lundi 19 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2209344 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | BOUHALASSA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 18 décembre 2022, M. C A, représenté par Me Bouhalassa, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les décisions du 14 décembre 2022 par lesquelles le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est insuffisamment motivée, en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée dans sa durée.
Des pièces, enregistrées le 16 décembre 2022, ont été produites par le préfet du Rhône.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Lyon a désigné Mme B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sautier, magistrate désignée ;
- les observations de Me Bouhalassa, représentant M. A, qui reprend les conclusions et moyens de la requête, et soutient en outre, d'une part s'agissant du moyen tiré du défaut de motivation de l'obligation litigieuse, que celle-ci est insuffisamment motivée ou à tout le moins comporte une erreur de fait quant à l'existence d'une demande de titre de séjour en cours d'instruction par la préfète de la Loire, d'autre part que cette motivation révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- les observations de Mme D, représentant le préfet du Rhône, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens invoqués ne sont pas fondés ; s'agissant de l'obligation litigieuse, elle fait valoir que M. A n'apporte aucun élément démontrant qu'il a effectivement été pris en charge à sa minorité par le département de la Loire ainsi qu'il l'allègue à l'audience alors qu'il a été mis en cause en mars 2018 pour détention de faux documents d'état civil, que son passeport a été délivré en octobre 2019 par la DCPAF et non par les autorités guinéennes lors d'un aller et retour comme il le soutient, que s'il présente un contrat d'apprentissage, il ne justifie pas de l'autorisation de travail requise, enfin que l'intéressé établit seulement, par le document qu'il produit émanant du site internet " Démarches simplifiées " de la préfecture de la Loire, avoir sollicité un rendez-vous en vue de déposer une demande de titre de séjour, ce qui n'est pas retranscrit dans le logiciel AGDREF ni ne lui a donné droit à délivrance d'un récépissé ; s'agissant du refus de départ volontaire et de l'interdiction de retour sur le territoire français litigieux, elle s'en remet au tribunal pour apprécier si le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public ;
- et les observations de M. A, requérant.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
M. A a produit une pièce complémentaire enregistrée le 19 décembre 2022, après clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. Par décisions du 14 décembre 2022, le préfet du Rhône a obligé M. A, ressortissant guinéen né le 5 janvier 2011, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an. Le requérant, par ailleurs assigné à résidence durant quarante-cinq jours par une décision du même jour, demande l'annulation de ces premières décisions.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; (). "
4. Il ressort des termes de la décision attaquée, qui vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que M. A, qui déclare être entré sur le territoire français en octobre ou novembre 2017, a bénéficié le 16 juillet 2019 d'un titre de séjour " travailleur temporaire " dont le renouvellement lui a été refusé par décision en date du 16 juillet 2021 de la préfète de la Loire qui l'a en outre obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours sans qu'il ne démontre avoir quitté le territoire depuis la notification de cette mesure, et que s'il déclare, lors de son audition du 14 décembre 2022, avoir un récépissé de demande de titre de séjour émanant de la préfecture de la Loire depuis le dépôt de son dossier le 10 août 2022, aucun dossier n'est enregistré à son nom.
5. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte les éléments de fait et de droit qui en constituent le fondement. Si le requérant soutient avoir déposé à la préfecture de la Loire une demande de titre de séjour en cours d'instruction, il établit seulement avoir déposé le 10 août 2022 une pré-demande de premier titre de séjour en ligne sur le site internet " Démarches simplifiées " de la préfecture de la Loire en vue d'obtenir un rendez-vous, infirmant à l'audience son allégation quant à la détention d'un récépissé de titre de séjour valant autorisation provisoire de séjour et quant au dépôt effectif, à la date de l'obligation litigieuse, de son dossier auprès des services de la préfecture. Ainsi, alors que ses démarches tendant au dépôt d'une demande de titre de séjour étaient, à la date de la décision attaquée, inabouties, la motivation de l'obligation de quitter le territoire litigieuse ne comporte pas d'erreur de fait sur ce point ni ne révèle un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, au regard de laquelle le préfet pouvait à bon droit édicter à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, de l'erreur de fait et du défaut d'examen de sa situation doivent être écartés.
6. En second lieu, M. A fait valoir qu'il est arrivé en France en 2017, alors qu'il était mineur, et qu'il séjourne donc sur le territoire depuis cinq ans à la date de la décision litigieuse, qu'il a bénéficié d'un titre de séjour " travailleur temporaire " qui lui a été délivré le 16 juillet 2019, qu'il est en deuxième année d'apprentissage en alternance en qualité de plaquiste dans le cadre d'un CAP Métiers du Plâtre et Isolation dont il va passer l'examen au premier semestre 2023 et pour lequel il justifie de bons résultats et de son implication, qu'il perçoit un salaire lui permettant de subvenir à ses besoins, qu'il a cherché à régulariser sa situation en déposant une demande en août 2022, enfin qu'il entretient une relation amoureuse sur le territoire depuis quelques mois alors qu'il n'a plus de liens familiaux en Guinée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français après le rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour temporaire assorti d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours qui lui a été opposé le 16 juillet 2021 sans avoir, à la date de l'obligation litigieuse, effectivement déposer de demande de titre de séjour. Il ressort du procès-verbal de son audition pour vérification de son droit au séjour le 14 décembre 2022 qu'il a déclaré avoir de la famille en Guinée et il ne justifie par aucun élément de la réalité de la relation amoureuse qu'il allègue entretenir sur le territoire. Enfin, l'intéressé ne justifie pas, par la seule maîtrise de la langue française et de son investissement, non contesté, dans une qualification professionnelle par le biais d'un contrat d'apprentissage en alternance, d'une intégration particulière. Dans ces conditions, compte tenu de ses conditions de séjour, le préfet du Rhône n'a pas, dans les circonstances de l'espèce, en prenant la mesure contestée l'obligeant à quitter le territoire français, porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent donc être écartés.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
7. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire litigieuse.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
9. Il ressort des termes de la décision en litige que, pour décider du principe et de la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français en litige, le préfet du Rhône a relevé que M. A se maintient en toute connaissance de cause sur le territoire national en situation irrégulière malgré l'obligation de quitter le territoire qui lui a été notifiée, ne justifie ni de la nature ni de l'ancienneté de ses liens avec la France et que son comportement est bien constitutif d'une menace pour l'ordre public, sans qu'il ne justifie de circonstances humanitaires y faisant obstacle.
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît, dans son principe comme dans sa durée, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, quand bien même son comportement ne constituerait pas une menace pour l'ordre public.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions du préfet du Rhône en date du 14 décembre 2022 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E
Article 1er : M. A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.
La magistrate désignée
M. BLa greffière,
F. Gaillard
La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026