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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209334

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209334

mardi 19 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209334
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSELARL KAELIA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Bachir, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 octobre 2022 par laquelle le directeur général des Hospices civils de Lyon a ordonné son licenciement disciplinaire ;

2°) de condamner les Hospices civils de Lyon à lui verser une somme de 44 596,99 euros à parfaire, en réparation de ses préjudices ;

3°) de mettre à la charge des Hospices civils de Lyon la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière : en effet, il n'a jamais été informé de la sanction envisagée, en violation de l'article 43 du décret du 6 février 1991, que ce soit dans le courrier le convoquant à un entretien disciplinaire, ou au cours de cet entretien ; en outre, il n'est pas démontré que la commission consultative paritaire a été régulièrement convoquée ni que sa composition était régulière ;

- les droits de la défense ont été méconnus : le délai minimal de convocation à l'entretien disciplinaire n'a pas été respecté, et le dossier disciplinaire qui lui a été remis était incomplet ; par ailleurs, l'enquête disciplinaire a été menée de manière partiale ; l'administration n'a pas tenu compte de ses observations, qui ne sont pas visées ni analysées dans la décision en litige ; enfin, il n'a pas eu accès à ses documents et à sa messagerie professionnels pour pouvoir se défendre ;

- la décision n'est pas motivée en droit, et insuffisamment motivée en fait ;

- la sanction repose sur des faits dont la matérialité n'est pas établie ;

- en tout état de cause, aucun d'entre eux n'est de nature à justifier un licenciement, qui présente un caractère disproportionné ;

- il a été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral ;

- les Hospices civils de Lyon, qui ne pouvaient par ailleurs légalement prononcer sa suspension, doivent être condamnés à lui verser la somme de 1 962,02 euros, augmentée des intérêts au taux légal, au titre du salaire net du mois de septembre 2022, ainsi qu'une somme de 791,50 euros, augmentée des intérêts au taux légal, au titre du manque à gagner pour le mois d'octobre 2022, et une somme de 3 924,04 euros majorée des intérêts au taux légal, au titre des salaires de novembre et décembre 2022 ;

- les Hospices civils de Lyon doivent aussi être condamnés à lui verser la prime de Noël, l'indemnité compensatrice de congés payés, ainsi que l'indemnité de licenciement dont il a été irrégulièrement privé à hauteur de 981,02 euros augmentés des intérêts au taux légal ;

- les Hospices civils de Lyon doivent par ailleurs être condamnés à lui verser une somme de 3 014,37 euros, assortie des intérêts au taux légal, au titre de la perte de chance de percevoir une indemnité de fin de contrat, ainsi qu'une somme de 3 924,04 euros assortie des intérêts au taux légal en compensation de la privation du préavis de licenciement ;

- enfin, les Hospices civils doivent être condamnés à lui verser une somme de 30 000 euros en réparation de son préjudice moral.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 septembre 2023, les Hospices civils de Lyon, représentés par Me Prouvez, concluent au rejet de la requête et demandent que soit mise à la charge de M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les Hospices civils de Lyon soutiennent que :

- les conclusions indemnitaires, qui n'ont pas été précédées d'une demande auprès de l'administration, sont irrecevables ;

- les moyens ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 13 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Lacoste Lareymondie,

- les conclusions de M. Habchi,

- et les observations de Me Bachir représentant M. B, et de Me Prouvez représentant les Hospices civils de Lyon.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a été recruté par les Hospices civils de Lyon sur un emploi de technicien supérieur hospitalier en charge du service funéraire et du service de transport interne des patients, par contrat à durée déterminée conclu le 2 novembre 2021. Ce contrat a été régulièrement renouvelé, et pour la dernière fois pour la période du 1er octobre 2022 au 31 décembre 2022. Par une décision du 22 août 2022, M. B a fait l'objet d'une mesure de suspension à titre conservatoire, suite à l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre. Enfin, par la décision du 13 octobre 2022 attaquée, M. B a été licencié à titre disciplinaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le 15 septembre 2022, M. B a été convoqué à un entretien dans le cadre de la procédure disciplinaire diligentée à son encontre. Au cours de cet entretien, ont été évoqués les différents reproches sur sa manière de servir, comme en atteste son compte-rendu. Contrairement à ce que fait valoir le requérant, les dispositions de l'article 43 du décret susvisé du 6 février 1991, qui régissent les conditions dans lesquelles l'autorité administrative convoque l'agent qu'elle envisage de licencier à un entretien préalable, sont seulement applicables aux licenciements des agents contractuels pour d'autres motifs que les licenciements de nature disciplinaire. Dès lors, M. B ne peut utilement invoquer ces dispositions pour faire valoir que la sanction aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, aux motifs qu'il n'aurait pas été convoqué à cet entretien dans un délai de cinq jours et que le courrier de convocation à cet entretien n'évoquait pas l'éventualité de son licenciement.

