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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209268

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209268

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209268
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantSELARL AD JUSTITIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement les 13 décembre 2022 et 12 janvier 2023, Mme C B, ayant pour avocat Ad Justitiam avocats (Me Thinon), demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions en date du 17 novembre 2022 par lesquelles la préfète de la Loire refuse de lui délivrer un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe son pays de destination d'une reconduite d'office, avant de lui interdire tout retour en France pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à venir, sous astreinte de cent euros par jour de retard, soit un titre de séjour, soit une autorisation provisoire de séjour durant le réexamen de sa situation, lequel devra intervenir sous deux mois, sous astreinte de deux cents euros par jour de retard ;

Mme B soutient que :

- les décisions attaquées n'ont pas été prises par une autorité compétente pour ce faire ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- ce refus de séjour et la mesure d'éloignement méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'annulation du refus de séjour commande l'annulation de la mesure d'éloignement ;

- la décision d'interdiction de retour est contraire aux articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en n'étant pas motivée, alors qu'elle n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence n'est pas menaçante pour l'ordre public.

Le préfet de la Loire a produit des pièces enregistrées le 10 février 2023.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 27 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative et la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience tenue le 24 février 2023. Le magistrat désigné y a présenté son rapport et a clos l'instruction à l'issue de l'audience, où les parties n'étaient pas présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante albanaise née en 1985, a vu sa demande d'asile rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) notifiée le 2 septembre 2021. Le mois suivant, elle a sollicité un titre de séjour à raison de l'état de santé de son fils mineur né en 2015. Par arrêté pris le 17 novembre 2022, la préfète de la Loire oppose un refus à cette demande, oblige, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme B à quitter le territoire français, lui accorde un délai de départ volontaire de trente jours, fixe son pays de destination d'une reconduite d'office et lui interdit de revenir en France pendant une durée d'un an. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler ces décisions du 17 novembre 2022.

Sur la légalité de l'arrêté du 17 novembre 2022 :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige du 17 novembre 2022 a été signé par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté de la préfète de la Loire du 12 juillet 2022, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation permanente pour signer de tels actes. Ce recueil est accessible tant aux parties qu'au juge sur le site de la préfecture de la Loire. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées doit ainsi être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9 () se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". L'article L. 425-9 de ce code dispose que " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ".

4. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'effectivité du bénéfice d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

5. Pour refuser la délivrance à Mme B d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfant malade, la préfète de la Loire s'est appropriée le sens de l'avis rendu le 16 août 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration aux termes duquel si l'état de santé de l'enfant Mateo, né en 2015, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, cet enfant peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et son état de santé lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Il ressort des pièces médicales produites par la requérante que son fils connaît un retard de développement associé à une épilepsie. Cette pathologie a été traitée en Albanie par le médicament antiépileptique Depakine, jusqu'à renoncement des parents, et est traitée en France depuis mars 2022 par les médicaments Lamictal puis Zarontin, non soutenus par la requérante indisponibles ou inaccessibles en Albanie. A cet enfant est également quotidiennement administrée, depuis août 2022, une hormone de croissance, prescrite le 14 décembre 2022 sous la spécialité Omnitrope 1mg/jour, que la requérante se borne à alléguer inexistante en Albanie, sans rien apporter à l'appui. Dans ces conditions, ne peut qu'être écarté le moyen d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, articulé par la requérante à l'encontre du refus de séjour.

6. En troisième lieu, à la date de l'arrêté en litige du 17 novembre 2022, la durée du séjour en France de Mme B atteignait tout au plus dix-huit mois, alors qu'elle a vécu jusqu'à passé l'âge de 35 ans en Albanie, où elle n'est pas dépourvue d'attaches, où son fils mineur peut bénéficier de soins. Par suite, en refusant de délivrer à la requérante l'autorisation provisoire de séjour qu'elle sollicitait et en décidant de l'éloigner, la préfète de la Loire n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste d'appréciation.

7. En quatrième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas, en conséquence de ce qui a été dit précédemment, illégale et ainsi exposée à l'annulation, ne peut qu'être écarté le moyen tiré de l'annulation par voie de conséquence de la mesure d'éloignement.

8. En dernier lieu, en vertu de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français et auquel est accordé un délai de départ volontaire, peut être interdit de retour. L'article L. 613-2 de ce code impose à une telle décision d'interdiction d'être motivée. Son article L. 612-10 prescrit à l'autorité administrative, pour fixer la durée de l'interdiction, de " [tenir] compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

9. Pour motiver l'interdiction faite à Mme B de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an, la préfète de la Loire a visé, outre son article L. 612-10, les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a indiqué que Mme B était entrée récemment sur le territoire français, a mentionné ses attaches en France et en Albanie, et a pointé l'absence de trouble à l'ordre public. La décision portant interdiction de retour en litige comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui la fonde et satisfait aux exigences de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, Mme B qui, il est vrai, n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et dont la présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public, ne fait pas état d'éléments justifiant un retour à brève échéance et donc une abstention de la préfète de la Loire à prononcer l'interdiction en litige.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions qu'elle attaque. Doivent par conséquent être rejetées ses conclusions à fin d'annulation ainsi que les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte qui les assortissent.

DECIDE :

Article 1er : La requête présentée par Mme C B est rejetée.

Article 2nd : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

Le magistrat désigné,

B. A

La greffière,

C. Réveillé

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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