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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209203

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209203

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209203
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantPIGEON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 décembre 2022, M. A C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2022 par lequel le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et la décision du même jour par laquelle la même autorité a ordonné son assignation à résidence dans le département du Rhône.

Il soutient qu'il souhaite rester en France pour fonder une famille avec sa compagne.

Des pièces ont été produites par le préfet du Rhône le 9 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Monteiro, première conseillère, pour statuer en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 12 décembre 2022, Mme Monteiro, magistrate désignée, a présenté son rapport, et entendu :

- les observations de Me Pigeon, avocate, représentant M. C, non présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête ; elle sollicite en outre l'admission provisoire du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle et soutient que les décisions en litige ont été signées par une autorité incompétente et qu'elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation en raison de son projet de vie avec sa compagne ;

- les observations de Mme B, représentant le préfet du Rhône, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 14 septembre 1992, est entré irrégulièrement en France en 2021 et a fait l'objet d'une obligation de quitter sans délai le territoire français par le préfet de police de Paris le 19 avril 2022. Il a ensuite formulé une demande d'asile qui a été rejetée le 29 juillet 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par un arrêté en date du 7 décembre 2022, le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par une décision du même jour, ce même préfet l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler l'ensemble des décisions prises à son encontre le 7 décembre dernier.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire:

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

3. Les décisions attaquées ont été signées par Mme F E, cheffe du bureau de l'éloignement, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Rhône en date du 23 novembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du lendemain. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes attaqués manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

5. Pour prendre la mesure d'éloignement contestée, le préfet du Rhône s'est fondé sur le motif tiré de ce que M. C, dont la demande d'asile a été rejetée le 29 juillet 2022, entre dans le champ du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité ci-dessus. Il a en outre relevé, notamment, qu'il n'établit pas que sa vie ou sa liberté serait menacée dans son pays d'origine et qu'il ne justifie pas de liens suffisamment anciens, stables et ancrés dans la durée en France, ce qui n'est pas sérieusement contredit par le requérant. La circonstance que M. C aurait des projets de vie commune avec sa compagne, alors que l'existence même et l'ancienneté de cette relation ne sont établies par aucune pièce du dossier, est sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Le préfet du Rhône n'a commis en l'espèce aucune erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L.612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer des renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographies prévues au 3° de l'article L. 141-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733 -6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

7. M. C est dépourvu de tout document d'identité ou de voyage et ne justifie pas d'une résidence effective et permanente sur le territoire français. Il ne conteste également pas que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Le fait qu'il entretiendrait une relation sentimentale sur le territoire français et qu'il est actuellement à la recherche d'un logement avec sa compagne n'est pas en l'espèce une circonstance particulière au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, le requérant entrait dans le champ d'application des dispositions des 1° et 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permettant au préfet du Rhône de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

9. M. C fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé et entre ainsi dans les cas prévus à l'article L. 612-6 précité, pour lesquels le préfet assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction ne soit pas décidée. Or, la situation personnelle du requérant, telle qu'elle a été exposée précédemment, ne relève pas de circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées. M. C ne justifiant pas de liens suffisamment anciens et stables en France et ne contestant pas que son comportement constitue une menace à l'ordre public, la durée d'un an retenue par le préfet du Rhône n'est en l'espèce pas disproportionnée. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence :

10. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / (). "

11. Par la décision contestée, le préfet du Rhône a assigné à résidence M. C dans le département, pour une durée maximale de quarante-cinq jours, où il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de sa situation administrative. Il a également décidé que celui-ci devra se présenter deux fois par semaine, les lundis et jeudis entre 9h et 18h, y compris les jours chômés et fériés, à la direction zonale de la police aux frontières à Lyon. Le requérant ne conteste pas que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Par ailleurs, si la décision portant assignation à résidence présente un caractère contraignant, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'au regard des buts en vue desquels cette mesure a été prise et eu égard aux modalités retenues et à sa durée limitée, le préfet aurait fait une appréciation erronée des conséquences de sa décision sur la situation de M. C qui ne fait état d'aucune circonstance particulière tenant à sa situation personnelle à laquelle cette assignation avec obligation de pointage hebdomadaire porterait atteinte. Par suite, le préfet du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prenant la mesure d'assignation à résidence contestée et les modalités d'exécution de cette mesure ne présentent pas, au regard de la situation de M. C un caractère disproportionné.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. C, prise dans l'ensemble de ses conclusions, doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.

La magistrate désignée,

M. D

La greffière,

C. DriguzziLa République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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