vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2209436 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SCP ROBIN VERNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée les 19 décembre 2022, Mme A B, représentée par la SCP Robin-Vernet (Me Vernet), demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2022 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " membre de famille de ressortissant européen ", dans le délai d'un mois à compter du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, l'arrêté en litige est insuffisamment motivé en fait et en droit ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et d'erreur de fait ;
- il méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union Européenne et est entaché d'une erreur de droit ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- elle aurait pris la même décision sur le fondement des dispositions de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui peuvent être substituées à celles de l'article L. 233-1 du même code ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;
- les arrêts de la Cour de justice de l'Union Européenne C-413/99 du 17 septembre 2002, C-200/02 du 19 octobre 2004, C-34/09 du 8 mars 2011, C-86/12 du 10 octobre 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Vaccaro-Planchet,
- et les observations de Me Lulé, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante comorienne née le 22 septembre 1999, est entrée à Mayotte en 2009. Par des décisions du 19 juin 2020, la préfète de l'Ain a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office. Le 19 octobre 2020, la préfète de l'Ain a retiré les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Par un jugement du 31 décembre 2020, le tribunal a annulé la décision de refus de renouvellement de titre de séjour et a enjoint à la préfète de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois. Mme B demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 10 janvier 2022, par lequel la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui bénéficiait alors d'un titre de séjour délivré à Mayotte en cours de validité, est entrée sur le territoire métropolitain le 7 décembre 2019 accompagnée de sa fille aînée, de nationalité française, née en 2013, avant d'être rejointe quelques semaines plus tard par son compagnon de nationalité italienne et leurs deux filles, également de nationalité italienne, nées en 2017 et 2018, et de s'installer dans le département de l'Ain. Si le couple s'est séparé au mois de mai 2020 et si les deux plus jeunes filles de la requérante résident chez leur père, celui-ci ainsi que Mme B résident à proximité l'un de l'autre, dans le département de l'Ardèche, et la requérante, qui ne dispose pas d'un logement autonome mais habite chez sa mère, titulaire d'une carte de résident, leur rend visite plusieurs fois par semaine. Au demeurant, il ressort du jugement du juge aux affaires familiales de Privas du 3 mai 2022, postérieur à l'arrêté attaqué, que les parents exercent en commun l'autorité parentale sur leurs deux enfants et que si la résidence habituelle des enfants mineurs communs est fixée au domicile du père, les parents déterminent ensemble la fréquence et la durée des périodes au cours desquelles la mère accueille les enfants. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué porte atteinte à l'intérêt supérieur des enfants de la requérante. Par suite, Mme B est fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".
6. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, son exécution implique, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressée, que la préfète de l'Ain, ou tout préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de Mme B, délivre à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Dès lors, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Ain ou à tout préfet territorialement compétent, de procéder à cette délivrance et de lui allouer un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement pour ce faire. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Mme B ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 octobre 2022, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Vernet, avocate de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Vernet de la somme de 1 200 euros au titre des frais liés au litige.
D É C I D E
Article 1er : L'arrêté du 10 janvier 2022 de la préfète de l'Ain est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Ain, ou à tout préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de Mme B, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Me Vernet une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de l'Ain.
Copie en sera adressée pour information au préfet de l'Ardèche.
Délibéré après l'audience du27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Feron, première conseillère,
Mme de Tonnac, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
La présidente-rapporteure,
V. Vaccaro-Planchet
L'assesseure la plus ancienne
C. Feron
La greffière,
E. Gros
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026