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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208943

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208943

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208943
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantPETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 novembre et 19 décembre 2022, M. C E et Mme B D, représentés par Me Petit, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 septembre 2022 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de faire droit à la demande de regroupement familial présentée au bénéfice de leurs deux enfants ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de faire droit à leur demande de regroupement familial dans un délai de quinze jours suivant le jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer la situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision méconnait les dispositions des articles L. 434-2, L. 434-7 et R. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'ils remplissent les conditions pour que leurs enfants mineurs puissent bénéficier de la procédure de regroupement familial sur place ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de leur situation personnelle et familiale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la procédure de regroupement familial sur place constitue leur seul moyen d'ouvrir les droits en matière de prestations familiales au profit de leur fille A, née à l'étranger et qui ne dispose d'aucun acte de naissance ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet du Rhône qui, malgré une mise en demeure du 15 janvier 2024, n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Rizzato, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant azerbaïdjanais vivant en concubinage avec Mme D également de nationalité azerbaïdjanaise, a sollicité le regroupement familial au bénéfice de leurs deux filles mineures, A et C E, le 30 mai 2022. Par une décision du 29 septembre 2022, dont M. E et Mme D demandent au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a refusé de faire droit à cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune des pièces du dossier, que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation personnelle et familiale de M. E avant de rejeter sa demande de regroupement familial.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Peut être exclu du regroupement familial : () 3° Un membre de la famille résidant en France. ". Aux termes de l'article R. 434-6 du même code : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 434-7, le bénéfice du regroupement familial peut être accordé au conjoint et, le cas échéant, aux enfants de moins de dix-huit ans de l'étranger, qui résident en France, sans recours à la procédure d'introduction. / Pour l'application du premier alinéa est entendu comme conjoint l'étranger résidant régulièrement en France sous couvert d'une carte de séjour temporaire d'une durée de validité d'au moins un an ou d'une carte de séjour pluriannuelle qui contracte mariage avec le demandeur résidant régulièrement en France dans les conditions prévues aux articles R. 434-1 et R. 434-2. ".

4. Ainsi que le font valoir les requérants, les dispositions précitées de l'article R. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont applicables aux enfants de moins de dix-huit ans de l'étranger qui résident en France. Par suite, en rejetant la demande de regroupement familial au motif que ces dispositions ne s'appliquent pas " aux enfants du demandeur du regroupement familial pris isolément ", le préfet du Rhône a entaché sa décision d'une erreur de droit.

5. Toutefois, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur le seul motif de l'application de l'article L. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Selon les termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant susvisée : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. M. E et Mme D font valoir qu'ils résident en France depuis près de neuf années où ils ont construit et développé leurs centres d'intérêts et repères, que leur fille A, née le 23 novembre 2011 et arrivée en France avec eux à l'âge de trois ans, est scolarisée. Toutefois, dès lors que les mineurs ne sont pas astreints à la détention d'un document de séjour et ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, la décision attaquée n'empêche pas leurs filles de demeurer en France auprès de leurs parents, ni d'y poursuivre leurs scolarités. Si les requérants font en outre valoir que le refus en litige les empêche de bénéficier de prestations familiales pour leur fille A, laquelle ne dispose pas d'acte de naissance et ne peut donc entrer dans les conditions du regroupement familial classique, un tel refus ne saurait toutefois, en l'absence de circonstances particulières, porter atteinte à l'intérêt supérieur de leur enfant ou au droit à une vie privée et familiale normale. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

8. En dernier lieu, au regard de ce qui a été dit précédemment sur la situation personnelle et familiale des requérants, le moyen tiré de ce que le préfet du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. E et Mme D demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E et Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et Mme G et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Gros, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.

La rapporteure,

C. Rizzato

Le président,

M. Clément

La greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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