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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209349

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209349

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209349
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantPELISSIER-BOUAZZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 décembre 2022, Mme B A veuve C, représentée par Me Pellissier-Bouazza, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté, notifié le 18 novembre 2022, par lequel la préfète de la Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée et l'a interdite de retour sur le territoire national avant l'écoulement d'une période de six mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de quatre-vingt-dix euros par jour de retard passé ce délai, ou à tout le moins de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte en la munissant dans l'intervalle d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreur matérielle dès lors que non daté ;

Sur la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- le refus de titre de séjour opposé méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette mesure procède d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-8 du code précité ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu de l'éloignement impliqué de sa fille et de ses petits-enfants.

La procédure a été régulièrement communiquée à la préfète de la Loire, laquelle n'a pas produit à l'instance.

Par une ordonnance du 15 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A veuve C, ressortissante marocaine née le 31 décembre 1953, demande l'annulation des décisions notifiées le 18 novembre 2022 par lesquelles la préfète de la Loire lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et l'a interdite de retour sur le territoire national avant l'écoulement d'une période de six mois.

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

2. D'une part, l'arrêté attaqué vise les dispositions et stipulations dont elle fait application, et notamment les articles L. 425-9 et L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et relève les éléments biographiques de Mme A pertinents pour cette application, en particulier le sens de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) que l'autorité administrative s'est approprié sans avoir à en justifier du point de vue médical. De même, cet arrêté précise les éléments privés et familiaux disponibles à l'administration avant son édiction. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cet arrêté doit être écarté.

3. D'autre part, si Mme A relève que l'arrêté produit est dépourvu de mention de sa date d'édiction, elle indique elle-même que celui-ci a été notifié le 18 novembre 2022, date à partir de laquelle les décisions portées sont susceptibles de porter effet. Cette insuffisance matérielle demeure ainsi sans incidence sur la légalité de ces décisions.

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ".

5. Il est constant que le collège des médecins de l'Office français pour l'immigration et l'intégration (OFII) a estimé, dans un avis du 24 août 2022 dont la préfète s'est approprié le sens, que l'état de santé de Mme A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'elle pouvait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et que son état de santé pouvait lui permettre de voyager sans risque vers ce pays. Pour remettre en cause cet avis, Mme A se prévaut des mentions des documents médicaux joints au dossier soumis au collège des médecins de l'OFII, et notamment des certificats médicaux des 30 mars et 28 avril 2022 d'un praticien attaché au service d'urgence et de réanimation polyvalente du centre hospitalier universitaire de Saint-Etienne indiquant qu'une consultation psychiatrique devait être faite et qu'un retour dans son pays d'origine entraînerait un risque majeur de suicide. Toutefois, à défaut de spécificité suffisante, de tels éléments ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation portée par le collège des médecins de l'OFII sur les possibilités de prise en charge au Maroc, alors que le facteur principal mentionné s'agissant du syndrome anxiodépressif constaté, en l'espèce les violences conjugales exercées par son époux, a pris fin avec le décès de celui-ci. Par suite, doit être écarté comme non fondé le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du premier alinéa de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

7. Pour interdire Mme A de retour sur le territoire français, la préfète de la Loire a retenu que celle-ci était entrée récemment sur le territoire français, le 11 août 2021 et qu'elle ne justifiait pas de liens particuliers avec le territoire. La même autorité a également pris en compte les circonstances tenant à ce que l'intéressée n'avait pas fait l'objet de précédente mesure d'éloignement et que sa présence ne présentait pas un risque pour l'ordre public. Toutefois, compte tenu des liens établis avec sa fille, résidant régulièrement en France, et ses trois petits enfants, les circonstances ainsi relevées n'apparaissent pas de nature à justifier tant le principe que la durée de l'interdiction de retour en litige. Celle-ci, disproportionnée, doit ainsi être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens articulés à son encontre.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. Le présent jugement, qui annule la seule décision interdisant Mme A de retour sur le territoire national, n'implique aucune mesure particulière pour son exécution. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par la requérante doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La décision notifiée le 18 novembre 2022 par laquelle la préfète de la Loire a interdit Mme A de retour sur le territoire national pour une durée de six mois est annulée.

Article 2 : Le surplus de conclusion de la requête n° 2209349 est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A veuve C et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

Le rapporteur,

M. GilbertasLe président,

H. Drouet

La greffière,

C. Chareyre

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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