mardi 28 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2209104 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | VRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 décembre 2022, M. C B, représenté par Me Vray, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour sous huit jours ;
3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de procéder à l'effacement de son inscription au système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision portant refus de séjour a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet de justifier :
. de la saisine préalable du collège des médecins de l'OFII pour avis ;
. de la compétence des médecins composant le collège des médecins de l'OFII ayant émis l'avis sur lequel se fonde la décision contestée ;
. de ce que le médecin ayant rendu le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège des médecins de l'OFII ayant rendu ledit avis ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation et notamment de la disponibilité des soins en Géorgie et de son isolement ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : l'indisponibilité des soins a été précédemment reconnue par le tribunal et est justifiée par de nombreux documents pharmaceutiques ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation.
La requête a été communiquée au préfet du Rhône, qui n'a pas produit de mémoire.
Des pièces ont été produites le 12 décembre 2022 par le préfet du Rhône.
Par une ordonnance du 12 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 février 2023.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les observations de Me Houppe, suppléant Me Vray, pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant géorgien né le 4 octobre 1986, déclare être entré sur le territoire français le 7 septembre 2018 muni d'un passeport. Sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 31 octobre 2018, que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 17 juillet 2019. Le 23 juillet 2019, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé, qui lui a été refusé par une décision du préfet du Rhône du 27 avril 2020 assortie d'une obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 28 septembre 2020, le magistrat désigné par le président du tribunal a annulé l'arrêté du 27 avril 2020 et enjoint au préfet du Rhône de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". M. B s'est vu remettre une carte de séjour temporaire valable du 13 novembre 2020 au 12 novembre 2021, dont il a sollicité le renouvellement le 8 octobre 2021. Par un arrêté du 24 octobre 2022 dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. / () ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ".
3. En vertu des dispositions citées au point précédent, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit émettre son avis dans les conditions fixées par l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé, au vu notamment du rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.
4. En l'espèce, le préfet du Rhône s'est approprié le sens de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 24 janvier 2022, aux termes duquel l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, il peut bénéficier effectivement d'un traitement effectif approprié en Géorgie, pays vers lequel son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque.
5. Il ressort des documents médicaux produits, notamment des certificats de juin et juillet 2020, que M. B souffre d'une amyotrophie spinale, maladie génétique neuromusculaire à l'origine d'un handicap moteur sévère, qu'il se déplace en fauteuil roulant électrique et qu'il nécessite une aide tierce pour tous les actes de la vie quotidienne. Un certificat de novembre 2022 d'un praticien hospitalier du centre de référence des maladies neuromusculaires des Hospices civils de Lyon atteste que son état de santé nécessite un traitement par injections intra-thécales de SPINRAZA(r), dont la substance active est le nusinersen, tous les quatre mois. Le requérant produit une attestation du 4 juin 2020 de l'agence de réglementation des activités médicales et pharmaceutiques, rattachée au ministère géorgien chargé de la santé, une lettre du 17 juin 2020 de l'association géorgienne des neurologues et neurochirurgiens pédiatriques et une attestation d'un hôpital géorgien du 9 juin 2020, qui indiquent qu'aucun des médicaments utilisés dans le traitement de l'amyotrophie spinale, et notamment SPINRAZA(r), n'est enregistré sur le marché pharmaceutique de Géorgie. M. B produit également une attestation d'un hôpital géorgien datée du 14 novembre 2022 qui indique que le traitement avec SPINRAZA(r) n'est pas disponible dans le pays, un courrier électronique de la société Biogen du 6 décembre 2022 indiquant que le nusinersen n'est pas disponible en Géorgie et une attestation du 6 décembre 2022 de l'agence de réglementation des activités médicales et pharmaceutiques, rattachée au ministère géorgien chargé de la santé selon laquelle le produit pharmaceutique SPINRAZA(r) n'est pas enregistré sur le marché pharmaceutique géorgien. Le préfet du Rhône, qui n'a pas produit de mémoire en défense dans le cadre de la présente instance, n'a produit aucun élément susceptible d'établir que le traitement nécessaire à l'état de santé de M. B serait effectivement disponible en Géorgie. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que la décision refusant le renouvellement de son titre de séjour est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Par suite, M. B est fondé à solliciter l'annulation de la décision portant refus de séjour, ainsi par voie de conséquence que celle de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise sur son fondement, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. L'exécution du présent jugement, qui annule la décision contestée pour erreur d'appréciation, implique qu'un titre de séjour soit délivré à M. B. Il y a dès lors lieu d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder à cette délivrance, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte. En revanche, il n'y a pas lieu de procéder à l'effacement de l'inscription de M. B au système d'information Schengen, qui ne ressort pas des pièces du dossier.
Sur les frais liés au litige :
8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991. Il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros, à verser à Me Vray, avocate de M. B, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Rhône du 24 octobre 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à M. B, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Me Vray, avocate de M. B, la somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Véronique Vray et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Maubon, première conseillère,
M. Gilbertas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.
La rapporteure,
G. ALe président,
H. Drouet
La greffière,
C. Chareyre
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026