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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209062

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209062

jeudi 25 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209062
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDUCHER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2022, M. D C et Mme B F, représentés par Me Ducher, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2022 par lequel le maire de Genas a accordé à la SCCV Marianne un permis de construire portant sur la démolition de bâtiments existants et la construction d'un ensemble immobilier comprenant cinquante-trois logements, une résidence de services intergénérationnelle et des commerces sur un terrain situé 45 rue de la République/place du Dr A/ avenue Charles de Gaulle, ainsi que la décision du 14 octobre 2022 rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Genas et de la SCCV Marianne la somme de 3 000 euros à leur verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils disposent d'un intérêt à agir ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet dès lors qu'aucun élément du dossier de demande ne permet d'apprécier l'impact du projet sur les constructions avoisinantes ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article 2.1.5 du règlement de la zone Uc du plan local d'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 2.2.1 du règlement de la zone Uc du plan local d'urbanisme et celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2023, la SCCV Marianne, représentée par la SELAS Cabinet Léga-Cité, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge solidaire des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2023, la commune de Genas, représentée par la SELAS Charrel et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 27 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,

- les observations de Me Ducher, représentant M. C et Mme F, requérants,

- les observations de Me Quiviger, substituant Me Charrel, représentant la commune de Genas,

- et celles de Me Le Priol, représentant la SCCV Marianne.

Considérant ce qui suit :

1. La SCCV Marianne a déposé en mairie de Genas le 31 décembre 2021 une demande de permis de construire portant sur la démolition de bâtiments existants et la construction d'un ensemble immobilier comprenant cinquante-trois logements, une résidence de services intergénérationnelle et des commerces sur un terrain situé 45 rue de la République/place du Dr A/ avenue Charles de Gaulle. Par arrêté du 8 août 2022, le maire de Genas lui a délivré l'autorisation ainsi sollicitée. Par la présente requête, M. C et Mme F demandent au tribunal l'annulation de cet arrêté ainsi que de la décision du 14 octobre 2022 rejetant leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. ".

3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. Le dossier de demande de permis de construire comprend une notice architecturale décrivant précisément l'état initial du terrain et de ses abords, lesquels sont composés d'un ensemble de lotissements pavillonnaires, de logements individuels et collectifs ainsi que d'une galerie commerciale et d'un supermarché. Il comprend également sept vues graphiques et quatre photographies permettant de situer le terrain dans son environnement proche et lointain. Par ailleurs, les plans de masse à l'échelle 1/200ème et les différents plans de coupe joints au dossier ont permis d'apprécier le volume des constructions projetées. Compte tenu de l'ensemble des pièces composant le dossier de demande de permis de construire, le service instructeur a ainsi pu apprécier l'insertion du projet par rapport aux constructions avoisinantes. Par suite, le moyen tiré du caractère incomplet de dossier de permis de construire doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 2.1.5 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone Uc au sein de laquelle est implanté le projet de construction litigieux, relatif à l'implantation des constructions les unes par rapport aux autres sur une même propriété : " La distance entre deux bâtiments ne peut être inférieure à 2 m. ".

6. D'une part, ces dispositions, qui fixent une règle minimale de distance entre deux constructions sur un même terrain, ne peuvent, en l'absence de toute autre précision dans le règlement du plan local d'urbanisme de la commune, s'appliquer qu'à des constructions non contiguës. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que les bâtiments E et F sont composés de différents logements et services accolés partageant un jardin commun, qui ne constituent ainsi qu'une seule construction comprenant des bâtiments contigus. Ainsi, M. C et Mme F ne peuvent utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article 2.1.5 du règlement du plan local d'urbanisme.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

