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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209228

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209228

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209228
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Sabatier, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles la préfète de la Loire lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays de destination en cas de reconduite ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", ou à tout le moins de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cent euros par jour de retard passé ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

- ces décisions sont entachées d'un vice de forme dès lors que l'arrêté attaqué n'est pas daté ;

- elles sont également entachées d'incompétence ;

Sur la décision lui refusant un titre de séjour :

- cette décision a été prise au terme d'un examen incomplet de sa situation particulière ;

- elle procède d'une erreur de droit dans l'application de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard tant du pouvoir de régularisation de la préfète de la Loire que des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- elle procède d'une erreur de droit dès lors qu'il dispose encore d'un droit au séjour en France ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur les décisions fixant un délai de départ volontaire et déterminant le pays de destination :

- ces décisions sont illégales du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- ces décisions sont insuffisamment motivées.

Par une ordonnance du 12 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 janvier 2023.

Des pièces ont été enregistrées pour la préfète de la Loire le 16 janvier 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller,

- et les observations de Me Guillaume, suppléant Me Sabatier, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain né le 1er janvier 1993, demande l'annulation des décisions, non datées, par lesquelles la préfète de la Loire lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays de destination en cas de reconduite.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d'une durée maximale de trois ans. Cette carte peut être délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger. Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ". Selon l'article L. 433-6 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle sur un autre fondement que celui au titre duquel lui a été délivré la carte de séjour ou le visa de long séjour mentionné au 2° de l'article L. 411-1, se voit délivrer le titre demandé lorsque les conditions de délivrance, correspondant au motif de séjour invoqué, sont remplies, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

3. Pour refuser un titre de séjour à M. A sur le fondement des dispositions précitées, la préfète de la Loire a, dans la décision attaquée, relevé que celui-ci était titulaire d'une carte " travailleur saisonnier " et présentait un contrat à durée déterminée assorti d'une autorisation de travail. Elle en a déduit que ce titre de séjour ne pouvait être renouvelé du fait de la résidence habituelle en France impliquée par ces éléments. Toutefois, et ainsi que le précise cette même décision, la demande de M. A portait non sur un renouvellement du titre de séjour " travailleur saisonnier " dont il bénéficiait mais sur la transformation d'un tel titre en titre de séjour portant la mention " salarié ". Ce faisant, la préfète de la Loire s'est méprise sur la portée de la demande qui lui était présentée, entachant en cela sa décision d'une erreur de droit.

4. Il s'ensuit, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens articulés à son encontre, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et déterminant le pays de destination en cas de reconduite.

Sur les conclusions accessoires :

5. D'une part, le présent jugement, qui annule les décisions attaquées comme fondées sur une inexacte appréciation de la demande du requérant, implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire de réexaminer la situation de M. A dans un délai qu'il conviendra de fixer à deux mois, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions par lesquelles la préfète de la Loire a refusé à M. A un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé son pays de destination en cas de reconduite sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire de réexaminer la demande de titre de séjour de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

Le rapporteur,

M. Gilbertas

Le président,

H. Drouet

La greffière,

C. Chareyre

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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