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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2208971

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208971

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208971
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP CARNOT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 novembre 2022 et 13 février 2024, M. et Mme D C, représentés par la SELARL Carnot Avocats, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2022 par lequel le maire de Ternay a refusé de leur délivrer un permis de construire pour la construction d'une maison individuelle avec garage accolé ;

2°) d'enjoindre au maire de Ternay de leur délivrer le permis de construire sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Ternay la somme de 2 000 euros à leur verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- il n'apparaît pas que le signataire de l'arrêté attaqué disposait d'une délégation régulière pour procéder à cette signature ;

- le classement de la parcelle cadastrée AX n° 236 en zone Uh est entachée d'une erreur d'appréciation, ses caractéristiques étant similaires à celles des parcelles voisines classées en zone Ub, le projet d'aménagement et de développement durable du plan local d'urbanisme ne justifiant pas ce choix urbanistique et cette parcelle répondant à la définition d'une dent creuse, alors que le projet d'aménagement et de développement durable souhaite combler les dents creuses ;

- l'article Uh 2 qui fonde le motif de refus opposé à leur demande est illégal en ce qu'il exclut toute construction nouvelle dans une zone U sans que cette atteinte portée au principe de constructibilité ne soit justifiée par un parti d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2023, la commune de Ternay, représentée par la SELARL Cabinet d'avocats Philippe Petit et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge solidaire de M. et Mme C le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 13 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 28 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chapard,

- les conclusions de Mme Marine Flechet, rapporteure publique,

- les observations de Me Berset, pour M. et Mme C, requérants,

- et les observations de Me Teyssier, pour la commune de Ternay.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C ont déposé en mairie de Ternay le 17 août 2022 une demande de permis de construire pour la réalisation d'une maison individuelle avec garage accolé sur un terrain situé en zone Uh du plan local d'urbanisme de la commune. Ils demandent l'annulation de l'arrêté du 5 octobre 2022 par lequel le maire a refusé de leur délivrer l'autorisation ainsi sollicitée.

2. En premier lieu, l'arrêté de refus de permis de construire en litige a été signé, pour le maire de Ternay, par M. B A, 7ème adjoint au maire, lequel était habilité à signer une telle décision en vertu d'un arrêté de délégation du 1er octobre 2021. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté ne peut qu'être écarté.

3. En second lieu, si un permis de construire ne constitue pas un acte d'application de la réglementation d'urbanisme en vigueur et si, par suite, un requérant demandant son annulation ne saurait utilement se borner à soutenir, pour l'obtenir, qu'il a été délivré sous l'empire d'un plan local d'urbanisme illégal, mais doit faire valoir, en outre, que ce permis de construire méconnaît les dispositions d'urbanisme pertinentes remises en vigueur en application de l'article L. 600-12 du code de l'urbanisme, cette règle ne s'applique pas au refus de permis de construire lorsqu'il trouve son fondement dans un plan local d'urbanisme. Dans cette hypothèse, ainsi que le prévoit l'article L. 600-12-1 du même code, l'annulation ou l'illégalité du plan entraîne l'annulation du refus de permis de construire pris sur son fondement, sauf, pour le juge, à procéder à une substitution de base légale ou de motifs dans les conditions de droit commun.

4. Aux termes de l'article R. 123-5 du code de l'urbanisme applicable à la date d'approbation du plan local d'urbanisme de la commune de Ternay, dont les dispositions ont été reprises par l'article R. 151-18 du code de l'urbanisme : " Les zones urbaines sont dites "zones U". Peuvent être classés en zone urbaine, les secteurs déjà urbanisés et les secteurs où les équipements publics existants ou en cours de réalisation ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter. "

5. Il appartient à l'autorité locale de définir les partis d'urbanisme que traduit le plan local d'urbanisme dans le respect des dispositions du code de l'urbanisme. Dès lors, la légalité des prescriptions d'un plan local d'urbanisme ayant pour effet d'interdire dans une zone U la plupart des constructions nouvelles s'apprécie au regard du parti d'urbanisme retenu, défini notamment par les orientations générales et par les objectifs du projet d'aménagement et de développement durable.

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet des pétitionnaires est situé au sud du territoire de la commune de Ternay, à quelques dizaines de mètres à l'est de l'autoroute A7, au sein d'un tissu urbanisé et pavillonnaire éloigné du centre bourg. Il fait partie, avec plusieurs des parcelles qui l'entourent, d'un secteur classé en zone Uh par le plan local d'urbanisme de la commune. Ce secteur, en pointe sud d'une zone pavillonnaire, est séparé du centre-bourg par une zone Ub qui s'étend plus au nord. La zone Uh a pour caractéristiques, selon le règlement du plan local d'urbanisme, d'être une " zone urbaine d'intérêt patrimonial ou périphérique où prédomine l'habitat individuel () " et d'être composée de secteurs qui " nécessitent une maîtrise particulière de l'urbanisation ". La zone Uh répond ainsi au parti d'urbanisme défini par le projet d'aménagement et de développement durable qui constate que la commune, qui " est devenu(e) un carrefour pour les infrastructures lourdes de transport, comme les autoroutes ", a subi " un étalement de l'urbanisation sans précédent ", qui " n'a pas permis de renforcer localement les fonctions de centralité du bourg et conforter d'une manière homogène les différents quartiers en tant que pôles de proximité ", et fixe pour objectif de " préserver l'identité du cadre bâti et la qualité de vie ". Pour atteindre cet objectif, le projet d'aménagement et de développement durable tend à " un recentrage à proximité du centre-bourg des fonctions résidentielles " et à " assurer un meilleur contrôle de l'urbanisation périphérique ". Il vise aussi à limiter l'impact des nuisances sur l'habitat en constatant que " la commune profite, mais aussi subit, la présence d'infrastructures lourdes de transports : - le long de () l'A7, loin des pôles d'équipements et de commerces ". Il précise qu'il " n'est plus admissible aujourd'hui d'opérer un renforcement de l'urbanisation dans ces secteurs ". Dans ces conditions, le classement de la parcelle des requérants étant en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durable, M. et Mme C ne sont pas fondés à soutenir qu'il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. D'autre part, si l'article Uh 2 du règlement du plan local d'urbanisme, sur lequel est fondé le refus de permis de construire litigieux, limite les constructions et travaux autorisés dans la zone, il autorise la création d'annexes, de piscines, d'abris de piscines, d'extensions des constructions à usage d'habitation et les aménagements et changements de destination dans le volume existant. Il est ainsi en cohérence avec le parti d'urbanisme retenu par la commune pour cette zone, tel que développé au point précédent. En outre, le rapport de présentation du plan local d'urbanisme relève que " le zone Uh ne permet pas des constructions nouvelles, mais le bâti possède encore des grandes capacités de mutation avec des possibilités de création de logements nouveaux dans l'existant ". Le règlement de cette zone n'a donc pas pour effet, contrairement à ce que soutiennent M. et Mme C, de limiter excessivement les possibilités pour les propriétaires fonciers de réaliser des projets sur leurs terrains. Les requérants n'établissent donc pas l'illégalité des dispositions du règlement de la zone Uh sur lesquelles le maire de Ternay s'est fondé pour rejeter leur demande de permis de construire.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 5 octobre 2022 par lequel le maire de Ternay a refusé de leur délivrer un permis de construire.

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. et Mme C au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Ternay qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la commune de Ternay au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Ternay présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme D C et à la commune de Ternay.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Jean-Pascal Chenevey, président,

- Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,

- Mme Marie Chapard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.

La rapporteure,

M. Chapard

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

A. Baviera

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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