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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209113

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209113

mercredi 4 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209113
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

D une requête, enregistrée le 7 décembre 2022, M. C B, représenté D Me Vray, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 24 octobre 2022 D laquelle le préfet du Rhône a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et ce, sous astreinte de 50 euros D jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- il existe une présomption d'urgence dès lors que l'arrêté attaqué porte refus de renouvellement de son titre de séjour ; en outre, cette décision préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation personnelle et financière dès lors que dès sa notification, il ne sera plus éligible au bénéfice de l'allocation pour adulte handicapé qui constitue sa seule ressource ;

- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté, les moyens tirés :

du vice de procédure, d'une part, en l'absence de production de l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) dont la date n'est pas mentionnée dans l'arrêté contesté et, d'autre part, en l'absence de justification d'une saisine régulière dudit collège,

du défaut de motivation,

de l'absence d'examen particulier de sa situation,

la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors notamment qu'il ne ressort pas de l'arrêté contesté que son état de santé ou la disponibilité des soins qui lui sont nécessaires auraient évolué depuis le 28 septembre 2020 date à laquelle le tribunal a annulé la précédente décision portant refus de lui délivrer une carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade,

la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

D un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2023, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le requérant ne justifie pas d'une résidence habituelle sur le territoire national ;

- la pathologie dont souffre le requérant est désormais prise en charge en Géorgie.

- aucun des autres moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 6 décembre 2022 sous le n° 2209104 D laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice D les médecins de l'OFII, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Baux, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Driguzzi, greffier d'audience :

- le rapport de Mme A.

- les observations de Me Vray, pour M. B qui conclut aux mêmes fins que la requête et D les mêmes moyens ; elle demande également qu'il soit enjoint au préfet du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ; elle soutient en outre que :

l'avis de l'OFII étant produit D le préfet du Rhône elle se désiste du moyen tiré du vice de procédure ;

que le préfet se borne à produire les extraits d'un site internet qui n'émanent pas de l'agence de santé géorgienne, qui ne précisent pas le nom de la molécule prescrite à M. B et qui en tout état de cause font état d'éléments postérieurs à la date de l'avis de l'OFII,

sont versées au dossier des attestations récentes du laboratoire fabriquant la molécule nécessaire à l'état de santé du requérant qui font état de son absence de fabrication en Géorgie,

enfin, les certificats médicaux réalisés en Géorgie ne permettent pas de douter de la présence de M. B sur le territoire français dès lors qu'ils ont été réalisés, ainsi qu'ils le mentionnent, sans sa présence.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée D la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. L'admission provisoire est accordée D le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme D l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " ; enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies D le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. L'urgence à suspendre une décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour doit, en principe, être reconnue. En outre, il résulte de l'instruction que M. B qui a sollicité le renouvellement de son titre de séjour au regard de son état de santé, fait état de ce que la décision attaquée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation dès lors notamment qu'en l'absence de tout titre de séjour, il est privé de sa seule ressource que constitue l'allocation pour adulte handicapé. Le préfet du Rhône ne fait en outre valoir aucune circonstance particulière de nature à faire échec en l'espèce à celle-ci. Dès lors, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

5. En l'état de l'instruction, les moyens tirés du défaut d'examen particulier de sa situation et de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

6. Les deux conditions prévues à l'article L. 521-1 étant remplies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision refusant le renouvellement du titre de séjour de M. B jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue D des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ".

8. En vertu des dispositions précitées, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.

9. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Rhône de reprendre l'instruction de la demande de titre de séjour de M. B et de lui délivrer, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

10. Il y a lieu d'admettre provisoirement M. B à l'aide juridictionnelle. D suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Vray, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Vray de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B D le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du 24 octobre 2022 D laquelle le préfet du Rhône a refusé de renouveler le titre de séjour de M. B est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Rhône de réexaminer la demande de titre de séjour de M. B et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Vray renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Vray avocat de M. B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B D le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au préfet du Rhône.

Fait à Lyon, le 4 janvier 2023.

La juge des référés,

A. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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