mercredi 29 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2209391 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SCP COUDERC ZOUINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 15 décembre 2022 et le 3 mars 2023, Mme A D, représentée par la SCP Couderc-Zouine, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 25 juillet 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une carte de résident d'une durée de validité de dix ans ou, à défaut, une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois ;
3°) d'enjoindre au préfet du Rhône, en cas d'annulation de la seule décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, de lui délivrer dans le délai d'un mois une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à réinstruction de sa demande ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision portant refus de titre de séjour ;
- le refus de titre de séjour qui lui est opposé est entaché d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen de sa situation et de motivation ;
- le refus de titre de séjour critiqué méconnaît les dispositions de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le refus de séjour en litige porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'illégalité du refus de titre qui lui est opposé entache d'illégalité l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français ;
- la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet méconnaît les dispositions de l'article L. 511-4 (10°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité la décision fixant son délai de départ volontaire ;
- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité la décision fixant son pays de destination ;
- la fixation de l'Inde comme pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 février 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 10 novembre 2022.
Vu les pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Richard-Rendolet,
- et les observations de Me Lulé pour Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissante indienne née en 1952 et entrée en France au mois de juillet 2015, Mme D demande l'annulation des décisions du 25 juillet 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour formée en qualité d'ascendante à charge d'une ressortissante française, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme C, directrice des migrations et de l'intégration, en vertu de la délégation qui lui a été donnée par un arrêté du préfet du Rhône du 8 juin 2022, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire du refus critiqué doit être écarté.
3. Traduisant un examen particulier de la situation de Mme D, l'arrêté du 25 juillet 2022 fait état de façon circonstanciée des considérations de droit et de fait qui, ayant trait notamment à l'irrégularité du séjour en France de l'intéressée et à sa situation familiale, donnent son fondement à la décision de refus en litige. Par suite, les moyens tirés par la requérante du défaut d'examen de sa situation et de l'insuffisante motivation de l'arrêté en litige doivent être écartés.
4. Si la requérante fait valoir que le tribunal administratif de Nantes a enjoint à l'autorité compétente de délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France à sa fille B par un jugement du 20 juin 2022, cette circonstance ne suffit pas pour caractériser l'erreur de fait qui est alléguée et que le préfet du Rhône aurait commise en relevant que l'intéressée résidait alors en Inde.
5. Aux termes de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, parent à charge d'un français et de son conjoint, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
6. A l'appui de sa contestation, Mme D fait valoir que sa fille française Esther la prend effectivement en charge depuis plusieurs années en disposant des ressources suffisantes pour ce faire et se prévaut de la présence de ses attaches familiales en France ainsi que de son état de santé fragile, marqué notamment par une cardiopathie, de l'hypertension artérielle et un diabète de type II. Toutefois, les circonstances dont fait état la requérante ne suffisent pas pour caractériser sa situation de parent à charge alors qu'il est constant que Mme D, qui est entrée en France en 2015 sous couvert d'un visa de court séjour, ne peut produire le visa de long séjour requis et ne justifie pas d'un séjour régulier en France. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le refus qu'elle conteste méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Pour soutenir que le refus qu'elle conteste porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale, Mme D fait valoir, outre son état de santé défaillant, qu'elle est présente depuis 7 ans en France et que s'y trouvent également ses deux filles et leurs enfants respectifs. Compte tenu toutefois des conditions du séjour en France de l'intéressée, de la circonstance qu'elle a vécu en Inde jusqu'à l'âge de 63 ans et de la présence dans ce pays de sa fille B, qui n'a obtenu le visa lui permettant de rejoindre la France que postérieurement à la décision en litige, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Eu égard à l'objet et aux effets du refus de titre de séjour en débat, la présence en France des petits-enfants de la requérante ne permet pas de considérer que ce refus méconnaît l'intérêt supérieur de ceux-ci en violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Si la requérante fait également valoir qu'elle n'est pas en situation de se rendre en Inde afin de solliciter un visa de long séjour, les circonstances dont il est fait état ne suffisent toutefois pas pour considérer que, compte tenu des effets de sa décision sur la situation personnelle de la requérante, le préfet du Rhône a entaché sa décision de refus d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
8. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que Mme D n'est pas fondée à soutenir que l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé entache d'illégalité la mesure d'éloignement prise sur son fondement.
9. A l'appui de sa contestation, Mme D soutient que, compte tenu notamment de la cardiopathie, de l'hypertension artérielle et du diabète de type II dont elle souffre, son éloignement méconnait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, si ces dispositions font obstacle à ce qu'un étranger fasse l'objet d'une obligation de quitter le territoire lorsque son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays, il ne ressort pas des pièces du dossier que les pathologies de la requérante, qui n'a d'ailleurs pas sollicité de titre de séjour à raison de son état de santé, exposeraient celle-ci à de telles conséquences ou ne pourraient faire l'objet d'un suivi approprié en Inde.
10. Si Mme D, qui fait état de son isolement en Inde et de son état de santé, soutient que l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français méconnaît les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen doit être écarté pour les motifs de fait relatifs à la situation personnelle de la requérante exposés aux points 6, 7 et 9. Les circonstances dont il est fait état ne permettent pas davantage de considérer que le préfet du Rhône a entaché sa décision, au regard des conséquences de celle-ci sur la situation personnelle de la requérante, d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
11. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de ce que l'illégalité de la décision faisant obligation à la requérante de quitter le territoire français entache d'illégalité la décision fixant son délai de départ volontaire doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que Mme D n'est pas fondée à soutenir que l'illégalité du refus de titre de séjour et de la mesure d'éloignement qui lui ont été opposés entache d'illégalité la décision fixant le pays où elle pourrait être reconduite.
13. Dans les circonstances de l'espèce et compte tenu notamment de ce qui a été dit au point 9, Mme D n'est pas fondée à soutenir que, compte tenu de son état de santé, la fixation de l'Inde comme pays de destination méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales selon lesquelles " nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants ".
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme D doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de Mme D dirigées contre les décisions du 25 juillet 2022, n'appelle aucune mesure d'exécution.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 8 mars 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gille, président,
M. Richard-Rendolet, premier conseiller,
Mme de Mecquenem, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2023.
Le rapporteur,
F-X. Richard-RendoletLe président,
A. Gille
La greffière,
L. Khaled
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026