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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209090

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209090

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209090
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 3ème chambre
Avocat requérantSCP ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 décembre 2022 et 4 avril 2023, Mme A M B (née C), représentée par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'ensemble des décisions successives de retrait de points de son permis de conduire ainsi que la décision 48 SI par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire, ensemble le rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son titre de conduite doté des points illégalement retirés, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, outre les dépens de l'instance, la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a eu connaissance de l'invalidation de son permis de conduire par les forces de police ;

- elle a adressé un recours gracieux au ministre de l'intérieur pour que lui soient communiquées toutes les décisions de retrait de points, outre la décision 48 SI, et que le ministre retire ces décisions ;

- elle est donc recevable à contester ces décisions ;

- la réalité des infractions n'est pas établie, les différentes requêtes en exonération déposées devant l'officier du ministère public ayant entraîné le classement sans suite ou le renvoi devant le tribunal compétent.

- elle n'a pas reçu les informations préalables au retrait de points prévues par les dispositions des articles L. 233-3 et R. 233-3 du code de la route.

Par un mémoire enregistré le 23 janvier 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable ;

- ses moyens ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 27 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Wolf, présidente honoraire, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle a été entendu le rapport de Mme Wolf, présidente honoraire.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A M B demande l'annulation de décisions de retrait de points de son permis de conduire outre la décision 48 SI par laquelle le ministre de l'intérieur l'a informée de la perte de validité dudit permis pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux de son département de résidence.

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration du pli contenant la décision, cette preuve peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal, conformément à la réglementation en vigueur, d'un avis d'instance prévenant le destinataire de ce que le pli était à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposé par voie de duplication la date de vaine présentation du courrier et qui porte, sur l'enveloppe ou l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.

4. Il ressort du relevé d'information intégral de la requérante, édité le 23 janvier 2023, ainsi que de l'avis de réception n° 2C 1552 6674 871, produits par le ministre, en défense, que le pli de notification contenant la décision 48SI du 9 juin 2020, établie selon un modèle type comportant la mention des voies et délais de recours, a été retourné à l'administration revêtu des mentions " avisé le 9 juin 2020 " et que la case " Pli avisé et non réclamé ", correspondant au motif de non distribution, a été cochée, attestant ainsi que l'intéressée avait été avisée le 9 juin 2020 de la présentation du pli envoyé par le fichier national du permis de conduire et de sa mise à disposition au bureau de poste " Berliet ". La requérante ne conteste pas que l'adresse figurant sur ce courrier était la sienne. Ces éléments sont suffisamment clairs, précis et concordants pour permettre de considérer que ce pli a été régulièrement notifié à la date de sa présentation, soit le 9 juin 2020, Mme M B, qui ne peut utilement soutenir que sa boîte aux lettres était régulièrement vandalisée, s'étant abstenue d'aller le retirer au bureau de poste dans le délai de quinze jours imparti pour ce faire. Ainsi, le délai de recours contentieux a commencé à courir le 10 juin 2020, sans que le recours gracieux qu'elle a formé par un courrier reçu par le ministre de l'intérieur le 29 août 2022 n'ait pu avoir pour effet de proroger ce délai qui était déjà expiré.

5. Dans ces conditions, ainsi que le fait valoir le ministre en défense, les conclusions de la requête, enregistrée le 6 décembre 2022, présentées par Mme B tendant à l'annulation, d'une part, de la décision " 48SI " du 9 juin 2020 prononçant l'invalidation de son permis de conduire, d'autre part, des décisions de retrait de points récapitulées dans cette décision " 48SI ", enfin, de la décision implicite de rejet de son recours gracieux, ont été présentées après l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois et sont, par suite, irrecevables.

6. Il résulte de tout de ce qui précède que l'ensemble des conclusions à fin d'annulation présentées par Mme M B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a également lieu de rejeter celles présentées aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A M B (née C), et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La magistrate désignée,

A. WolfLe greffier,

J.-P. Duret

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

N°2209090

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