mardi 28 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2209232 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | GILLIOEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Gillioen, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 2 novembre 2022 par lesquelles la préfète de l'Ain lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays de destination en cas de reconduite ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer un titre de séjour, ou à tout le moins de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard passé ce délai ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'ensemble des décisions :
- ces décisions procèdent d'un examen incomplet de sa situation ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
Sur la décision lui refusant un titre de séjour :
- sa demande d'autorisation de travail, concomitante à sa demande de titre de séjour, n'apparaît pas avoir entraîné la saisine de la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS), entachant également en cela la décision d'un vice de procédure ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et au regard du pouvoir général de régularisation du préfet, dans la mesure où il satisfait aux critères posés par la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est également entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention précitée ; elle est également entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur les décisions fixant un délai de départ volontaire et déterminant le pays de destination :
- ces décisions sont illégales du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 janvier 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 12 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né le 19 août 1985, demande l'annulation des décisions du 2 novembre 2022 par lesquelles la préfète de l'Ain lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays de destination en cas de reconduite.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les dispositions et stipulations dont il fait application et relève les éléments biographiques propres à M. B pertinents pour cette application, en particulier les éléments relatifs aux contrats de travail dont celui-ci se prévaut, sans qu'il apparaisse nécessaire à cet égard de préciser le nombre de feuilles de paie produites. Par ailleurs, si une erreur matérielle y est commise s'agissant de la dernière date d'entrée sur le territoire national et que la qualification de la durée de ce dernier séjour s'avère équivoque, de tels éléments, compte tenu notamment de l'erreur de quelques mois opérée, ne sauraient caractériser par eux-mêmes une prise en compte incomplète de la situation du requérant. Ni la motivation de l'arrêté attaqué, en l'espèce satisfaisante, ni les autres pièces du dossier ne révèlent dès lors le défaut d'examen invoqué par M. B. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.
3. En deuxième lieu, et d'une part, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article 3 du même accord : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Selon les termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " Pour exercer une activité professionnelle en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail () : 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse () ". Aux termes de l'article R. 5221-15 de ce code : " Lorsque l'étranger est déjà présent sur le territoire national, la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est adressée au préfet de son département de résidence ". Aux termes de l'article R. 5221-17 du même code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est prise par le préfet () ".
5. Si M. B soutient avoir produit à l'appui de sa demande de titre de séjour une demande d'autorisation de travail remplie par son employeur, il n'en justifie pas par les éléments produits. Par ailleurs, il ne résulte d'aucun texte législatif ou réglementaire ni d'aucun principe général du droit que le préfet serait tenu de saisir la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités pour statuer sur une demande de titre de séjour en qualité de salarié alors qu'en application des articles L. 5221-2, R. 5221-1, R. 5221-3, R. 5221-11, R. 5221-15 et R. 5221-17 du code du travail, la demande d'autorisation de travail doit être adressée à l'administration par l'employeur lui-même, préalablement à toute demande de titre de séjour. Le moyen tiré d'un vice de procédure doit, par suite, être écarté.
6. En troisième lieu, dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 régit la délivrance de titres de séjour pour l'exercice d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un tel titre de séjour ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.
7. M. B établit être présent de manière permanente sur le territoire national depuis l'année 2019, et en situation régulière jusqu'au 9 décembre 2019. Il fait également état d'une activité professionnelle depuis le mois de novembre 2019, sous contrat à durée déterminée puis à durée indéterminée en tant que cuisinier, lui ayant procuré des revenus attestés par les trente-trois bulletins de paie produits. M. B indique également que son frère et son neveu, de nationalité française, ainsi que sa tante et son cousin, sous couvert d'un titre de séjour, sont présents en France, aucun n'apparaissant cependant résider dans le département de l'Ain. L'ensemble de ces éléments, non plus que les circonstances tenant à ce que l'intéressé maîtrise parfaitement le français ou qu'il a à plusieurs reprises donné son sang, ne caractérisent des liens tels avec la France que la décision lui refusant un titre de séjour y porterait atteinte, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que cette décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard du pouvoir de régularisation du préfet ou au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.
8. En quatrième lieu, l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'étant pas établie, le requérant ne saurait dès lors exciper de cette illégalité à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
9. En cinquième lieu, les moyens tirés de ce que la mesure d'éloignement en litige méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés pour les motifs analysés au point 7 du présent jugement.
10. En sixième lieu, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le requérant ne saurait dès lors exciper de cette illégalité à l'encontre des décisions portant fixation d'un délai de départ volontaire et du pays de reconduite en cas de renvoi.
11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Il s'ensuit que sa requête doit être rejetée, en ce y compris les conclusions à fin d'injonctions sous astreinte et celles présentées au titre des frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Maubon, première conseillère,
M. Gilbertas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.
Le rapporteur,
M. Gilbertas
Le président,
H. Drouet
La greffière,
C. Chareyre
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026