mardi 28 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2208990 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP COUDERC ZOUINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Zouine, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 20 octobre 2022 par lesquelles la préfète de la Loire lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, retiré le titre de séjour dont il bénéficie, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays de destination en cas de reconduite ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui restituer son titre de séjour et de faire procéder à l'effacement de toute mention des décisions en litige des fichiers susceptibles de les contenir dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision lui refusant un titre de séjour :
- cette décision est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît le principe d'impartialité garanti par l'article L. 100-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conditions économiques particulières expliquant ses revenus fiscaux les deux années précédentes ;
Sur la décision retirant le titre de séjour dont il bénéficie :
- cette décision a méconnu le principe du contradictoire et l'article L. 121-1 du code précité ;
- elle est entachée d'erreur de droit en l'absence de demande afférente de sa part et elle procède d'une inexacte application des dispositions de l'article R. 233-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :
- cette décision procède d'une erreur de droit dès lors qu'il dispose encore d'un droit au séjour en France ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention précitée ; elle est également entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur les décisions fixant un délai de départ volontaire et déterminant le pays de destination :
- ces décisions sont illégales du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement.
La requête a été régulièrement communiquée à la préfète de la Loire qui n'a pas produit à l'instance.
Par une ordonnance du 2 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 janvier 2023.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller,
- et les observations de Me Zouine, pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né le 19 mai 1970, demande l'annulation des décisions du 20 octobre 2022 par lesquelles la préfète de la Loire lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, a retiré le titre de séjour dont il bénéficie, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays de destination en cas de reconduite.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision refusant un titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision attaquée est signée par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète de la Loire du 12 juillet 2022, publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision en litige vise les dispositions et stipulations dont elle fait application, et notamment l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève les éléments biographiques propres à M. B pertinents pour cette application, en particulier les revenus tirés de son activité professionnelle. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit ainsi être écarté.
4. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/ profession libérale " d'une durée maximale d'un an ". Selon l'article L. 100-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration agit dans l'intérêt général et respecte le principe de légalité. Elle est tenue à l'obligation de neutralité et au respect du principe de laïcité. Elle se conforme au principe d'égalité et garantit à chacun un traitement impartial ".
5. D'une part, il ressort tant des mentions de la décision attaquée que des écritures de M. B que celui-ci a sollicité la transformation de son titre de séjour pluriannuel, obtenu au bénéfice de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-5 du même code. En examinant si l'intéressé entrait dans le champ d'application de ces dernières dispositions, la préfète de la Loire, qui répondait à la demande du requérant, ne saurait être regardée comme ayant méconnu le principe d'impartialité posé par l'article L. 100-2 du code des relations entre le public et l'administration, quelles que soient les difficultés de français dont le requérant se prévaut et la circonstance qu'à la date de sa demande il bénéficiait d'un droit au séjour.
6. D'autre part, la seule circonstance invoquée par le requérant tenant au contexte économique défavorable lié à la crise sanitaire ne saurait caractériser l'erreur manifeste d'appréciation dont il soutient, sans contester les revenus professionnels retenus par l'administration, que la décision en litige serait entachée. Le moyen doit ainsi être écarté.
En ce qui concerne la décision portant retrait de titre de séjour :
7. Aux termes de l'article L. 121-1 du code de relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Selon l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.
A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ".
8. Il ressort des mentions mêmes de l'arrêté en litige que, par son article 4, la préfète de la Loire a abrogé la carte pluriannuelle valable du 28 novembre 2019 au 27 novembre 2024 en possession de M. B. Toutefois, l'arrêté en cause n'indique pas dans ses motifs les éléments de faits ou de droit ayant conduit la préfète de la Loire à retirer le titre de séjour du requérant. De même, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'un tel retrait, qui ne répondait pas à la demande de M. B visant à la transformation de son titre, aurait été précédé d'une procédure contradictoire. C'est ainsi en méconnaissance des dispositions précitées que le retrait en litige a été opéré. Il s'ensuit, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens articulés à l'encontre de cette décision, que le retrait de titre de séjour en litige doit être annulé.
En ce qui concerne les autres décisions portées par l'arrêté du 20 octobre 2022 :
9. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que M. B bénéficiait d'un droit au séjour en vertu du titre de séjour pluriannuel illégalement retiré. Dans ces conditions, c'est par une erreur de droit que la préfète de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français. Cette décision doit ainsi être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens articulés à son encontre, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions déterminant le délai de départ volontaire et le pays de reconduite en cas de renvoi.
Sur les conclusions accessoires :
10. D'une part, le présent jugement, qui annule le retrait illégal du titre de séjour de M. B et rejette les conclusions dirigées contre le refus de délivrance d'un titre de séjour, implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire de restituer, dans un délai d'un mois, le titre de séjour pluriannuel illégalement retiré à M. B, sous réserve que ce dernier n'en soit plus en possession. Le surplus de conclusions à fin d'injonction de la requête doit ainsi être rejeté.
11. D'autre part, M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Zouine, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Zouine d'une somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 20 octobre 2022 par lesquelles la préfète de la Loire a retiré le titre de séjour pluriannuel de M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé son pays de destination en cas de reconduite sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire de restituer le titre de séjour pluriannuel illégalement retiré à M. B, sous réserve que ce dernier n'en soit plus en possession, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Zouine, avocat de M. B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Zouine renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus de conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Zouine et au préfet de la Loire.
Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Maubon, première conseillère,
M. Gilbertas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.
Le rapporteur,
M. Gilbertas
Le président,
H. Drouet
La greffière,
C. Chareyre
La République mande et ordonne au préfet de la Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026