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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2209467

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209467

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209467
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL AD JUSTITIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 décembre 2022 et 6 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Thinon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire, dans l'hypothèse d'une annulation pour un vice affectant le bien-fondé de l'arrêté, de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, dans l'hypothèse d'une annulation pour vice de forme, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué doit être regardé comme entaché d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;

- cet arrêté est entaché d'une " erreur de droit " et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il ne peut bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 septembre 2023, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 6 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant angolais né le 28 janvier 1958, est entré irrégulièrement en France le 14 septembre 2011. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 7 octobre 2011, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 15 novembre 2013. Il a ensuite bénéficié d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " pour raisons de santé à compter du 10 juin 2015, renouvelée jusqu'en 2022. Par arrêté du 21 octobre 2022 dont il est demandé l'annulation, la préfète de la Loire a refusé de renouveler ce titre.

2. En premier lieu, en vertu d'un arrêté du 12 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du lendemain, la préfète de la Loire a donné délégation à M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions, documents et correspondances administratives et comptables relevant des attributions de l'État dans le département, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas la décision attaquée, sans que cette délégation ne soit conditionnée par l'absence ou l'empêchement de la préfète de la Loire. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

4. Pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.

5. Pour rejeter la demande de titre de séjour dont elle était saisie, la préfète de la Loire s'est approprié le sens de l'avis médical émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 9 août 2022, selon lequel l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'il peut néanmoins effectivement bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine, où il pourra voyager sans risque.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A souffre d'hypertension sévère, de diabète de type 2 et d'un syndrome d'apnée du sommeil, nécessitant une prise en charge thérapeutique incluant plusieurs médicaments ainsi qu'un appareillage respiratoire. Pour contester la teneur de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et établir que ce traitement n'est pas disponible dans son pays d'origine, le requérant verse aux débats trois certificats médicaux établis par son médecin traitant, lequel certifie, de façon peu circonstanciée, qu'" à [sa] connaissance, la disponibilité des traitements n'est pas assurée régulièrement dans son pays d'origine " et que le " manque d'équipements et de services spécialisés en cardiologie et en pneumologie ne [lui] permettrait pas d'être suivi et traité régulièrement dans son pays d'origine ". M. A produit également un courrier d'un médecin angolais autorisant son évacuation à l'étranger en raison de ses pathologies " et du manque d'équipements et de services spécialisés en cardiologie et en pneumologie ", sans davantage de précision. Ces documents, eu égard à leur nature et à leur teneur, ne suffisent pas à remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'agissant de la possibilité pour M. A de bénéficier effectivement d'une prise en charge médicale appropriée dans son pays d'origine. Il en va de même, au regard de son ancienneté, de l'avis émis par le médecin de l'agence régional de santé le 11 avril 2013. Enfin, la circonstance, à la supposer même avérée, que les soins requis par son état de santé ne seraient pas disponibles au " Congo ", pays dont il n'a pas la nationalité, est sans incidence sur son droit au séjour au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, et quand bien même le requérant avait précédemment bénéficié de plusieurs de séjour pour raisons de santé, il n'est pas établi qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Angola, M. A ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, intitulé à tort " erreur de droit " dans les écritures, doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut être accueilli.

7. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en 2011, après avoir résidé cinquante-trois ans dans son pays d'origine, où réside toujours, selon les mentions non contestées de l'arrêté en litige, son épouse et ses trois enfants. Il ne se prévaut d'aucune attache privée ou familiale particulière sur le territoire français. S'il justifie avoir exercé une activité professionnelle de façon régulière à compter de l'année 2016, il n'est fait état d'aucun obstacle à ce qu'il poursuive cette activité hors de France. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point précédent, il peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments et en dépit de sa durée de présence en France, l'arrêté en litige n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 octobre 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Loire.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Hervé Drouet, président,

M. François-Xavier Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

La rapporteure,

O. Viotti Le président,

H. Drouet

La greffière,

L. Khaled

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2209467

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