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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209254

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209254

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209254
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantBOUHALASSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée, le 12 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Bouhalassa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2022 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer le titre de séjour sollicité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour a été signé par une autorité incompétente ; il est insuffisamment motivé en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de titre de séjour ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est disproportionnée et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré, le 24 janvier 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 1er décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 22 décembre 2023.

Par une décision du 10 février 2023, M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bardad, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ivoirien, né le 1er août 1984, est entré irrégulièrement en France, le 3 mars 2019. Il a présenté une demande de protection internationale, le 4 mars 2019, qui a été rejetée par une décision de l'Office français des réfugiés et des apatrides du 12 octobre 2021, qu'il n'a pas contesté. Par un arrêté du 3 janvier 2022, le préfet du Puy-de-Dôme lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. A a présenté une demande de titre de séjour, le 8 juillet 2022, sur le fondement de l'article 5 de l'accord franco-ivoirien du 21 septembre 1992 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 novembre 2022, la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour et prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision du 2 novembre 2022 a été signée par Mme D C, directrice de la citoyenneté et de l'immigration, en vertu d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté de la préfète de l'Ain du 31 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé. L'autorité administrative n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. A. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ".

5. M. A se prévaut de sa présence en France depuis près de quatre ans et notamment du contrat de travail à durée indéterminée dont il bénéficiait depuis le 11 octobre 2021. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le séjour en France du requérant est récent. En outre, il s'est maintenu sur le territoire français en dépit de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre, le 3 janvier 2022 et ne justifie pas d'un droit au travail sur le territoire national. Par ailleurs, M. A n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a passé l'essentiel de son existence et où résident ses deux enfants mineurs nés en 2007 et 2010. Compte tenu de la durée et des conditions de séjour de l'intéressé en France, le refus de titre de séjour ne porte pas au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, la préfète de l'Ain n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

6. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été précédemment exposé, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'interdition de retour sur le territoire français d'une durée d'un an prise à son encontre.

7. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A ne justifie pas d'une durée de séjour suffisante en France alors qu'il n'est pas dépourvu de liens personnels et familiaux en Côte-d'Ivoire où résident ses deux enfants mineurs. En outre, il n'a pas exécuté la mesure d'éloignement prise à son encontre le 3 janvier 2022. Dans ces conditions, en interdisant à l'intéressé de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an la préfète de l'Ain n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché cette décision, tant en ce qui concerne le principe de cette interdiction que sa durée, d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-7 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier et des éléments qui ont été précédemment exposés que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle du requérant.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 novembre 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administative doivent également être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience le 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

La rapporteure,

N. BardadLe président,

J. Segado

La greffière,

G. Montézin

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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