3. En deuxième lieu, si M. B soutient que son dossier disciplinaire ne comportait aucun témoignage en sa faveur, il ne précise pas quelle disposition ou quel principe aurait été méconnu de ce fait. En tout état de cause, dans le cadre d'une procédure disciplinaire, l'administration a seulement l'obligation de faire figurer dans le dossier disciplinaire qu'elle constitue l'ensemble des pièces sur lesquelles elle s'est fondée pour engager des poursuites et décider la sanction prise à l'encontre de l'agent. Dès lors, la circonstance que n'y figurent aucun témoignage ou tout autre document favorable à l'intéressé n'est par elle-même pas de nature à démontrer que la procédure aurait été viciée.

4. En troisième lieu, M. B fait valoir que " la convocation et la composition régulière de la commission consultative paritaire interrogent ". Ce faisant, il n'assortit son moyen d'aucune précision permettant au tribunal d'y statuer. Un tel moyen ne peut donc qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 40 du décret du 6 février 1991 susvisé : " () L'agent contractuel à l'encontre duquel une sanction disciplinaire est envisagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes. Il a également le droit de se faire assister par les défenseurs de son choix. () ". Aux termes du III de l'article 2-1 du décret du 6 février 1991 : " La commission consultative paritaire est obligatoirement consultée () sur : () 3° Les sanctions disciplinaires autres que l'avertissement, le blâme et l'exclusion temporaire des fonctions avec retenue de rémunération pour une durée maximale de trois jours () ".

6. D'autre part, le principe général des droits de la défense implique que la personne concernée par une procédure de licenciement pour motif disciplinaire, après avoir été informée des manquements qui lui sont reprochés, soit régulièrement informée de ses droits et ait la faculté de présenter ses observations.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été reçu en entretien le 15 septembre 2022 pour évoquer les manquements ayant justifié l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre, et a également été invité à présenter des observations écrites avant le 28 septembre 2022 dans la perspective de la réunion du conseil de discipline le 12 octobre 2022. Le requérant a donc été mis à même de faire valoir sa défense sur les faits qui lui étaient reprochés. S'il ne ressort d'aucune des mentions du procès-verbal du conseil de discipline que ses membres auraient reçu communication des observations écrites qu'il a formulées, il est constant que M. B les avait adressées aux Hospices civils de Lyon au-delà du délai qui lui avait été imparti sans que le requérant ne fasse valoir aucun motif légitime pouvant expliquer son retard ni même ne soutienne que ce délai aurait été insuffisant, ce qui ne ressort pas davantage des pièces du dossier. Il n'est donc pas fondé à s'en prévaloir pour soutenir que les droits de la défense auraient été méconnus. De même, la seule circonstance que M. B n'aurait pas pu avoir accès à sa messagerie professionnelle et à ses documents professionnels en raison de la mesure de suspension à titre conservatoire ordonnée à compter du 22 août 2022 n'est pas de nature à démontrer qu'il aurait été privé de la possibilité d'assurer sa défense, l'intéressé n'établissant pas, et ne soutenant d'ailleurs pas, avoir effectué une démarche en ce sens auprès de sa hiérarchie. Le moyen tiré de ce que la décision aurait été prise en violation des droits de la défense doit donc être écarté.

En ce qui concerne la motivation :

8. Contrairement à ce que soutient M. B, la décision en litige comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui fondent la sanction édictée à son encontre. Elle est donc suffisamment motivée.

En ce qui concerne la matérialité des faits et le bien-fondé de la sanction :

9. Aux termes de l'article 39 du décret du 6 février 1991 susvisé : " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être appliquées aux agents contractuels sont les suivantes : () 4° Le licenciement, sans préavis ni indemnité de licenciement. " Aux termes de l'article 39-2 de ce décret : " Tout manquement au respect des obligations auxquelles sont assujettis les agents publics, commis par un agent contractuel dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, est constitutif d'une faute l'exposant à une sanction disciplinaire () ".

10. Pour fonder la mesure de licenciement, les Hospices civils de Lyon ont retenu que M. B avait adopté un encadrement autoritaire et un mode de communication brutal, qu'il n'accomplissait pas les tâches lui incombant et en particulier la gestion des plannings des agents placés sous sa responsabilité, qu'il était régulièrement injoignable et absent de son poste de travail, et qu'il avait utilisé une ambulance au mois de mars 2022 sans justification et sans prévenir, occasionnant une grave perturbation du service pendant une grande partie de l'après-midi.

11. D'une part, en dépit de la contestation de M. B, la matérialité de l'ensemble des griefs qui viennent d'être énoncés ressort suffisamment des pièces du dossier, et notamment des nombreux courriels, rapports et autres témoignages particulièrement circonstanciés recueillis au cours de l'enquête administrative, joints au dossier disciplinaire de l'agent. Au surplus, M. B, qui se borne à une contestation de principe, n'apporte aucun commencement de preuve et ne produit notamment aucune pièce au soutien de ses dénégations. Il s'en suit que M. B n'est pas fondé à soutenir que la sanction reposerait sur des faits dont la matérialité ne serait pas établie.

