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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209238

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209238

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209238
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantDEBBACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 décembre 2022, et un mémoire de production enregistré le 13 décembre 2022, M. E, actuellement retenu au centre de rétention de Lyon - Saint Exupéry, représenté par Me Debbache, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 décembre 2022 par lequel le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

M. E soutient que :

- le signataire de l'arrêté n'avait pas compétence pour l'édicter ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen sérieux ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit, dès lors que demandeur d'asile en Italie, il ne relevait pas des dispositions de l'article L. 611-1 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais des dispositions de l'article L. 621-1 du même code ;

- elle est entachée d'une seconde erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet ne s'est pas prononcé sur les motifs de refus d'enregistrement de sa demande de protection ;

- les décisions refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de retour méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et revêt un caractère disproportionné.

Des pièces ont été produites le 13 décembre 2022 par le préfet de la Savoie.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu la prestation de serment de M. A, interprète en langue pachtoune.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 14 décembre 2022, M. Borges-Pinto magistrat désigné, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Debbache, avocate, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et qui ajoute que le comportement de M. E ne représente pas une menace réelle et actuelle pour l'ordre public ;

- les observations de Me Morisson-Cardinaud, substituant Me Tomasi, avocat représentant le préfet de la Savoie, qui soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant afghan né le 31 décembre 1998, a fait l'objet le 1er mai 2021 d'une mesure l'obligeant à quitter le territoire français pour menace à l'ordre public. Il a été condamné à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits d'apologie publique d'un acte de terrorisme, le 3 mai 2021, puis écroué en maison d'arrêt. A sa levée d'écrou, M. E a été assigné à résidence par arrêté du 2 août 2021. Par un arrêté du 10 décembre 2022 dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

3. En premier lieu, par arrêté du 23 août 2022 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs du même jour, le préfet de la Savoie a donné délégation à M. B, sous-préfet d'Albertville, pour signer tous les actes relevant des attributions de l'Etat et nécessités par une situation d'urgence pendant les périodes de permanence du corps préfectoral, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le signataire des décisions en litige n'aurait pas été de permanence le 10 décembre 2022.

4. En deuxième lieu, les décisions attaquées indiquent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Celles-ci permettent d'en comprendre le sens et d'en contester utilement le bien fondé. Elles sont ainsi suffisamment motivées alors même qu'elles ne mentionnent pas l'ensemble des déclarations de l'intéressé effectuées lors de son audition par les services de la police aux frontières.

5. En dernier lieu, il ressort de la motivation des décisions et des éléments produits par le préfet de la Savoie dans l'instance qu'il a procédé à un examen de la situation personnelle de M. E préalablement à leur édiction. La circonstance que certains éléments ne figurent pas dans les motifs des décisions attaquées ne permet pas de démontrer par elle-même que le préfet n'a procédé à aucun examen, ni même qu'il n'en aurait pas tenu compte préalablement à leur édiction.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° (). ". L'article L. 621-1 du même code dispose que : " Par dérogation () à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 (), l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. L'étranger est informé de cette remise par décision écrite et motivée prise par une autorité administrative définie par décret en Conseil d'État. Il est mis en mesure de présenter des observations et d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix ".

7. Il ressort de ces dispositions que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre État ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application des articles L. 621-2 à L. 621-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'État membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement de l'article L. 621-1 soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagé l'autre. Toutefois, il y a lieu de réserver le cas de l'étranger demandeur d'asile. En effet, les stipulations de l'article 31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent nécessairement que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Ainsi, lorsqu'en application des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, l'examen de la demande d'asile d'un étranger ne relève pas de la compétence des autorités françaises mais de celles d'un autre Etat, la situation du demandeur d'asile n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais dans celui des dispositions de l'article L. 621-1 du même code. En vertu de ces dispositions, la mesure d'éloignement en vue de remettre l'intéressé aux autorités étrangères compétentes pour l'examen de sa demande d'asile ne peut être qu'une décision de transfert prise sur le fondement de cet article L. 572-1 dudit code.

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier, que préalablement à l'édiction de la décision contestée, M. E aurait informé le préfet de la Savoie de ce qu'il s'était vu reconnaître en Italie la qualité de réfugié. Il ressort au contraire des mentions des procès-verbaux d'audition sur sa situation administrative des 9 et 10 décembre 2022, produit par le préfet de la Savoie, que l'intéressé, qui était assisté d'un interprète en langue persane afghane, a indiqué qu'il était allé en Italie pour rendre visite à des amis et qu'il n'avait pas fait d'autre demande d'asile dans un état membre de l'Union européenne qu'en Belgique puis en France, toutes deux refusées. L'intéressé a, par ailleurs, indiqué qu'il n'accepterait pas de se conformer à une obligation de quitter le territoire français. S'il est constant que, postérieurement à la décision critiquée, M. E a produit la copie d'un récépissé de demande d'asile, valable jusqu'au 1er décembre 2022, et d'un extrait d'une demande du 7 décembre 2022 de titre de séjour, dont l'authenticité est contestée en défense, il n'en résulte pas que le préfet de la Savoie a entaché sa décision d'erreur de droit, dès lors qu'il ne disposait, à la date de la décision critiquée, d'aucun élément sérieux permettant de considérer que M. E pouvait entrer dans le champ d'application du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ni qu'il y avait lieu d'entreprendre une procédure de détermination de l'Etat membre responsable d'une demande d'asile.

