lundi 12 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2209141 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | PIGEON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 8 et 11 décembre 2022, M. E F, représenté par Me Pigeon, demande au tribunal, dans le dernier état des écritures :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2022 par lequel le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a désigné le pays de destination de son éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois ;
3°) d'annuler la décision du même jour par laquelle la même autorité a ordonné son assignation à résidence dans le département du Rhône ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme 1000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions en litige sont entachées d'un vice d'incompétence ;
- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
Des pièces ont été produites par le préfet du Rhône le 9 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Monteiro, première conseillère, pour statuer en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 12 décembre 2022, Mme Monteiro, magistrate désignée, a présenté son rapport, et entendu :
- les observations de Me Pigeon, représentant M. F, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens ; elle conteste également la motivation des décisions en litige ;
- et les observations de M. F, requérant ;
- les observations de Mme A, représentant le préfet du Rhône qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés et sollicite la neutralisation de la référence au 1° de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans l'arrêté attaqué.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, ressortissant algérien né le 15 février 1994, est entré irrégulièrement en France en aout 2020 et a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire dans un délai de 60 jours du préfet du Val d'Oise le 7 janvier 2021. Par un arrêté en date du 6 décembre 2022, le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois. Par une décision du même jour, ce même préfet l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. F demande au tribunal d'annuler l'ensemble des décisions prises à son encontre le 6 décembre dernier.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire:
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. F au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
3. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par Mme C B, attachée déléguée à la direction des migrations et de l'intégration, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Rhône en date du 23 novembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du lendemain. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes attaqués manque en fait et doit être écarté.
4. En second lieu, ces décisions comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont, par suite, suffisamment motivées.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes de l'article 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
6. Pour prendre la mesure d'éloignement contestée, le préfet du Rhône s'est fondé sur le motif tiré de ce que M. F, qui est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'est maintenu en France sans avoir sollicité de titre de séjour, entre dans le champ du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité ci-dessus. Il a en outre relevé, notamment, qu'il réside en France depuis 2020, qu'il est célibataire, sans enfant à charge et ne dispose d'aucun lien familial en France, ce qui n'est pas contredit par le requérant. La circonstance que M. F présenterait de réelles perspectives d'insertion en raison de ses études de gestion, ses capacités linguistiques et son emploi de barbier est sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Le préfet du Rhône n'a commis en l'espèce aucune erreur d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L.612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer des renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographies prévues au 3° de l'article L. 141-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733 -6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
8. Comme indiqué précédemment, M. F est entré irrégulièrement en France et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il est par ailleurs dépourvu de tout document d'identité ou de voyage et ne justifie pas d'une résidence effective et permanente sur le territoire français, étant hébergé chez un ami. Il doit de plus être regardé comme s'étant soustrait à la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 7 janvier 2021, ayant résidé hors de France pendant deux mois sans quitter le territoire de l'espace Schengen selon ses déclarations à l'audience. Le fait que le délai de droit commun de 30 jours lui permettrait d'engager des démarches pour régulariser sa situation administrative ne constitue pas en l'espèce une circonstance particulière au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, alors même que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le requérant entrait dans le champ d'application des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permettant au préfet du Rhône de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois :
9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
10. M. F fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé et entre ainsi dans les cas prévus à l'article L. 612-6 précité, pour lesquels le préfet assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction ne soit pas décidée. Or, la situation personnelle du requérant, telle qu'elle a été exposée précédemment, ne relève pas de circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées. M. F ne justifiant pas de liens anciens et stables en France, étant présent sur le territoire depuis à peine deux ans, n'ayant pas cherché à régulariser sa situation administrative et n'ayant pas exécuté la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre, la durée de dix-huit mois retenue par le préfet du Rhône n'est en l'espèce pas disproportionnée. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence :
11. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / (). "
12. Par la décision contestée, le préfet du Rhône a assigné à résidence M. F dans le département, pour une durée maximale de quarante-cinq jours, où il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de sa situation administrative et de sa résidence rue de Gerland dans le 7ème arrondissement de Lyon. Il a également décidé que celui-ci devra se présenter deux fois par semaine, les lundis et jeudis entre 9h et 18h, y compris les jours chômés et fériés, à la direction zonale de la police aux frontières à Lyon. Le requérant ne conteste pas que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Par ailleurs, si la décision portant assignation à résidence présente un caractère contraignant, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'au regard des buts en vue desquels cette mesure a été prise et eu égard aux modalités retenues et à sa durée limitée, le préfet aurait fait une appréciation erronée des conséquences de sa décision sur la situation de M. F qui ne fait état d'aucune circonstance particulière tenant à sa situation personnelle à laquelle cette assignation avec obligation de pointage hebdomadaire porterait atteinte. Par suite, le préfet du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prenant la mesure d'assignation à résidence contestée et les modalités d'exécution de cette mesure ne présentent pas, au regard de la situation de M. F un caractère disproportionné.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. F, prise dans l'ensemble de ses conclusions, doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : M. F est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E F et au préfet du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.
La magistrate désignée,
M. D
La greffière,
C. DriguzziLa République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026