12. D'autre part, la gravité de certains des faits reprochés à M. B, et notamment la manière particulièrement autoritaire et parfois manipulatrice avec laquelle il encadre ses agents, autant que l'absence de toute remise en question de son comportement, pouvaient valablement conduire l'autorité administrative à ordonner son licenciement. Le moyen tiré de ce que la sanction présente un caractère disproportionné doit donc être écarté.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la demande d'indemnisation du préjudice moral :

14. Au soutien de sa demande d'indemnisation d'un préjudice moral, M. B se prévaut d'une dégradation de son état de santé qu'il impute, d'une part, au harcèlement moral dont il aurait été victime, et d'autre part, à la mesure de suspension ordonnée par les Hospices civils de Lyon le 22 août 2022 ainsi qu'à la sanction qui lui a été infligée.

15. Toutefois, M. B n'apporte aucun comment de preuve en vue de démontrer qu'il aurait été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral. Par ailleurs, contrairement à ce qu'il soutient, la gravité de son comportement envers les agents placés sous son autorité pouvait valablement fonder une mesure de suspension à titre conservatoire en application de l'article 39-1 du décret du 6 février 1991. Enfin, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de son licenciement, il n'est pas fondé à s'en prévaloir pour demander l'indemnisation du préjudice moral qui en découlerait. Il s'ensuit que la demande de M. B doit être rejetée.

En ce qui concerne le surplus des demandes :

16. En premier lieu, aux termes de l'article 39-1 du décret du 6 février 1991 : " En cas de faute grave commise par un agent contractuel, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité définie à l'article 40 du présent décret. () / L'agent contractuel suspendu conserve sa rémunération et les prestations familiales obligatoires. () ".

17. Il résulte de l'instruction, et notamment de la fiche de paie de M. B pour le mois de septembre 2022, que l'intéressé n'a perçu aucune rémunération, alors qu'il était suspendu à titre conservatoire depuis le 23 août 2022. En l'absence de tout autre élément tenant à la situation statutaire ou personnelle de M. B pouvant expliquer l'absence de versement de son traitement, il y a lieu de condamner les Hospices civils de Lyon à lui verser la somme correspondante, ainsi que les prestations familiales obligatoires, conformément aux dispositions précitées du décret du 6 février 1991, ces sommes devant être assorties des intérêts au taux légal à compter du 12 octobre 2023, date de la demande préalable adressée par M. B aux Hospices civils de Lyon, en application de l'article 1231-6 du code civil.

18. En deuxième lieu, le présent jugement rejetant les conclusions à fin d'annulation de la décision de licenciement, M. B n'est pas fondé à demander à être indemnisé de la perte de rémunération qui en aurait résulté. Les conclusions tendant à ce que les Hospices civils de Lyon soient condamnés à lui verser un rappel de sa rémunération au titre des mois d'octobre, novembre et décembre 2022 doivent donc être rejetées.

19. En troisième lieu, M. B, qui demande à être indemnisé de la perte de la " prime de Noël " n'apporte aucun commencement d'explication sur la nature et le montant de cette prime dont le versement ne résulte d'aucune disposition légale ou règlementaire applicable aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière. En tout état de cause, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de son licenciement, il ne peut s'en prévaloir pour solliciter le rappel d'une telle prime. Sa demande ne peut donc qu'être rejetée. Il en va de même des demandes tendant à l'indemnisation de la perte de chance de pouvoir percevoir l'indemnité de fin de contrat instituée par l'article 41-1-1 du décret du 6 février 1991 ainsi qu'à l'indemnisation de la perte des congés annuels.

20. En quatrième lieu, l'indemnité de licenciement prévue par les dispositions de l'article 47 du décret du 6 février 1991, n'est due qu'en cas de licenciement ordonné pour tout autre motif que disciplinaire. M. B ne peut donc y prétendre. La demande présentée en ce sens doit être rejetée.

21. En cinquième lieu, il ne résulte d'aucune des dispositions législatives et règlementaires applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière, qu'ils pourraient prétendre à une indemnité de préavis. En tout état de cause, M. B ayant fait l'objet d'un licenciement pour motif disciplinaire, il ne saurait solliciter le versement d'une indemnité destinée à compenser l'absence de délai de préavis. Sa demande ne peut donc qu'être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

22. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des Hospices civils de Lyon la somme que demande M. B titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

23. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les Hospices civils de Lyon sont condamnés à verser à M. B le rappel de son traitement et des prestations familiales obligatoires au titre du mois de septembre 2022, sommes assorties des intérêts aux taux légal à compter du 12 octobre 2023.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions des Hospices civils de Lyon présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et aux Hospices civils de Lyon.

Délibéré après l'audience du 5 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Allais, première conseillère,

Mme de Lacoste Lareymondie, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2024.

La rapporteure,

E. de Lacoste Lareymondie

Le président,

T. Besse

La greffière

S. Lecas

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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