jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2209063 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2022, M. B E, représenté par Me Guérault, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 4 décembre 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a maintenu en rétention administrative ;
3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme d'enregistrer sa demande de protection internationale et de lui délivrer une attestation de demande d'asile, à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à son conseil sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile avant son placement en rétention, contrairement à ce que mentionne la décision attaquée ;
- sa demande d'asile ne présente pas un caractère dilatoire, le préfet a ainsi entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;
- la décision attaquée méconnaît l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 13 et 3 combinés de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision de maintien en rétention n'est ni justifiée, ni nécessaire.
Le préfet du Puy-de-Dôme a produit des pièces, enregistrées le 13 décembre 2022 et le 15 décembre 2022, mais n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a délégué à Mme A les pouvoirs qui lui sont attribués en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 15 décembre 2022, Mme A a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Guérault, avocat de M. E, qui a repris les moyens soulevés dans la requête a rappelé les démarches engagées par le requérant en vue de solliciter le réexamen de sa demande d'asile dès le mois de mai 2022 et par un courrier reçu le 28 août 2022 par la préfecture, antérieurement à son placement en rétention administrative ;
- les observations de M. E, requérant ; il a soutenu qu'il a bien engagé des démarches alors qu'il était placé en détention au centre de Riom, auprès de l'association La CIMADE ;
- les observations de Me Morisson-Cardinaud, substituant Me Tomasi, représentant le préfet du Puy-de-Dôme, qui a soutenu que la décision attaquée était suffisamment motivée, qu'elle a été prise par une autorité compétente, que la demande M. E présentait un caractère dilatoire dès lors qu'il ne justifie pas de la réalité des démarches qu'il aurait engagées alors qu'il était en détention, qu'il ne présente aucune garantie de représentation et que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant algérien né en 1996, a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Toulouse du 17 septembre 2020 à une peine d'emprisonnement et à une peine complémentaire d'interdiction du territoire français pour une durée de cinq ans. Par une décision du 13 septembre 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a fixé le pays à destination duquel l'intéressé sera éloigné en exécution de l'interdiction judiciaire du territoire français prononcée à son encontre, décision confirmée par un jugement du tribunal administratif de Lyon du 2 décembre 2022. Par la décision attaquée du 4 décembre 2022, le préfet du Puy-de-Dôme, estimant que sa demande d'asile constituait une manœuvre dilatoire, a refusé de délivrer à M. E une attestation de demande d'asile et l'a maintenu en rétention.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme D C, sous-préfète de Thiers, qui bénéficiait, par arrêté du 2 décembre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Puy-de-Dôme, d'une délégation pour signer les actes en cause. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile : " La décision de maintien en rétention est écrite et motivée ".
5. D'une part, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application. D'autre part, si le préfet du Puy-de-Dôme se fonde uniquement sur la demande d'asile présentée au centre de rétention administrative de Lyon, sans mentionner les démarches que le requérant aurait engagées en vue de demander l'asile avant son placement en rétention, cette autorité, dont la décision comporte l'ensemble des éléments de fait et de droit qui en constituent le fondement, n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé mais seulement ceux sur lesquels elle se fondait. Dès lors, elle a suffisamment motivé sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. /A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. ".
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 754-4 du même code : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 dans les quarante-huit heures suivant sa notification afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement.
Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, ou les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, statue après la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides relative au demandeur, dans un délai qui ne peut excéder quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours, dans les conditions prévues aux articles L. 614-7 à L. 614-13. / Si l'étranger a formé un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-8 et que le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin n'a pas encore statué sur ce premier recours, il statue sur les deux requêtes par une seule décision.
En cas d'annulation de la décision de maintien en rétention, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. Dans ce cas l'étranger peut être assigné à résidence en application de l'article L. 731-3. ".
8. Il résulte de ces dispositions que, hors le cas particulier où il a été placé en rétention en vue de l'exécution d'une décision de transfert vers l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile, prise en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il doit en principe être mis fin à la rétention administrative d'un étranger qui formule une demande d'asile. Toutefois, l'administration peut maintenir l'intéressé en rétention, par une décision écrite et motivée, dans le cas où elle estime que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre.
9. D'une part, M. E ne justifie pas qu'il aurait sollicité le réexamen de sa demande d'asile avant d'être placé en rétention administrative, ni par la production d'un accusé de réception du 3 septembre 2022 et d'une demande de réexamen non datée, dès lors qu'il n'est pas établi avec certitude que cette demande a bien été adressée à l'autorité administrative, ni par la production d'un compte-rendu d'entretien du mois de mai 2022 avec le représentant d'une association d'aide aux détenus. En outre, le requérant n'ignorait pas que la peine complémentaire d'interdiction du territoire français d'une durée de cinq ans à laquelle il a été condamné par un jugement du 17 septembre 2020 allait être mise à exécution, le préfet lui ayant demandé de formuler des observations par un courrier qui lui a été notifié le 24 août 2022. Enfin, si le requérant verse au dossier les éléments produits à l'appui de sa demande de réexamen, la plupart des pièces sont antérieures à la décision du 28 février 2019 par laquelle l'Office français de protection des réfugiés et apatrides avait rejeté sa première demande d'asile, à l'exception d'une attestation peu circonstanciée de ses parents et d'une attestation de suivi psychologique. Dès lors, il est établi M. E n'a sollicité le réexamen de sa demande d'asile que le 2 décembre 2022, alors qu'il était placé en rétention en vue de l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre le 28 novembre 2022. Ainsi, c'est à bon droit que le préfet du Puy-de-Dôme a considéré que la demande de réexamen présentée par M. E présentait un caractère dilatoire, demande qui a au demeurant été rejetée comme irrecevable par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides notifiée le 9 décembre 2022. Il y a lieu, par conséquent, d'écarter les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation.
10. En quatrième lieu, la décision prolongeant le maintien en rétention administrative n'a pas pour objet le renvoi de l'étranger dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas droit à un recours suspensif du fait de la décision de maintien en rétention est sans incidence sur la légalité de cette décision. En tout état de cause, l'étranger dont la demande d'asile fait l'objet d'un traitement selon la procédure prioritaire dispose du droit de contester la décision de rejet qui lui est opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides devant la Cour nationale du droit d'asile. Il dispose également de la possibilité de saisir le tribunal administratif d'une demande de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile, en application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le droit au recours effectif, tel que garanti par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'implique pas nécessairement que l'étranger puisse se maintenir sur le territoire français après la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut donc qu'être écarté.
11. En cinquième et dernier lieu, il ressort des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citée ci-dessus que la décision maintenant un étranger en rétention au motif que sa demande d'asile est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une mesure d'éloignement, est prise sans préjudice du contrôle exercé sur la décision antérieure ayant placé l'étranger en rétention par le seul juge des libertés et de la détention, auquel il appartient également de se prononcer sur la prolongation de la rétention et sur toute demande de l'étranger tendant à ce qu'il soit mis fin à celle-ci. Dès lors, le moyen tiré par M. E de ce que sa rétention administrative ne serait pas nécessaire, qui n'est au demeurant assorti d'aucun élément permettant d'en apprécier le bien-fondé, doit être écarté comme inopérant.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 4 décembre 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a maintenu en rétention administrative.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, tendant à ce que le préfet enregistre sa demande de protection internationale et lui délivre une attestation de demande d'asile, ne peuvent être accueillies.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
14. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet du Puy-de-Dôme.
Jugement rendu en audience publique, le 15 décembre 2022.
La magistrate désignée,
P. A
La greffière,
C. Driguzzi
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026