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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208910

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208910

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208910
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantDACHARY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 30 novembre et 2 décembre 2022, M. A C, représenté par Me Dachary, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2022 par lequel le préfet du Rhône a ordonné sa remise aux autorités néerlandaises ;

3°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet du Rhône l'a assigné à résidence ;

4°) d'enjoindre au préfet du Rhône d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de cinq jours ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

En ce qui concerne l'arrêté portant remise aux autorités néerlandaises :

- il méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement UE n°604-2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 17 du règlement UE n°604-2013 du 26 juin 2013, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- il est insuffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 1er et 2 décembre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu la demande du 2 décembre 2022 par laquelle M. C demande son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5 et L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme B ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 modifiant le règlement (CE) n° 1560/2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des Etats membres par un ressortissant d'un pays tiers ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le traité sur l'Union européenne et le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, ensemble le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir, au cours de l'audience publique du 2 décembre 2022, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Dachary, avocate, pour M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et soutient en outre que M. C entretient une relation qui a débuté aux Pays-Bas avec une ressortissante française, que le couple ne vit pas ensemble mais attend un enfant, que sa compagne est hébergée chez un couple d'amis, qu'il n'a pas indiqué la grossesse de sa compagne lors de son rendez-vous en préfecture en août dès lors qu'il ignorait qu'elle était enceinte, ni par la suite, compte tenu des conditions dans lesquelles ont été recueillies ses observations ;

- les observations de M. C, requérant ;

Le préfet du Rhône, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant camerounais né le 7 octobre 1999, déclare être entré en France le 29 juillet 2022 afin d'y solliciter l'asile. Il s'est vu délivrer une attestation de demande d'asile le 29 août 2022 et ses empreintes ont été relevées le même jour. Toutefois, après consultation du fichier européen EURODAC, il est apparu que l'intéressé avait été identifié aux Pays-Bas, où il avait sollicité l'asile le 26 septembre 2020. Saisies le 5 octobre 2022 d'une demande de reprise en charge de l'intéressé, les autorités néerlandaises ont explicitement accepté de le réadmettre par décision du 12 octobre 2022. Par un arrêté du 30 novembre 2022, le préfet du Rhône a décidé de le remettre aux autorités néerlandaises. Par une décision du même jour, le préfet du Rhône l'a assigné à résidence. M. C demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 572-5 et L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur la remise aux autorités néerlandaises :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions figurant sur le compte-rendu d'entretien mené avec l'intéressé que M. C a bénéficié d'un entretien individuel le 29 août 2022 avec un agent du service de la préfecture du Rhône, qui est un agent qualifié au sens du point 5 de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Ces dispositions n'exigent pas que le résumé de l'entretien individuel mentionne l'identité et la qualité de l'agent qui l'a mené. Dès lors, la circonstance que ni l'identité ni même les initiales de l'agent des services de la préfecture ne figurent sur le compte rendu de l'entretien n'est pas de nature à démontrer que celui-ci n'aurait pas été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. Il ressort par ailleurs du résumé dudit entretien que M. C a pu faire valoir à cette occasion toutes observations utiles. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

5. M. C fait état de la présence en France de sa compagne de nationalité française qui est enceinte et produit un acte de reconnaissance avant naissance réalisé le 1er octobre 2022. Toutefois, la production d'une simple lettre manuscrite du 2 décembre 2022, par laquelle la compagne de M. C certifie entretenir une relation avec le requérant depuis décembre 2020 n'est pas de nature à justifier l'ancienneté et la stabilité de cette relation alors qu'il est constant qu'il n'existe aucune communauté de vie du couple. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement européen n° 604/2013: " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". La faculté laissée à chaque État membre, par l'article 17 précité du règlement n° 604/2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue pas un droit pour les demandeurs d'asile.

7. Pour soutenir que c'est à tort que le préfet du Rhône n'a pas fait application des dispositions précitées de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, M. C se prévaut de la cellule familiale qu'il aurait constituée en France avec Mme D, mère de leur enfant à naître. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que cette dernière a effectivement débuté une grossesse le 28 juillet 2022, compte tenu du caractère récent de cette relation et de l'absence de communauté de vie, ces seuls éléments ne sauraient démontrer la réalité et la stabilité d'une vie de famille en France. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en ne dérogeant pas aux critères de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile, le préfet du Rhône aurait méconnu les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013. Par les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la décision d'assignation à résidence :

8. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui la fondent et est ainsi suffisamment motivée.

9. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des motifs de la décision en litige que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation du requérant avant l'édiction de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

10. Aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. () En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. () ". Aux termes de l'article L. 751-4 du même code : " En cas d'assignation à résidence en application de l'article L. 751-2, les dispositions des articles L. 572-7, L. 732-1, L. 732-3, L. 732-7, L. 733-1 à L. 733-4 et L. 733-8 à L. 733-12 sont applicables. () ". Aux termes de son article L. 733-1 : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie ".

11. Il ressort des pièces du dossier que les autorités néerlandaises ont accepté de réadmettre M. C le 12 octobre 2022 et que cet accord est valide durant six mois. Alors qu'il n'est pas contesté que le transfert du requérant demeurait une perspective raisonnable à la date de la décision attaquée, et compte tenu des démarches nécessaires à l'organisation du transfert de l'intéressé vers les Pays-Bas, le préfet du Rhône n'a pas méconnu les dispositions précitées en assignant M. C à résidence.

12. En troisième et dernier lieu, alors que le requérant, qui bénéficie d'une domiciliation à Lyon, est assigné à résidence dans le département du Rhône, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mesure d'assignation à résidence assortie d'une obligation de présentation à la direction zonale de la Police aux frontières une fois par semaine, soit les lundis à 8h30, présente un caractère disproportionné ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la requête ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

La magistrate déléguée, La greffière,

C. B,G. Montezin

première conseillère

La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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