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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209315

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209315

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209315
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantTOMC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Tomc, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2022 par lequel la préfète de la Loire lui a refusé un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Il soutient que :

Sur la décision lui refusant un titre de séjour :

- cette décision a été prise au terme d'un examen incomplet de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle méconnaît également l'article 3 de la même convention ; il est exposé à une méconnaissance des stipulations de l'article 9 de cette convention en cas d'éloignement vers la Turquie ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision l'obligeant à quitter le territoire :

- cette décision méconnaît son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle méconnaît également l'article 3 de la même convention.

La procédure a été régulièrement communiquée à la préfète de la Loire, laquelle n'a pas produit à l'instance.

Par une ordonnance du 9 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller,

- les conclusions de M. Borges-Pinto, rapporteur public,

- et les observations de Me Tomc, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant turc né le 22 février 2000, demande l'annulation des décisions du 16 novembre 2022 par lesquelles la préfète de la Loire lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, il ne ressort ni des mentions de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que la préfète de la Loire aurait édicté la décision en litige au terme d'un examen incomplet de la situation de M. A. En particulier, si l'intéressé fait valoir la naissance de son premier enfant et les risques auxquels il estime être exposé en cas de retour en Turquie, il n'apparaît pas qu'il aurait fait valoir de tels éléments lors ou postérieurement au dépôt de sa demande de titre de séjour sollicitée en qualité de conjoint de Français. De même la circonstance que l'autorité préfectorale n'a pas fait droit à sa demande ne saurait caractériser le défaut d'examen invoqué. Le moyen afférent ne peut dès lors qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Selon l'article L. 423-1 du : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; () ". L'article L. 423-2 du même code dispose que : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

4. D'une part, il est constant que M. A ne justifie pas de l'obtention du visa de long séjour mentionné à l'article L. 412-1 précité. C'est, par suite, sans erreur de droit dans l'application de l'article L. 423-1 du code précité que la préfète de la Loire a pu lui opposer le refus de titre de séjour en litige sur ce fondement.

5. D'autre part, il est tout aussi constant que M. A est entré sur le territoire national au cours de l'année 2018 de manière irrégulière. Il ne pouvait de ce fait se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-2 du code précité, lesquelles ne prévoient une dispense d'exigence de visa de long séjour qu'à la condition que l'entrée en France de l'intéressé ait été régulière. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.

6. En troisième lieu, M. A se prévaut de quatre années de séjour en France, de manière irrégulière, de son mariage avec une ressortissante française le 26 février 2022, un enfant étant né le 12 novembre suivant de cette union, ainsi que de leur vie commune. De tels éléments, compte tenu notamment de leur caractère récent, ne permettent pas de caractériser des liens tels avec la France que la décision en litige y porterait une atteinte disproportionnée, alors que l'essentiel de sa famille demeure en Turquie et que la rupture des liens invoqués ne saurait être établie par la seule production d'un message officiel de ce pays informant l'intéressé qu'il ne respecte pas ses obligations militaires. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales des droits de l'homme doit ainsi être écarté. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté, ces éléments ne caractérisant pas une situation justifiant d'une admission exceptionnelle au séjour.

7. En dernier lieu, la décision attaquée refuse à M. A un titre de séjour et n'a pas pour objet ou effet de l'éloigner à destination de la Turquie ou de porter à atteinte à sa liberté de conscience. Le requérant ne saurait dès lors utilement invoquer à l'encontre de cette décision les stipulations des articles 3 et 9 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. D'une part, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les motifs exposés au point 6 du présent jugement.

9. D'autre part, la seule production d'un message officiel de l'Etat turc informant M. A qu'il ne respecte pas ses obligations militaires, en date du 25 août 2022, n'est pas de nature à établir que celui-ci serait soumis à des risques contraires aux exigences de l'article 3 de la convention précitée en cas de retour dans ce pays. Le moyen afférent ne peut dès lors qu'être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête n° 2209315 est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Drouet, président,

- Mme Maubon, première conseillère,

- M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

Le rapporteur,

M. GilbertasLe président,

H. Drouet

La greffière,

C. Chareyre

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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