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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209065

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209065

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209065
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantPELISSIER-BOUAZZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 décembre 2022, Mme C A épouse D, représentée par Me Pelissier-Bouazza, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté non daté, notifié le 19 novembre 2022, par lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office à l'expiration de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", en qualité de parent accompagnant un enfant malade, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 90 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- la préfète ne s'est pas livrée à un examen sérieux de sa situation ;

- la décision est entachée d'une erreur matérielle, en ce qu'elle ne comporte pas de date ;

- la décision est entachée d'une erreur matérielle quant à la date du dépôt de sa demande ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision, qui emporte des conséquences graves sur sa situation personnelle ainsi que celle de sa famille, est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée à la préfète de la Loire, qui n'a pas produit de mémoire.

Des pièces ont été produites le 5 janvier 2023 par la préfète de la Loire.

Par une ordonnance du 6 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 janvier 2023.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse D, ressortissante tunisienne née le 28 avril 1993, est entrée sur le territoire français munie d'un passeport revêtu d'un visa touristique délivré par les autorités allemandes, après une entrée sur le territoire allemand le 11 janvier 2022. Mme A épouse D a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de l'état de santé de son fils né en 2015. Par un arrêté non daté mais dont la requérante indique qu'il lui a été notifié le 19 novembre 2022, la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par sa requête, Mme A épouse D demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté par lequel la préfète de la Loire a rejeté la demande de titre de séjour présentée par Mme D, qui mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, qui indique le motif du refus de séjour opposé sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permettant à l'intéressée d'en discuter utilement, et qui fait référence de manière précise et circonstanciée à la situation personnelle de la requérante et de sa famille, comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que la préfète de la Loire, qui a pris en considération les éléments portés à sa connaissance, ne se serait pas livrée à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante et de la situation particulière de son enfant. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, si l'arrêté contesté ne comporte pas de date, cette omission est sans incidence sur sa légalité.

5. En quatrième lieu, si l'arrêté contesté mentionne le 11 octobre 2021 comme date de demande de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour par Mme D, ce qui apparait incohérent avec la date d'entrée en France de l'intéressée, le 11 janvier 2022, cette circonstance demeure sans incidence sur la légalité de la décision contestée, la requérante n'attachant au demeurant aucune conséquence à cette erreur prétendue.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / () ". Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9 () se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. "

7. Il ressort des pièces du dossier que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé dans son avis du 9 août 2022, dont la préfète de la Loire s'est appropriée le sens, que l'état de santé de l'enfant de Mme D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Si Mme D produit des éléments de nature à établir que son enfant est atteint d'un pied bot varus équin et qu'il a fait l'objet de deux interventions chirurgicales, l'une en septembre 2022 et l'autre en décembre 2022, elle ne produit aucune pièce de nature à établir qu'une troisième intervention, ou d'autres soins, seraient nécessaires à la préservation de son état de santé. Quant au trouble intellectuel dont elle se prévaut, qui aurait justifié l'attribution d'un accompagnement humain par une décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées, sa gravité n'est établie par aucune pièce. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le refus de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour qui lui a été opposé méconnaitrait les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En sixième lieu, Mme D fait état du traitement médical en cours pour son enfant, du suivi médical dont il bénéficie et de la nécessité de se maintenir en France afin de bénéficier d'un suivi et d'un accompagnement adapté qui lui permettra de progresser dans ses apprentissages. Il ressort des pièces du dossier que Mme D était présente en France depuis moins d'un an à la date de la décision attaquée, sans qu'elle y dispose d'aucune attache particulière, sa préoccupation étant la prise en charge médicale de son fils né en 2015. Elle ne se prévaut d'aucun autre lien en France que son époux et leurs deux enfants, tous de nationalité tunisienne et dépourvus de droit au séjour en France. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En dernier lieu, les circonstances dont fait état Mme D, tirées principalement de ce que son enfant nécessite un suivi médical, ne sont pas suffisantes pour constituer des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires permettant de l'admettre au séjour. Elles ne sauraient davantage constituer des circonstances particulières de nature à entacher la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ou celle de son enfant. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit en conséquence être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de séjour.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. (). " Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-8 de ce code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). ".

12. A l'appui de la décision d'interdire Mme D de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, la préfète de la Loire a retenu que celle-ci était entrée récemment sur le territoire français et qu'elle ne justifiait pas d'une vie privée et familiale ancienne, intense et stable en France, en notant l'absence de trouble à l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, entrée sur le territoire français en janvier 2022, soit depuis moins d'un an à la date de la décision attaquée, dans le but d'y faire soigner son enfant, n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, ne justifie pas de liens particuliers avec la France et ne représente pas une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, alors que l'autorité administrative dispose d'une simple faculté de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français, Mme D est fondée à soutenir que la préfète de la Loire a commis une erreur d'appréciation, tant sur le principe que sur la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, prononcée pour une durée d'un an, soit la moitié de la durée maximale pouvant être prononcée dans cette hypothèse.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

13. L'exécution du présent jugement, qui annule la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour erreur d'appréciation, n'implique pas nécessairement qu'un titre de séjour soit délivré à Mme D, ni que le préfet de la Loire réexamine la demande de Mme D. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par Mme D.

Sur les frais liés au litige :

14. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991. Toutefois il n'y a pas lieu, dans la présente instance, de faire droit à ces conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la préfète de la Loire interdisant Mme D de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2209065 est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse D, à Me Nabila Pelissier-Bouazza et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

La rapporteure,

G. BLe président,

H. Drouet

La greffière,

C. Chareyre

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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