièces du dossier que M. et Mme A avaient constitué un dossier et pris rendez-vous auprès des services de la préfecture en vue de l'enregistrement d'une demande de titre de séjour en raison de l'état de santé de Mme A. Il est constant que le rendez-vous a été reporté à trois reprises, à la demande des requérants eux-mêmes, les intéressés ne s'étant finalement pas présentés au dernier rendez-vous fixé le 26 septembre 2022.

6. D'autre part, M. et Mme A ne pouvaient ignorer que le rejet de leur demande d'asile les exposait à être éloignés du territoire. Toutefois, s'ils ont entamé des démarches en vue de l'enregistrement d'une demande de titre de séjour qui a échoué de leur fait, ils n'ont pas effectué d'autres diligences en vue de porter à la connaissance des services préfectoraux tout élément utile à l'examen de leur situation.

7. Il résulte de ce qui précède que, dans les circonstances de l'espèce, M. et Mme A ont été mis à même de faire valoir tout élément qui leur paraissait utile à l'examen de leur situation administrative préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement. Ils ne sont donc pas fondés à soutenir que les obligations de quitter le territoire français édictées à leur encontre ont été prises en violation du droit d'être entendu. Pour les mêmes motifs, ils ne sont pas fondés à soutenir que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de leur situation.

8. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, Mme A bénéficie d'un suivi spécialisé et d'un traitement médical en raison de la maladie de Parkinson dont elle est atteinte. Cependant, les requérants n'apportent aucune pièce en vue de démontrer qu'elle ne pourrait bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée dans son pays d'origine, où la maladie avait pourtant été diagnostiquée et traitée dans un premier temps. Il s'ensuit que le moyen tiré de la violation du 9° de l'article L. 611-3 du code précité doit être écarté, de même que le moyen tiré de ce que les décisions seraient entachées d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle des requérants.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. A la date des décisions en litige, M. et Mme A n'étaient présents en France que depuis quelques mois. Il est constant qu'ils sont dépourvus de toute attache familiale en France, à l'exclusion de leur fils mineur qui a vocation à repartir avec eux en Albanie où rien ne fait obstacle à la poursuite de sa scolarité. Le seul suivi médical dont bénéficie Mme A n'est pas de nature à démontrer que le couple aurait fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Dès lors, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne précitée et de la violation de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doivent être écartés.

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et désignant le pays de renvoi :

11. En premier lieu, les requérants n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, ils ne sont pas fondés à s'en prévaloir par la voie de l'exception, sans soulever d'autres moyens que ceux qui viennent d'être écartés, pour soutenir que les décisions fixant le délai de départ volontaire et désignant le pays de renvoi seraient elles-mêmes illégales.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. D'une part, il ne ressort ni des termes de la décision en litige, ni des pièces jointes aux dossiers, que le préfet n'aurait pas examiné la situation des époux A avant de fixer l'Albanie comme pays de renvoi. D'autre part, si les requérants évoquent des " craintes " en cas de retour en Albanie, ils n'apportent aucune précision ni aucune pièce au soutien de leurs allégations, et n'établissent donc pas être exposés à des risques de traitements contraires aux stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ils ne sont donc pas fondés à soutenir que ces stipulations auraient été méconnues.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requêtes de M. et Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

15. Aux termes de l'article L. 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b, c ou d du 1° de l'article L. 542-2, l'étranger peut demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement. / Cette demande est présentée dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 752-5 à L. 752-12 lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2. () ". Selon l'article L. 752-5 du même code : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ".

16. Dans le cadre du présent recours, les époux A, qui se bornent à demander la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français au seul motif que leur recours devant la Cour nationale du droit d'asile est toujours pendant, ne développent aucun commencement de démonstration en vue de faire naître un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Leur demande ne peut donc qu'être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n° 2208843 de M. A est rejetée.

Article 2 : La requête n° 2208844 de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D, à Mme B A et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.

La magistrate désignée,

E. de Lacoste Lareymondie

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

2 - 2208844

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