9. En second lieu, aux termes de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés : " 1. Aucun des Etats contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques () ". Aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement ". Il résulte de ces dispositions que le ressortissant étranger qui a manifesté son intention de demander l'asile ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement avant qu'il ait été mis en mesure de déposer sa demande et que celle-ci ait été examinée, ou que l'intéressé ait été effectivement transféré à l'Etat responsable de son examen.

10. Le requérant soutient que le préfet a commis une atteinte illégale et grave à son droit de solliciter une protection internationale en n'ayant pas pris en considération sa nouvelle demande d'asile. Il ressort toutefois des procès-verbaux de son audition, que si le requérant a indiqué vouloir refaire une demande d'asile pour régulariser sa situation une nouvelle fois, il soutient à la barre, au contraire, vouloir retourner en Italie où sa demande d'asile a été admise. Par ailleurs, il ne précise pas dans ces déclarations les risques auxquels il serait exposé en cas de retour Afghanistan. Dans ces conditions, M. E ne peut être regardé comme ayant formulé de manière non équivoque une nouvelle demande d'asile. Or, par une décision en date du 28 mai 2021, la demande d'asile de l'intéressé a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 30 décembre 2021. Entre-temps, il a fait l'objet, le 1er mai 2021, d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français du préfet de police en application du point 4 de l'article 24 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dès lors que sa demande d'asile avait précédemment été définitivement rejetée en Belgique et qu'il ne justifiait pas d'un séjour régulier en France à la suite du rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaîtrait les dispositions des articles L. 521-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni que le préfet de la Savoie aurait commis une erreur de droit en lui opposant une mesure d'éloignement devant être considérée comme un refus implicite d'admission au séjour au titre de l'asile.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. " . Aux termes de l'article L. 612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

12. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. E, le préfet de la Savoie s'est fondé sur les dispositions précitées du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en relevant que son comportement constitue une menace pour l'ordre public dès lors qu'il est défavorablement connu des services de police en France pour des faits d'apologie directe et publique d'un acte de terrorisme pour lesquels il a été condamné à 4 mois d'emprisonnement par jugement du tribunal correctionnel de Paris, le 3 mai 2021. Le préfet de la Savoie s'est également fondé sur les dispositions du 3° de l'article précité ainsi que sur les dispositions des 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 dudit code en relevant que M. E a déclaré ne pas vouloir retourner en Afghanistan alors qu'il n'a pas respecté l'assignation à résidence prise par le préfet de police le 2 août 2021. Si le requérant conteste s'être soustrait à une précédente mesure d'éloignement, il ressort de ses déclarations, lors de son audition par les services de la police aux frontières, qu'il a reconnu ne pas avoir respecté les mesures de l'assignation à résidence au prétexte qu'il n'avait pas trouvé l'adresse du commissariat où il devait effectuer les pointages. Enfin, il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente. Il résulte ainsi de ces éléments que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des article L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

14. M. E soutient qu'il serait en danger en cas de retour en Afghanistan dès lors que ces craintes ont justifié l'octroi d'une protection en Italie. S'il prétend être menacé par la belle-famille de sa sœur à laquelle il s'est opposé à la suite de violences conjugales subies par elle, il ne verse au débat aucun élément à l'appui de ces allégations et il ne démontre pas le caractère réel et actuels des risques invoqués. En outre, ainsi qu'il a été dit aux points 8 et 10, sa demande d'asile a été rejetée tant en Belgique qu'en France et il ne justifie pas de la reconnaissance d'une protection en Italie. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois :

15. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volonté, le moyen de l'illégalité de ces décisions et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois doit être écarté.

16. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

17. M. E fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé et entre dès lors dans les cas prévus à l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, pour lesquels le préfet assortit son obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction ne soit pas décidée. Le requérant invoque le caractère disproportionné de la décision en litige. Or, en l'espèce, contrairement à ce qui est soutenu et ainsi qu'il a été dit au point 12, le requérant a fait l'objet d'une condamnation. Par ailleurs, M. E ne justifie pas de la nature de ses liens avec la France ni de l'absence d'attaches en Afghanistan où il a vécu l'essentiel de son existence. Enfin, eu égard aux éléments qui ont été exposés au point 14, le requérant ne justifie pas de menaces pouvant justifier une nouvelle demande de protection. En tout état de cause, le signalement dans le système d'information Schengen découlant de l'interdiction de retour sur le territoire français, ne fait pas obstacle à ce qu'un autre Etat de l'espace Schengen l'admette sur son seul territoire, notamment pour se conformer à ses obligations internationales. Dans ces conditions, le préfet de la Savoie n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à 36 mois, cette durée ne présentant pas le caractère disproportionné invoqué.

Sur les frais de l'instance :

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991

D E C I D E :

Article 1er : M. D E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au préfet de la Savoie.

Copie en sera adressée à Me Debbache.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

P. C

La greffière,

G. Montezin

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier.

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