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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208859

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208859

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208859
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 novembre 2022, Mme B C A, représentée par Me Robin, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 25 juillet 2022 par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a désigné un pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement ; subsidiairement, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme A soutient que :

- le refus de séjour a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, la préfète n'établissant pas avoir saisi pour avis le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen complet de sa situation ;

- le refus de séjour a été pris en méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en ce qu'elle est prise sur le fondement d'un refus de séjour illégal ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne précitée ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision désignant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code précité.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 décembre 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 21 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 20 janvier 2023, Mme de Lacoste Lareymondie, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu les observations de Me Béligon, substituant Me Robin, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

La préfète de l'Ain n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

1. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ". Selon l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Selon l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins (). Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".

2. Il ressort des pièces produites par la préfète en défense que la décision refusant de délivrer un titre de séjour à Mme A sur le fondement de l'article L. 425-9 du code précité a été prise au vue d'un avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 23 mai 2022. Mme A, qui n'a pas répliqué à la production de ces pièces, ne conteste pas que le collège était régulièrement composé et que le médecin ayant établi le rapport en application de l'article R. 425-11 précité ne siégeait pas au sein de ce collège, ce qui ressort par ailleurs du procès-verbal de l'avis. Enfin, il ressort des termes de cet avis que celui-ci comporte les mentions requises par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé. Le moyen tiré de ce que la décision aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ne peut donc qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision en litige comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est donc suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni des pièces du dossier, que la préfète de l'Ain n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de Mme A.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces médicales jointes au présent recours que Mme A souffre d'une lésion cérébrale ischémique, d'hypertension artérielle et d'une endométriose, affections pour lesquelles elle bénéfice d'un suivi médical spécialisé et d'un traitement prescrit à vie. Dans son avis émis le 23 mai 2022, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que le défaut de prise en charge de l'état de santé de Mme A était susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle pouvait avoir accès à un traitement approprié en Angola, son pays d'origine. Au soutien de son recours, Mme A se borne à produire des documents relatant la précarité générale du système de santé et les difficultés d'accès aux soins et aux médicaments en Angola, ainsi qu'une liste de médicaments disponibles éditée en 2012 et non remise à jour. Ces éléments sont toutefois insuffisants à démontrer qu'elle ne pourrait pas personnellement bénéficier d'une prise en charge effective en Angola. Il s'ensuit qu'elle n'est pas fondée à soutenir que le refus de séjour méconnaît l'article L. 425-9 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Mme A, qui ne réside en France que depuis 2019, ne justifie d'aucune attache personnelle ou familiale sur le territoire français à l'exception de son fils majeur qui fait également l'objet d'une mesure d'éloignement. La seule circonstance qu'elle bénéficie d'un suivi médical en France n'est pas de nature à démontrer qu'elle y aurait fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Dès lors, le moyen tiré de ce que le refus de séjour méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne précitée doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ".

8. Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

9. En premier lieu, Mme A n'ayant pas démontré l'illégalité du refus de séjour, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir, sans soulever d'autres moyens que ceux qui viennent d'être écartés, pour soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait elle-même illégale.

10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5 ci-dessus, le moyen tiré de la violation de l'article L. 611-3 précité doit être écarté.

11. Doit également être écarté le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6 ci-dessus.

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de renvoi :

12. En premier lieu, Mme A n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir, sans soulever d'autres moyens que ceux qui viennent d'être écartés, pour soutenir que les décisions fixant le délai de départ volontaire et désignant le pays de renvoi seraient elles-mêmes illégales.

13. En second lieu, en se bornant à soutenir que la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation " au regard de sa prise en charge médicale ", la requérante n'assortit pas son moyen de précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Il ne peut donc qu'être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

14. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

15. Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

16. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France afin d'obtenir une protection internationale. Le rejet définitif de sa demande d'asile est intervenu le 13 septembre 2021, soit moins d'un an avant la mesure d'éloignement en litige, l'intéressée ayant dans le même temps sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par ailleurs, si Mme A ne justifie d'aucune autre attache sur le territoire français que son fils, qui fait également l'objet d'une mesure d'éloignement, il est constant que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Enfin, elle n'a fait l'objet d'aucune précédente mesure d'éloignement. Dans ces circonstances, la préfète de l'Ain ne pouvait, sans entacher sa décision d'erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 612-8 et L. 612-10 précités au regard de la situation personnelle de la requérante, édicter à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.

17. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant six mois. Les conclusions tendant à l'annulation des décisions lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et désignant un pays de renvoi doivent, en revanche, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Le présent jugement rejetant les conclusions dirigées contre le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français, il n'implique ni que la préfète délivre à Mme A un titre de séjour, ni qu'elle réexamine sa situation au regard de son droit au séjour. Dans ces circonstances, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, le versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la préfète de l'Ain du 25 juillet 2022 interdisant à Mme A de retourner sur le territoire français pour une durée de six mois, est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.

La magistrate désignée,

E. de Lacoste Lareymondie

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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