8. D'une part, les voies d'accès et de desserte interne, d'une largeur comprise entre 3 et 6 mètres, sont suffisamment larges pour que les véhicules de lutte contre l'incendie et de secours puissent accéder au terrain litigieux, alors qu'aucune disposition législative ou réglementaire n'impose que ces véhicules accèdent directement à chaque construction. Les requérants ne peuvent donc utilement critiquer l'absence de voie de desserte interne permettant à ces véhicules d'accéder directement au bâtiment G, lequel sera implanté à une trentaine de mètres de la voie de desserte à créer. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la configuration des lieux ferait obstacle à l'utilisation, le cas échéant, par les services de lutte contre l'incendie de leurs équipements, qui pourront être déployés jusqu'au fond du terrain d'assiette, et ne permettrait ainsi pas une approche adaptée du bâtiment G. En outre, il n'apparaît pas que le cheminement piétonnier, dont il n'est pas démontré qu'il comporterait des entraves pour les services de lutte contre l'incendie et de secours, ne serait pas utilisable par ceux-ci. Enfin, le service départemental-métropolitain d'incendie et de secours, consulté dans le cadre de l'instruction de la demande de permis, a rappelé, dans son avis du 13 mai 2022, les prescriptions relatives à la protection contre l'incendie, lesquelles doivent être strictement respectées, conformément à l'article 3 de l'arrêté contesté. Dans ces conditions, en délivrant le permis de construire litigieux, le maire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre de l'article R. 111-2 précité du code de l'urbanisme.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. " Aux termes de l'article 2.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone Uc, relatif aux caractéristiques architecturales et paysagères des façades et toitures des constructions ainsi que des clôtures : " Règles générales : / Tout projet de construction doit participer à la préservation et à la mise en valeur des caractéristiques dominantes de la zone. / Par le traitement de leur aspect, les constructions doivent s'intégrer au paysage environnant en prenant en compte : / les caractéristiques du contexte urbain dans lequel elles s'insèrent, / les spécificités architecturales des constructions avoisinantes. ".

10. Dès lors que les dispositions du règlement d'un plan local d'urbanisme invoquées par les requérants ont le même objet que celles, également invoquées, d'un article du code de l'urbanisme posant les règles nationales d'urbanisme et prévoient des exigences qui ne sont pas moindres, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée. En conséquence, le juge exerce un contrôle normal sur la conformité à ces dispositions de la décision attaquée.

11. Il ressort des pièces du dossier que le projet s'implante dans une zone hétérogène, à vocation principale d'habitat, mais présentant également une mixité des fonctions urbaines à maintenir. Ce secteur, qui ne présente aucun intérêt architectural particulier, comprend notamment des logements individuels et collectifs, un supermarché, une galerie commerciale ainsi qu'un groupe scolaire. Il ressort également de ces pièces que les constructions projetées, d'aspect contemporain, qui comprennent cinquante-trois logements, une résidence de services intergénérationnelle, un parc de stationnement et des commerces, tiennent compte de leur environnement immédiat en créant un front urbain ordonné respectant l'échelle des constructions situées dans le centre-bourg. Elles offrent également des percées visuelles sur le cœur d'îlot à dominante végétale et limitent les effets de masse en morcelant les formes bâties et en recourant à un épannelage varié privilégiant les volumes en R+2+attique. Elles s'insèrent ainsi dans la morphologie urbaine de la zone. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation dans la mise en œuvre des dispositions précitées de l'article 2.2.1 du règlement que le maire de Genas a délivré l'arrêté contesté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 8 août 2022 et de la décision du 14 octobre 2022 rejetant le recours gracieux doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les conclusions présentées par les requérants, partie perdante, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire de M. C et Mme F la somme de 1 400 euros à verser à la SCCV Marianne, ainsi que la somme globale de 1 400 euros à verser à la commune de Genas, au titre des frais exposés par ces dernières et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C et Mme F est rejetée.

Article 2 : M. C et Mme F verseront à la commune de Genas la somme globale de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : M. C et Mme F verseront solidairement à la SCCV Marianne la somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Mme B F, à la commune de Genas et à la SCCV Marianne.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,

Mme Marie Chapard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2024.

La rapporteure,

F.-M. ELe président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

G. Reynaud

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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